«L’Algérie peut prendre en charge tous les besoins en logements»
Ce n’est peut être qu’un simple rappel d’évidences que d’affirmer que le groupe des entreprises Hasnaoui de Sidi Bel-Abbès figure parmi les leaders dans le secteur du BTP en Algérie. Comptant à son actif la réalisation de milliers de logements et d’équipements publics divers à travers le territoire national, ce groupe se distingue par la qualité de son bâti élevé aujourd’hui au rang de véritable label. Son propriétaire, Brahim Hasnaoui, aborde, dans cet entretien, des questions très pertinentes sur le devenir du secteur.
La voix de l’Oranie:Â Votre groupe semble avoir pris aujourd’hui la pleine mesure du développement du BTP en Algérie en améliorant progressivement son outil de réalisation à travers ses ressources humaines et matérielles, ses capacités managériales… Comme il a opéré dans le même temps des choix technologiques déterminants pour son expansion avec la création d’unités industrielles ultramodernes destinées entre autres à la fabrication du béton et du mortier prêt à l’emploi.
Hasnaoui Brahim: Le développement du secteur ne peut se limiter à produire des éléments du béton préfabriqué en grande série. Pour moi, le problème est ailleurs. C’est d’abord comment intégrer les concepts et, partant, organiser toute la profession sur des bases solides. L’Algérie a les capacités nécessaires pour prendre en charge la totalité des besoins à la condition qu’il faille prendre les mesures qu’il faut pour organiser de manière rationnelle l’ensemble des intervenants dans l’acte de bâtir, à savoir la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et la réalisation.
Pour pouvoir réussir les programmes, il faudrait que les maîtres d’ouvrage soient organisés correctement afin de pouvoir appréhender leurs besoins et assurer le suivi des études et la réalisation des travaux. Il faut commencer d’abord par créer toutes les conditions de performance en termes d’études. En somme, le maître d’ouvrage doit lui-même être capable d’identifier de manière claire ce dont il a besoin.Pour la partie maîtrise d’œuvre, il faut absolument permettre aux bureaux d’études de travailler, d’aller au niveau du détail requis. La maîtrise d’œuvre est loin d’être exclusivement une affaire d’architectes. C’est une affaire d’équipe! Elle implique les différents spécialistes que sont les ingénieurs en génie civil, en VRD, en électricité… en passant bien sûr par l’architecte. Il faut que l’Etat s’organise pour être à même de favoriser l’émergence de bureaux spécialisés qui, chacun dans son domaine, doit faire des études fines pour pouvoir aller au détail.
En ce qui concerne le volet réalisation, il faut opter désormais pour la spécialisation des intervenants par corps d’état séparés (terrassements, béton, maçonnerie, revêtements, menuiserie, électricité, plomberie, étanchéité…) et être capables de faire l’ordonnancement et la gestion des chantiers de telle manière à permettre aux différents opérateurs d’intervenir dans les meilleures conditions possibles. Cela permettrait de spécialiser et l’homme et les moyens et, à terme, d’améliorer le niveau qualitatif des réalisations… Parce que l’entreprise qui réussit à faire la même chose et bien finira immanquablement par se perfectionner. Le système «Tous corps d’état» (TCE) coûte cher et il n’est pas performant. Dans le bâtiment, il y a autour de 10.000 articles environ à gérer. Imaginons l’organisation à mettre en place pour les gérer dans leurs multiples mouvements. Si, au lieu de cela, je n’avais qu’une cinquantaine de ces articles à gérer, les choses seraient beaucoup plus simples… Si, en termes de personnel, je n’avais également que des menuisiers à gérer, au lieu de faire 50 logements, j’en ferais au moins 500. Pour le béton idem, au lieu de construire 500 logements, je m’organiserais de telle façon à en réaliser 5.000.
- Cette reconfiguration du système doit déborder nécessairement sur l’ensemble des structures d’environnement de l’entreprise de réalisation…
- A mon sens, on doit aller encore plus loin en termes d’environnement de l’entreprise… Il faut développer l’industrie des matériaux de construction, de manière que les entreprises puissent disposer de tous les moyens nécessaires pour conduire leurs projets et les réaliser dans les meilleures conditions possibles. Je m’explique: dans une wilaya comme Sidi Bel-Abbès, je verrais bien deux ou trois sociétés spécialisées dans la production du béton. De cette façon, l’entreprise chargée directement de la réalisation ne serait plus préoccupée par l’aspect béton. Elle va l’acheter avec les garanties requises auprès de ces sociétés et ne s’occuper dès lors que de l’exécution proprement dite des travaux. Ses charges auront ainsi diminué automatiquement, ce qui lui permettrait d’augmenter ses performances et de maîtriser sa spécialité. Toujours à Sidi Bel-Abbès, nous pouvons suggérer aussi la création d’un atelier de ferraillage industriel. A ce moment-là, l’entreprise locale n’aura plus à se casser la tête pour trouver des ferrailleurs. Ce sera à la société spécialisée de confectionner tous les éléments de ferraillage et à l’entreprise de ne se préoccuper par la suite que de leur pose sur site. En termes de réalisation, il faut bien sûr que l’entreprise puisse se doter elle-même de l’outil nécessaire. Si l’outil dont elle dispose n’est pas performant, elle ne peut pas l’être à son tour. Et, comme l’outil qui permet la performance coûte relativement cher, il faudrait que l’état puisse permettre aux entreprises d’y accéder dans les meilleures conditions possibles et à moindre coût.
