Poursuivant le programme d'action, la
section culturelle du 8 Mai 45 a observé une halte de témoignage à l'occasion
du 7e anniversaire du décès de l'ex-cadre syndical et militant de la cause
nationale feu Drider Abdelkader. Pour nos lecteurs un survol de l'itinéraire de
ce militant syndicaliste est proposé.
Drider Abdelkader est né, précisément, dans
l'ex-rue Palestro aujourd'hui Kelkoul Yahia, en face de la célèbre medersa où
très jeune, il participa à sa construction et qu'il ne cessa de fréquenter
jusqu'à sa mort survenue, le 14 janvier 2002. C'est en ville arabe, car la
ville de Sidi Bel-Abbès a été longtemps duelle, qu'il grandira, fera ses
premiers balbutiements dans un environnement qui vit s'organiser la communauté musulmane
et notamment les milieux nationalistes...
Les commodités étaient de l'autre côte,
c'est-à-dire en ville européenne, derrière la frontière naturelle de «Trig
l'article» un repère important vu qu'il a fallu attendre l'arrivée d'une
municipalité communiste, avec à sa tête Justrabo René, pour avoir opéré
quelques réalisations en ville arabe, dite «indigène». Des maigres acquis qui
seront vite remis en cause par la droite et les extrémistes locaux de Sidi
Bel-Abbès.
Le petit Drider suivra sa scolarité à
l'école Victor Hugo, aujourd'hui (Aboul Kacem Chabi) dans le populeux quartier
du sud de la ville, appelé communément «Cayassone» (lire calle del sol dans la
langue de Cervantes). De l'école Victor Hugo, il poursuivra ses études dans
l'ex-lycée colonial Laperrine (débaptisé El-Djala, puis actuellement Azza
Abdelkader).
Ses camarades de classe s'appellent entre
autres feus Hassani Abdelkader et Belkhodja Mustapha qui se distingueront eux
aussi par leurs contributions diverses. Drider n'arrivant plus socialement à
poursuivre ses études, il quitta par obligation l'école pour subvenir aux
besoins de sa famille en rejoignant l'hôpital civil de Sidi Bel-Abbès où il fit
ses débuts professionnels en 1941. En 1944, ses compétences professionnelles
avérées lui permettront d'être nommé «Dépensier». En 1946, il participera à un
congrès syndical à Toulouse (France). Deux années plus tard, et au sein
toujours du même établissement, à savoir l'hôpital, il est professionnellement
nommé «Commis aux écritures». Dans le domaine syndical, il sera en 1950 délégué
régional de la CGT. Il représentera pendant deux ans ce syndicat en Chine
populaire. En ville, le voyage du feu Drider est très commenté. L'on
s'enorgueillit de cela et la communion entre Belabbesiens imprimait à la cité
une marque particulière. Le 12 mars 1956, le commissaire central Marcel Guyot
écrivait: «Drider Abdelkader est secrétaire de l'Union régionale des syndicats
confédérés (CGT). Depuis 8 ans environ, employé à l'hôpital civil, il est,
également, depuis plusieurs années le principal animateur du syndicat CGT des
employés de cet établissement. Sur le plan politique l'intéressé s'est signalé,
vers 1948, comme militant de la section locale de l'UDMA. Dès 1949, il
participe également, en 1952, aux travaux du comité local d'initiative pour la
préparation du Congrès mondial pour la paix. M. Drider Abdelkader, dont les
activités séparatives ne se sont jamais éloignées délibérément de ses opinions
nationalistes, son activité a été suivie par les services de la police,
note-t-on.
Un rapport indiquera ceci: «soupçonné
d'user de son mandat syndical et de son emploi administratif pour assurer une
large diffusion à sa propagande subversive, il doit être regardé comme
dangereux pour la sûreté de l'Etat». Si les colons s'opposaient fermement au
nationalisme, ils eurent la même attitude face au communisme. Et l'Algérie des
années 50 apparaît loin d'être un coin tranquille, bien que beaucoup de choses
ont été dites autour du PCF, qui ne pouvait se débarrasser de son idéologie
nationale, coloniale, bien sûr... Des éléments sont à citer car de nombreux
acteurs dirigeants sont morts ou ont modifié leur opinion et leur tactique.
Au vu de leurs multiples tentatives, ce fut
de cela qu'est prise la principale action de l'appel du 1er Novembre 1954,
entre autres...
En l'an deux de la guerre de Libération,
Drider sera astreint à résidence surveillée dans le fameux centre d'internement
de Bossuet (sud de la wilaya de Sidi Bel-Abbès, où les conditions de détention
étaient synonymes d'enfer à l'instar de Berrouaghia, Lodi, Aflou, Djorf).
L'administration coloniale le transférera arbitrairement à Aïn Témouchent suite
à ses agissements en tant que syndicaliste et militant nationaliste au sein de
la population autochtone belabbesienne. Très recherché par les services de
police, il sera arrêté à la veille de l'Aïd El-Fitr de l'année 1956, alors
qu'il se rendait à Sidi Bel-Abbès pour voir sa famille. Il connaîtra un nouvel
internement, cette fois-ci à Saint-Leu, en mai 1956. Il sera de nouveau arrêté
et condamné à six mois de prison, du 28 janvier au 28 juillet 1957.
Naturellement, il fut suspendu de ses fonctions professionnelles, entraînant de
nouvelles mesures d'expulsion du département d'Oran vers l'est du pays, à
Skikda précisément. Il ne cessera, indique-t-on, de constituer son combat au
sein de l'UGTA jusqu'à l'indépendance du pays. Il reprendra son travail à
l'hôpital de Sidi Bel-Abbès, vadrouillera de Relizane à Rouiba, Mostaganem. Il
a été, par la suite, cadre à la CNAS, secrétaire national UGTA à la Maison du
Peuple à Alger, élu APC de Sidi Bel-Abbès de 1984 à 1988.
En signe d'un modeste témoignage de votre
serviteur et en pleine plénière publique, feu Drider prit la parole pour exiger
la rebaptisation de la place des Martyrs d'El-Graba, en place des Fidas;
argumentant son intervention, l'APC prit acte et fait.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M K
Source : www.lequotidien-oran.com