Le récital de Zeddour Zaky ovationné
La petite salle exiguë de «Media Lang», dirigée par M. Bensadok, aura été bousculée dans ses habitudes de lieu d’études de la langue anglaise pour devenir le temps d’un récital, lieu d’un spectacle inédit. Mercredi dernier et dans un après-midi à température glaciale, l’invité n’était autre que le chanteur et compositeur interprète, Zeddour Zaky qui est toujours plus rageur en aigre-doux. Cet artiste aura donné du fil à retordre à un parterre constitué de «lettrés», en majorité des universitaires et s’en est donné à cœur joie, tantôt pour «toucher» la fibre sensible des sentimentaux en ressortant l’air de «Rasha», la belle chasseresse, n’ayant pu s’offrir le jeune voisin tombé sous ses charmes. Ou encore la chanson émouvante, «Pleure pas petite sœur», un cri de cœur quand on ne sait plus consoler celle qui a résolu de renoncer à vivre dans un monde insensé. Utilisant parfois un verbe baigné d’ironie virulente, Zeddour a su piquer au vif nos tares de société, allant jusqu’à faire «bouger» certains de leurs sièges, preuve que des mots bien servis et chantés, peuvent atteindre l’esprit et remuer en nous nos paquets de frustrations non refoulées. Surtout avec des titres aussi cinglants, «La faute aux autres», «L’erreur», «Les ânes lettrés», thèmes sur les mœurs et caractères d’une société éclectique, aux pistes brouillées par ces petites tempêtes de monnaie et autres potins de voisinages, portraits quotidiens d’un paysage d’ailleurs brélien ou alors sans fard d’un Brassens. «A propos de Brel et de Brassens, dira Zeddour, ce sont mes deux complices de génie». Il y a lieu de noter qu’entre deux chansons, notre troubadour se donnait une petite pause pour se «mettre en confidence» avec le public qui, à chaque fois qu’il était échaudé par un vers choquant, il l’amadouait par une parole. Juste une parole puisée dans un passage nostalgique ou carrément conquis par cet artiste qui tient bien sa guitare entre les bras, pro dans sa façon de le faire, rigueur oblige. On aura été agréablement heureux de découvrir une sublime fleur chantante, Chamla Mokkadem, laquelle, guitare au poing, a littéralement enchanté le public de sa voix chaude en interprétant à sa manière «La bohême» d’Aznavour et une autre chanson en anglais de sa propre plume. Vrai régal pour l’avenir car cette jeune fille promet beaucoup, d’autant plus qu’elle est l’élève de Zeddour. L’ovation obtenue confirmera donc ce futur talent à qui on espère une belle carrière. Reprenant son rythme, Zeddour Zaky achèvera sa courbe par des textes encore plus boueux, entre autres «Les petits cons de provinces», inventaires balzaciens de ce que peut être une intelligentsia quand elle ne produit pas la beauté. Avec d’autres morceaux -«Monsieur le président», ou encore «Vieille chose», «Les gens d’yeux»- Zeddour atteindra le top. Ainsi, ce récital aura réussi sa catharsis et nous réveille du mythe de nos lauriers fanés.
Ahmed Mehaoudi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com