- Faut-il supposer que certaines entreprises, dans leur configuration actuelle, ne disposent pas de l’outil approprié pour mener à bien leurs tâches?
- Entre un coffrage en bois et un coffrage métallique, la différence est évidente. Le coffrage métallique permet d’améliorer significativement la qualité. Mais seulement là, pour l’acquérir, l’investissement coûte très cher. A mon avis, il faudrait que l’Etat prenne des dispositions particulières pour permettre aux entreprises d’accéder facilement à cet outil dont le coût initial d’acquisition reste élevé.
D’autres exemples peuvent être cités également. La question qui se pose donc aujourd’hui est comment faire pour que les entreprises puissent se doter de l’outil qui permet la performance et le payer sur un échéancier de cinq ans. Ce sont là les problèmes majeurs qu’il faut chercher à résoudre si l’on veut réellement améliorer la performance. Donc, les solutions existent bel et bien. Si on veut absolument améliorer la performance, il faut commencer par régler tous les problèmes d’environnement de l’entreprise. Il faut s’organiser pour éliminer au maximum les contraintes bureaucratiques qui ont un coût énorme. En d’autres termes, il faudrait aussi que l’administration soit performante. Quand on lance un projet, cela veut dire qu’il est budgétisé, qu’on sait combien il va coûter. Et, quand on démarre les chantiers, il ne faut pas que ce soit une course contre la montre comme c’est souvent malheureusement le cas pour nombre d’entreprises. Les délais doivent aussi être respectés. Et, pour qu’ils le soient, il faut que les études soient affinées de telle sorte qu’il n’y ait pas d’éléments manquants à la chaîne. C’est plus un problème d’organisation, de perfectionnement et de volonté politique.
- Est-ce à dire que le secteur du BTP gagnerait à être revu par les pouvoirs publics dans toutes ses composantes et dimensions essentielles?Â
- Il faudrait mettre en place un système suffisamment ouvert pour pouvoir innover dans la construction. Aujourd’hui, en l’état actuel des choses, l’innovation n’est pas possible parce que les maîtres d’ouvrage, les bureaux d’études et les entreprises travaillent en groupes dispersés. Pour ainsi dire, il faut que les trois acteurs acceptent de travailler ensemble pour pouvoir identifier toutes les possibilités susceptibles d’améliorer les choses. Je suis persuadé qu’on peut élever le niveau de performance des entreprises algériennes en créant les conditions les plus à même de favoriser des partenariats avec l’étranger et pouvoir accéder aux nouvelles technologies du bâtiment en usage dans les pays les plus avancés.
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- Comment voyez-vous cette forme de partenariat entre les entreprises algériennes et étrangères?
- A partir du moment où le partenaire algérien s’implique avec une société étrangère et que les deux parties ont un objectif commun de qualité, la formule à mettre en place doit permettre aux entreprises algériennes d’accéder au savoir-faire étranger et améliorer ainsi leur niveau. Déjà, le fait d’organiser le secteur sur des bases rationnelles ne manquera certainement pas de doubler les performances des entreprises algériennes.
- L’expérience de votre groupe, en termes d’organisation, semble avoir toujours été imprégnée par ce souci d’efficacité et de performance?
- Ce que j’essaie d’expliquer est la résultante d’une longue expérience. Nous sommes organisés en entités spécialisées, chacune dans son domaine d’activité, pour pouvoir aspirer à des résultats performants. Si tout l’environnement suit, nous pourrons, au niveau de notre groupe, nous spécialiser uniquement sur les aspects «béton» et «structures» et doubler, voire tripler et quadrupler nos capacités de réalisation. Par la suite, nous serons en mesure d’entraîner dans notre sillage des dizaines d’autres entreprises qui auraient besoin de beaucoup de moyens pour pouvoir intervenir dans des lots séparés.
- L’environnement tel qu’il est aujourd’hui n’aura pas été une contrainte pour le développement harmonieux de votre groupe…
- Sans les contraintes de l’environnement, nos performances auraient pu être doublées et même triplées. Comme pour tous les intervenants du secteur, il s’agit surtout de problèmes administratifs qui apparaissent de manière presque récurrente. Un exemple parmi tant d’autres: est-il normal qu’une entreprise soit choisie et qu’elle soit tenue par ses engagements pendant six mois sans que l’administration ne régularise la situation du projet qui lui est confiée?
