
L'urbanisme initial, conçu par des ingénieurs militaires, suit un modèle en "échiquier" ou damier, inspiré des bastides médiévales françaises et des villes coloniales espagnoles en Amérique. Les rues sont rectilignes et perpendiculaires, facilitant la mobilité des troupes et le contrôle visuel. Le noyau est divisé en deux : une moitié militaire (casernes, hôpital, et le Musée de la Légion visible sur la carte au sud-ouest, près de l'Av. de la Victoire et de l'Av. Thiers), et une moitié civile pour les colons. Des espaces ouverts servent de refuges en cas d'attaque, comme lors de l'offensive de Si Lala en 1864.
La carte montre bien cette structure : l'axe médian nord-sud (par exemple, la Rue Kléber ou l'Av. Armand Fallières) sépare les zones, avec l'Oued Mekerra comme barrière naturelle canalisée pour l'irrigation et la prévention des inondations. Le chemin de fer (Gare au nord, avec la ligne vers Oran et les Docks des Abattoirs) arrive en 1875-1880, renforçant la domination économique : il facilite l'export de produits agricoles (céréales, vignes) et l'import de colons, transformant la ville en pôle agro-industriel. En 1859, Sidi Bel Abbès devient chef-lieu de subdivision, puis arrondissement, attirant plus de population européenne.
Dès 1857, le quadrilatère devient trop exigu, menant à la création de faubourgs extra-muros, visibles sur votre plan comme des extensions rayonnantes le long des routes d'accès. Sans plan directeur global, cette croissance est radiale et anarchique, suivant les voies préexistantes :
Cette expansion reflète une ségrégation spatiale : les quartiers nord et nord-est (comme Gambetta ou Sénéclauze, non explicitement nommé mais implicite au-delà de la voie ferrée) sont densément peuplés par les musulmans autochtones (densité jusqu'à 610 hab/ha en 1950), avec des constructions traditionnelles à patio et des bidonvilles émergents (comme Fourmi ou Point du Jour). Au sud, les zones européennes (Négrier, Amarnas) sont plus aérées, avec maisons individuelles et équipements publics. L'armée occupe toujours la moitié du centre, limitant l'urbanisation. En 1880, la superficie atteint environ 100 ha ; en 1930, les remparts disparaissent, et la ville s'étend à 570 ha en 1960, avec des franchissements de l'Oued et de la voie ferrée.
Sous Napoléon III, qui la visite en 1865 et la surnomme "Petit Paris" pour son allure européenne, la ville adopte un urbanisme bourgeois : avenues ombragées (comme l'Av. de l'Armée ou l'Av. Clemenceau sur la carte), squares, kiosque à musique à la Place Carnot (légende 1 sur la carte), et bâtiments emblématiques. Des architectes interviennent :
Sur la carte, on voit des éléments comme le Bd de la République (légende 9), la Pyramide des B de la (peut-être un monument), ou le Cimetière Pasteur, témoignant d'une ville dotée d'infrastructures (écoles, hôpital, musée). La population passe de 10 000 habitants en 1880 à environ 100 000 en 1960, avec une majorité musulmane après 1950 due à l'exode rural, exacerbant les inégalités urbaines (bidonvilles au nord vs. villas au sud).
Ce plan illustre une ville conçue pour la conquête : surveillance, exploitation agricole (plaines drainées), et francisation culturelle (noms français omniprésents). Cependant, l'absence de plan global mène à des problèmes persistants : liaisons difficiles, inondations, et ségrégation renforçant les tensions sociales, qui culminent pendant la guerre d'Algérie (1954-1962). Post-indépendance, beaucoup d'éléments coloniaux sont renommés, mais la trame urbaine reste.
Posté par : patrimoinealgerie
Ecrit par : Rédaction