«Le secret médical ne s’applique pas aux cas de sévices»
«Chaque année, 10.000 enfants souffrent de différentes formes de violences physiques et sexuelles, et plus de 15.000 d’entre eux vivent dans la rue à travers le territoire national».
C’est ce que l’ensemble des intervenants ont annoncé, hier, à la bibliothèque ‘Paroles et Ecritures’ de Sidi Bel-Abbès, lors d’un long débat sur le thème ‘L’enfant et la violence’, notamment en Algérie.
Les spécialistes ont abordé le sujet de la violence parentale et celle du milieu familial qui poussent généralement les petites victimes à choisir un autre chemin encore plus cruel, comme la mendicité, la drogue, la prostitution, et l’exploitation dans le monde sans pitié du travail informel. Les statistiques avancées, de l’année écoulée, sont très inquiétantes en ce sens que pas moins de 2.099 mineurs ont été victimes de violences avec coups et blessures et 1.440 ont subi des violences sexuelles. Plus grave encore, 18 enfants ont été assassinés. Par ailleurs, de janvier à fin avril de l’année en cours, 516 enfants maltraités portaient des traces de violences physiques sur leurs corps et 115 ont été victimes de violences sexuelles. Ce bilan inquiétant a fortement impressionné les présents au débat, qui ont également parlé d’autres cas tout aussi graves. Ainsi, la docteur Benallal, chef de service en pédiatrie au CHU de Sidi Bel- Abbès, a témoigné qu’en parallèle des cas de violences physiques ou sexuelles reçues dans son service, beaucoup d’entre eux souffrent aussi d’une maltraitance psychologique dans leur milieu familial, comme le rejet, le manque d’affection, l’intimidation, la discrimination, la négligence... A titre d’illustration, elle parlera d’un cas dramatique, celui de Nabila, une adolescente de 14 ans, née dans une prison d’une mère détenue et adoptée par une femme, un monstre semble-t-il. Nabila, dira-t-elle, a été transférée au service de chirurgie infantile en janvier 2005, pour des blessures et autres cicatrices profondes au niveau de la tête et du visage aux traits déformés. Elle avait, semble-t-il, les joues saillantes, dues certainement à une grave malnutrition, l’état de ses dents ne valait guère mieux. Son nez ressemblait à celui d’un boxeur à cause de multiples fractures... Elle souffrait aussi de dénutrition totale et d’un retard de croissance physique et mentale. Elle avait en outre de profondes fractures des deux os de l’avant-bras. Par ailleurs, il paraît que, depuis son adoption, Nabila n’a jamais vu le monde extérieur, étant enfermé dans une petite chambre. Les voisins n’entendaient que des cris lorsqu’elle était battue comme un animal par ses maîtres. N’en pouvant plus, l’une des voisines a décidé un jour de dénoncer ce cas à la police qui interpellera la mère adoptive. Le docteur Belhadj, maître-assistant en médecine légale, a lui aussi vécu beaucoup d’expériences de ce genre, et même d’autres cas pires. Il ne cessera ainsi, au cours de son intervention, de dire que «le médecin est tenu de dénoncer la violence, le secret médical ne s’appliquant pas aux cas de sévices».
D’autres cas alarmants ont été cités par le Dr Belhadj, le Dr Benallal, le Dr Hacen ainsi que les psychologues présents. L’ensemble des intervenants sont d’accord pour souligner que la prise en charge de ces enfants doit être le fait du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité. D’autre part, le sujet tabou de l’inceste a été également abordé. Une enquête récente du ministère de la Solidarité a conclu, récemment, que 55,55% des violences sexuelles enregistrées ont été commises par des membres de la famille et 44,44% par les «pères».
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com