Sidi-Belabbes - Revue de Presse

Oranitudes



La saga méconnue des artistes Faraoun Qui connaissait Abbas Faraoun jusqu’à il y a deux semaines? Dans toute l’Algérie, les gens pour qui ce nom avait un sens se comptaient sur les doigts d’une seule main. On a, peut-être, assez soulevé ce sujet mais superficiellement et de manière creuse et mollement répétitive: il y a un problème (et un grave problème) de mémoire collective, dans ce pays. Un problème qui empêche la constitution d’une conscience collective dans la société et de façon autonome. Et ce vide, dans une espèce d’arrangement tacite et involontaire, arrange tout le monde, et la société -démissionnaire- et le système, cette chose mystérieuse ainsi vaguement nommée. Dans cette complicité, il y a, bien sûr, la responsabilité première des élites éclairées, modernistes, avant-gardistes, et tout ce qu’on voudra mettre comme beaux Istes. Mais qui est donc Abbas Faraoun? C’est un grand, un vrai grand, comédien, musicien et auteur dramatique, né en 1934 à Sidi Bel-Abbès et décédé en hiver 2002 à Grenoble (France). Dans sa ville natale, mis à part au sein du microcosme théâtral local, personne n’en entendait parler, même si la famille était connue pour faire partie des notables de la ville. Il y a de cela quelques semaines, sur l’idée d’un poète de la ville, quelques membres de sa famille ont décidé de l’exhumer et de lui préparer un hommage. Le premier à Sidi Bel-Abbès et en Algérie. Pour cela et pour faire naître une tradition, ce groupe d’intimes a créé une coopérative spécialement dédiée à l’artiste défunt et dont l’acte a été cet hommage de trois jours, au Théâtre Régional de Sidi Bel-Abbès (TRSBA). Dans le hall, une exposition a été installée et la plupart des gens qui ont l’habitude de fréquenter le Théâtre l’ont visitée. Des spectacles ont été donnés. Un nouveau groupe de musique est né et s’est produit à cette occasion: Les Cavaliers d’or. Celui-ci est composé de Kamel (apparemment fondateur et leader du groupe), Iman, Sid Ahmed, Mohamed, Abdelkrim et Hamd. Il se fraie un chemin dans une tradition de pop romantique. Espérons seulement qu’il dépasse l’acte de naissance et s’inscrive dans la durée. Agréable surprise, une jeune poétesse, Sarah Belhamadi, a juste eu le temps de montrer un talent certain, aussi bien dans la création poétique que dans la déclamation et l’interprétation sur scène. Intrinsèquement, c’est une créatrice habitée par la poésie, promise à de l’avenir. Mais l’avenir artistique, on le sait chez nous, il faut l’affronter avec une volonté d’airain. Enfin, les amis de Abbas Faraoun ont certainement fait de leur mieux pour honorer leur rendez-vous et leur engagement moral. Une seule main ne peut applaudir et il en aurait fallu d’autres pour que cet hommage prenne plus d’envol et sorte de l’esprit protocolaire qui entoure, la plupart du temps, les commémorations officielles. Ceci dit, Abbas Faraoun a commencé par faire de la musique andalouse avec feu Abdelhamid Hassaine, au conservatoire de Bel-Abbès. Avant de partir en France, en 1955, pour se lancer dans une très brillante carrière théâtrale. A l’indépendance, il est rentré à Alger et a intégré le TNA. Mais ce retour au bercail ne lui a pas du tout réussi puisqu’il a sombré dans une dépression avant de reprendre le chemin de l’exil. Il a travaillé sur la plupart du répertoire français et moult pièces universelles. Il a été directeur de la Maison de la Culture de Grenoble. Sa dernière apparition a été une création autour de Oum Keltoum. Enfin, il faut encore savoir que les Faraoun artistes sont toute une tribu. Il y a aussi Ghaouti, encore et Malik qui est à la Comédie Française(!) et encore et encore. Les Faraoun artistes de métier sont onze. Malheureusement tous en exil. Pour ne pas changer à une vieille tradition du pays. Brahim Hadj Slimane
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