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Alaa, un «handicapable» au service des autres



Alaa, un «handicapable» au service des autres
Rencontré à Skikda, dans l'est du pays, ce membre actif du groupe de bénévoles Ness El Kheir Skikda est l'animateur de la page Facebook «Les handicapés algériens et leurs amis» d'aide matérielle et personnelle aux handicapés, a attiré notre attention par ce qu'il dit faire au service des autres. «Mon handicap n'est pas dans mon physique, il est dans le regard de ma société qui me définit en tant que handicapé, et ne voit en moi que le handicap». C'est le cri de Alaa. Un cri qu'il articule lentement, difficilement, mais fermement. De ce cri, Alaa a fait le slogan d'une page Facebook qui compte de nombreux amis, dédiée à «ces handicapés qui font quelque chose». Mieux, à ces handicapés qui viennent en aide aux autres.Alaa Younès, c'est ce jeune Skikdi de 27 ans, dévoué aux autres. Qui ne le connaît pas à Skikda, et ? même ailleurs ! Sa notoriété a dépassé les frontières quand il s'est mis aux réseaux sociaux. Passionné d'informatique, il a suivi une formation de TS après avoir quitté les bancs de l'école en première année secondaire. En contact avec des citoyens du monde, «handicapables» comme lui ou sympathisants de sa cause, il a su tisser de nombreux liens d'amitié. Des amis, ce jeune charmeur en a pas mal ! Silhouette frêle donnant un air d'adolescent, regard perçant de beau gosse charmeur, coupe de cheveux trendy et sourire innocent d'un jeune premier de la classe.De ce physique qu'il n'a pas choisi, il a su tirer le meilleur profit. De sa démarche boiteuse, de sa prononciation défectueuse et de ses mains à la fonctionnalité réduite, on ne retient que la détermination, la force de caractère et la joie de vivre ! Alaa est un bon blagueur. C'est notamment grâce à ses farces, toujours plus drôles les unes que les autres, qu'il s'est fait une place dans le groupe Ness El Kheir Skikda, l'un des plus actifs de tout «NSK», ce réseau de groupes de bénévoles qui activent dans l'humanitaire et l'environnemental. Cela a d'ailleurs été le déclic qui a fait sortir de Alaa ce qu'il avait de mieux en lui. Bien que soutenu par sa famille, et très proche de son jeune frère, les choses n'ont pas toujours été faciles pour lui.Ne ressent la braise ?«Alaa est très intelligent. Il a des qualités humaines immenses. Il est très généreux et sensible aux malheurs des autres. Nous l'avons remarqué dès qu'il nous a rejoints. Mais il était très timide et replié sur lui-même», nous dit son ami Habib, un des membres de NSK Skikda, qui se réjouit de l'«explosion» de Alaa. Le groupe a ça de particulier. Tout le monde est le bienvenu. Tout ce qu'on vous demande : donner le meilleur de vous-mêmes, pour les autres.Et l'ambiance bon enfant du groupe aide énormément, explique Alaa. «Il n'y a pas de barrières, pas d'obstacles au sein du groupe. Cela aide à avoir confiance en soi». C'est sur une invitation de son ami Omar qu'il accompagne le groupe NSK lors d'une sortie en mer en faveur des enfants trisomiques.De là est née l'idée de devoir faire quelque chose. Il participera à leurs nombreuses actions. Pendant l'hiver 2012, il réussira avec son «équipe de choc» à servir un repas chaud et des vêtements aux sans-abri pendant plus de 60 nuits consécutives ! Rien que ça ! Tout comme Ness El Kheir, dont la notoriété et le succès reposent en grande partie sur l'emploi des réseaux sociaux, Alaa décide de booster l'activité de sa page Facebook, «les handicapés algériens et leurs amis».«Ne ressent la braise que celui qui a marché dessus», regrette Alaa. Cette page est la tribune des handicapés face à «l'oubli des médias et à l'échec des associations. Elle permet aux handicapés de porter eux-mêmes leurs revendications, de tisser des liens avec d'autres qui réussissent, qui font des choses extraordinaires. Cela leur permet de croire en eux», explique-t-il.Détermination«Malheureusement, les médias n'abordent les handicapés que pendant les journées qui leur sont dédiées en accordant la parole aux associations agréées qui ne portent que des revendications relatives à l'augmentation de la prime des handicapés. S'il est vrai que 4000 DA par mois, souvent par trimestre, est une aide dérisoire, nos problèmes ne sont pas uniquement financiers», explique-t-il avec regret.C'est l'absence d'une politique en faveur de l'insertion sociale des handicapés qu'il dénonce. Absence d'écoles spécialisées, difficulté d'accéder au travail, non aménagement des rues et des bâtisses administratives les rendant difficiles d'accès aux handicapés, sont autant de problèmes auxquels il s'est attaqué à travers sa page.Certains de ses efforts se font sentir, ou presque ! Il raconte cette anecdote : «J'ai apprécié que le responsable d'une administration ait répondu favorablement à ma requête d'installer une voie d'accès pour les handicapés. Malheureusement, elle a été construite sans le moindre respect des normes de sécurité. Bien qu'elle soit impraticable, au fond de moi, j'étais heureux», confie-t-il. Mais c'est sans compter sur sa détermination.Aujourd'hui, il se félicite du nombre de chaises roulantes, de médicaments et d'équipements récoltés grâce aux annonces sur sa page, mais aussi du feed-back des adhérents. «Nous avons réussi à sensibiliser du monde.Beaucoup n'ont plus pitié du handicapé, mais cherchent plutôt à favoriser son intégration dans la société et à lui garantir ses droits», se réjouit-il. Et d'ajouter : «Cela prouve que c'est bien la société qui marginalise ses membres aux besoins spécifiques qui est handicapée, à nous de lui faire dépasser son handicap».


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