Beckett à Sidi Bel-Abbès
La générale de la nouvelle production du TRSBA, «En Attendant Godot» de Samuel Beckett, montée en partenariat avec le centre culturel de Tindouf, nous aura vraiment bousculés dans nos habitudes de spectateurs branchés sur le rire, la comédie, le loufoque…
Jeudi dernier, sur les planches du théâtre régional de Sidi Bel-Abbès, un coup de froid est passé entre les regards intéressés d’un public silencieux, très attentif à la gestuelle des protagonistes d’un théâtre de l’écoute, théâtre de la panique, de la confusion où tantôt la grimace de l’un réplique au rictus de l’autre à travers un puzzle de pensées éclatées.
Azzedine Abbar, le metteur en scène, a su créer l’ambiance du théâtre de «l’absurde» avec ses «tripes à lui», son imaginaire intime, ses touches personnelles croisant du coup la traduction en arabe littéraire de Paul Chaoul, le critique et écrivain de théâtre libanais. Et se sont interrogés justement sur la correspondance de cette dramaturgie dans ce contexte «surdramatisé». Justement, en filigrane, l’un des personnages aura cette pensée: «Avons-nous au fond besoin de jouer?»
Les comédiens que sont Abdellah Djellab, Boumédiene Bella, Djeriou Abdelkader, Sid Ahmed Bahaha et Dalila Nouar nous ont tout simplement épatés par leur jeu réglé au point où certains, dans le public, se demandaient si le silence imposé était partie intégrante de la mise en scène ou si ce n’était qu’un instant de méditation philosophique tant le rythme lent et souvent exagéré des comédiens rendait laborieux la compréhension des mots.
«En attendant Godot», version Abbar Azzedine, nous réconcilie quelque peu avec le théâtre universel. Il aura au moins réussi à nous mettre sur les rails des grandes tragédies humaines au sein d’une littérature des exclus, des apatrides, des victimes de tous les impérialismes sur fond d’apocalypse. Le spectacle avait à plaire, à entretenir l’intensité dramatique, à mener la réflexion de chacun sur sa propre existence. La même question revient: jouer la vie conduit-elle vers la vérité absolue?
Ni l’auteur ni le metteur en scène ne nous répondront dans ce monde certes à l’allure absurde, mais pleine de sens pour celui qui a la foi, la valeur spirituel, le sentiment de l’au-delà, de la justice. Il fallait oser pour aborder ces grands thèmes majeurs, la technique était secondaire du moment que Godot a permis à toute une troupe théâtrale de prendre un temps de recréation. Ce jeudi 7 septembre 2006, au TRSBA, pour une rentrée théâtrale, l’humour de Beckett a transgressé un certain conformisme dans le théâtre algérien. C’est bien là le rôle premier du théâtre.
Ahmed Mehaoudi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com