Il y a des cas où ce genre de retard dépasse même les six mois avec pour conséquence son lot de préjudices causés à l’entreprise. Paradoxalement, la situation se présente autrement pour une société étrangère qui s’arrange souvent pour prendre le moins de risques chez nous. Je n’ai jamais vu l’une de ces entreprises commencer un chantier sans que le dossier ne soit bouclé officiellement entre les deux parties. Quand il s’agit d’un entrepreneur algérien, d’une manière générale, l’administration se croit tout permis avec lui. C’est à croire que toute l’organisation actuelle est conçue de telle façon à favoriser l’étranger au détriment de l’opérateur algérien. Je ne dis pas qu’on n’a pas besoin de partenaires extérieurs. On doit faire appel aux sociétés étrangères en tant que véritables partenaires pour capitaliser d’abord leur savoir faire. Sans cela, l’expérience ne sera guère profitable pour notre pays. Dans ce chapitre, l’exemple de l’Iran est à méditer. Ce pays a pu acquérir toutes les techniques et toutes les technologies, y compris dans les domaines les plus pointus et les secteurs les plus sensibles. Il a pu ouvrir son marché à l’étranger mais ses responsables ont toujours veillé à ce que le partenariat avec les opérateurs nationaux soit une règle systématique. Aucune société étrangère ne pouvait intervenir en Iran si elle n’était pas associée à une entreprise locale. Au bout de quinze ans, ils ont surpassé les étrangers eux-mêmes.
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- Existe-t-il des entreprises algériennes structurellement prêtes à épouser cette forme de partenariat avec des entreprises étrangères?
- Il y a beaucoup qui le sont effectivement… Et qui ne demandent d’ailleurs aue cela, pourvu que les conditions soient réunies pour intéresser à ce partenariat aussi bien les étrangers que les locaux. Sur le plan réglementaire, l’Etat se doit cependant de créer des mesures incitatives particulières pour encourager les gens… Par exemple, en ce qui concerne l’octroi des marchés, on doit accorder des bonifications particulières aux entreprises intéressées par cette forme de partenariat.
Au niveau de la fiscalité également. Quand une entreprise étrangère vient travailler chez nous, il faudrait obligatoirement qu’elle commence d’abord par prendre en charge le volet «formation».
Il faut que le coût de cette formation soit absorbé par les mesures incitatives que l’Etat est censé devoir prendre sur le plan fiscal. Malheureusement, il y a encore très peu d’entreprises étrangères qui acceptent de s’impliquer dans un tel cadre parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de mesures réellement incitatives pour favoriser ce genre de partenariat. C’est un problème de volonté politique.
- Pourtant, il semble que vous avez opté pour cette forme de partenariat positif dans le BTP en envisageant de créer une société mixte avec une grande société italienne.
- On a fait tous les accords nécessaires. Maintenant, on est période de test préliminaire avec notre partenaire pour savoir exactement quelle est sa volonté et comment il compte s’impliquer avec nous dans la réalisation de certains projets de construction, en ce qui concerne surtout le volet formation.
- Pour terminer, votre appréciation sur un problème qui préoccupe au plus haut point nombre d’entreprises du secteur, celui de l’augmentation des coûts qui semble ne pas être rationnellement prise en charge par les décideurs…
- Les prix sont partout dans le monde automatiquement actualisés. Il existe des formules et toutes sortes d’applications informatiques qui permettent de calculer exactement l’évolution des coûts. Depuis plus de quatre ans malheureusement, alors qu’elle était à périodicité trimestrielle, la parution des valeurs indiciaires est vouée aux calendes grecques.
Aujourd’hui, en l’absence de toute base de calcul réglementaire, l’actualisation ne peut être le résultat que de négociations avec les représentants de l’administration. Suivant l’humeur du responsable que vous avez donc en face de vous, il se peut que l’on vous ajoute ou l’on vous diminue 1 ou 2 points de manière très approximative. Et une telle façon de procéder peut ouvrir la voie à tous les excès imaginables. Je trouve anormal qu’un fonctionnaire puisse décider unilatéralement d’une augmentation de coût de 4, 5, 6 ou 7 fois supérieure sans disposer pour ce faire de données objectives… Sur quelles bases l’a-t-il fait? Personne ne le sait. C’est une condition suffisante pour couler une entreprise.Je me demande comment peut-on gérer de gros chantiers si on ne dispose pas de l’outil nécessaire pour préserver à la fois les intérêts de l’administration et de l’entreprise. La meilleure des solutions est que tout le monde puisse travailler au réel et quand il y des fluctuations de prix, il faut que les augmentations soient prises totalement en charge. A ce moment-là, personne ne perd, ni l’Etat ni l’entreprise.
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06/08/2012 - 37434
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Ghezini Rachid - enseighant - Oran, Algérie
06/10/2010 - 7204
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com