«Maître Pintilla et son valet Matti» en général
L’effet de la distanciation, chère à Brecht, a ébranlé les planches du Théâtre régional de Sidi Bel-Abbès, en soirée de ce jeudi 27 septembre et devant une salle archicomble. Les deux comédiens ont cassé la baraque tant l’un campant le personnage de maître Pintilla et l’autre son valet Matti dans des répliques poussées jusqu’à la limite, disons-le, de la bouffonnerie.
Le spectacle théâtral «Maître Pintilla et son valet» adapté et mis en scène de Kada Benmicha a valu par sa scénographie assez haute en couleur, offrant au regard un miroitement de couleur, utilisant pour le jeu de scène des accessoires allant dans un sens de forain ou même de cirque à travers la trame de ce duo des paradoxes. Cette lutte de classe qui par la grâce de l’ivresse muait en boulimie d’amitié de deux visions à la base opposées. Benmicha, cette fois, a axé son fantasme en texte universel jusqu’à le rendre plus proche du langage de la rue où les mots crus expriment toutes les situations de notre quotidienneté avec ses épouses maltraitées, ses mariages de dupes, les excès de la richesse et la misère des esprits dans un monde où ne règne qu’un machiavélisme primaire.
Aux côtés de Hocine Benmicha incarnant «Pintila» délirant, Kada Benmicha a poussé la caricature au ridicule brisant le mur invisible, mêlant le spectateur au dédoublement du réel et de l’illusion en nous mettant à chaque phase un repère pour suivre pas à pas, Pintilla et Matti, à leur conflit puis au dénouement et l’on a compris que l’un et l’autre n’ont pu fraterniser.
Le maître continue sa tyrannie, à posséder, à exploiter, le valet s’en va, refuse de servir et Eva la descendance, la semence de la discorde ne se mariera pas. Cette générale de la nouvelle production de la coopérative «Eddik» a été longuement applaudi de part la bonne prestation énergique du père et du fils, complice sur scène même si la pièce pêche par trop d’écart avec la pensée brechtienne mais se laisse voir avec toutefois un grincement de dent dans la façon de tomber parfois dans une sorte de «cabotinage». On peut dire que l’ovation à la fois de cette comédie a donné pleine mesure de ce qu’est un bon moment ramadanesque.
Ahmed Mehaoudi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com