Un espace de culture et de mémoire
Si l’histoire du jardin public était contée à nos jeunes et à certains de nos responsables, ce lieu paradisiaque ne serait pas dans l’état où il est actuellement. Cette étendue naturelle existait bien avant l’arrivée des militaires français. Elle était couverte de palmiers nains, de chênes verts, de jujubiers sauvages et de broussailles de toute nature. C’était un endroit marécageux ou existaient plusieurs sources, dont la plus importante et la plus célèbre «Ain ba Daho» a été chantée par Cheikh Abdelmoula. Il était envahi de bêtes sauvages.
A ce propos, on raconte encore dans la plaine de la Mekerra l’histoire du dernier lion de Sidi Bel-Abbès qui attaquait les jeunes filles porteuses d’eau. Lequel fauve, selon la légende fut neutralisé à la demande du Dey d’Oran faite par le brave Demmouche qui sera promu caïd.
Les premières terres ont été libérées des eaux en 1847 par un système de drainage effectués par les militaires français qui utilisaient de grandes cuissardes noires, d’où le nom de «pieds noirs». Le jardin sera cédé à la municipalité en 1857 et deviendra le principal lieu touristique de la ville.
Plusieurs espèces végétales furent ramenées du jardin d’essai d’Alger et multipliées dans sa pépinière. Son allée principale était ornée de belles statues en marbre, dont l’une était installée dans le petit jardin (à l’est de la ville) près de l’ancienne porte de Mascara.
La première est appelée «Orphée expirante» d’Alphonse Eugène et a été sculptée en 1881, la seconde «La caresse» (Léda et Zeus) d’un sculpteur non identifié et enfin la troisième, «La chute d’Icare» d’Auguste Maillard en 1898. Ces œuvres qui furent offertes à l’époque coloniale par l’administration des Beaux arts à la municipalité de la ville avaient disparu entre 1990 et 1991. Des événements historiques importants ont marqué ce lieu: le 30 janvier 1845, les Ouled Brahim sous les ordres de Benkendil Bendjeffal attaquèrent «La redoute», la première caserne de la région qui était située en ace du mausolée du saint Sidi Bel-Abbès. Pour cet acte Benkendil Bendjeffal sera condamné puis exécuté.
Durant la Guerre d’indépendance, cet endroit fut, le vendredi 07 juillet 1961, le théâtre d’un violent accrochage entre les Djounouds de l’ALN et les légionnaires. Plus d’une vingtaine de légionnaires furent abattus, côté algérien, deux martyrs tombèrent.
Ce qui a permis d’échapper aux Moudjahidine, Si Belouahrani et Si Mahmoud d’échapper à l’encerclement. Plus d’une quarantaine de Chouhadas furent enterrés dans une fosse commune au bas du jardin.
En juillet 1953, Ferhat Abbès, pendant son séjour à Sidi Bel-Abbès, y passa de longs moments à la recherche d’un peu de fraîcheur et de calme. En juillet 1954, Ahmed Zabana y rencontra Hadj Benalla et Ramdane Benabdelmalek, ainsi que d’autres frères au niveau du jardin public pour préparer le déclenchement du 1er novembre 1954.Plusieurs militants algériens ont visité ce lieu symbolique, entre autres Ben Badis, Cheikh Brahimi, Messali Hadj, Larbi Ben M’hidi.
Le jardin a fait l’objet de la visite de Napoléon III en 1865, et du président français Emile Loubet en 1903, qui ordonna lors de sa visite la destruction des remparts de la ville et même De Gaulle, en juillet 1958. Paul Bella, un écrivain pied noir natif de Sidi Bel-Abbès qui en faisait un Eden dans ses romans disait:
«Je lui dois de rêver à Sidi Bel-Abbès et à son oasis de fraîche poésie où les fleurs, les parterres et les allées sont comme un souvenir de Versailles épars dans le sud asséché». Le carnage du lieu a bien commencé vers les années 70 quand le jardin servait à l’organisation des quinzaines économiques.
Pendant cette période plusieurs arbres centenaires ont été abattus pour faire place aux différents stands de vente.
Certes des travaux de réhabilitation ont démarré en 1999, mais le massacre avait été déjà accompli.
Ghalem-Sardi A.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com