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Un rempart contre l'oubli



Ce lieu chargé d'histoire s'est mué en un véritable musée. Ce dernier a été inauguré, en août 1984, par feu le président Chadli Bendjedid. En effet, le musée d'Ifri Ouzellaguène est assurément le monument qui perpétue, au mieux, dans la wilaya de Béjaïa, la Mémoire de l'Algérie combattante. À cet endroit, qui a vu la rédaction de la plate-forme de la Soummam, authentique document d'action du Front de Libération nationale, plane l'âme des héros fondateurs. Dans ce lieu de pèlerinage, où des hommes à l'âme révolutionnaire bien trempée, ont réussi le pari d'organiser un congrès, les visiteurs effleurent du bout des doigts les murs qui ont abrité, un certain 20 août 1956, un rendez-vous phare de la glorieuse révolution. De ces murs, véritables remparts contre l'oubli, se dégage encore l'aura des chefs politiques et de la guerre, exceptionnels, comme Abane Ramdane ou Larbi Ben M'hidi... Les touristes découvrent, ici, dans un enchaînement didactique, le courage et les prouesses militaires des aïeux, à l'instar d'El Mokrani et cheikh El Haddad, artisans de la révolte de 1871 autant que celles des héros de la guerre d'indépendance dont le patriotisme et le «génie» ont permis la victoire. En effet, tous les acteurs de cette épopée sont mis en lumière, avec des portraits et des documents retraçant leurs vies et leurs parcours, et, parfois, au détour d'une exposition, on retrouve même leurs armes (pistolets surtout) ou objets intimes, à l'instar du costume d'apparat du colonel Amirouche, intact et sentant la naphtaline. L'édifice rend compte des méfaits du colonialisme, des périodes sordides et violentes infligées au peuple, mais résume, en même temps, la lutte et les sacrifices pour s'en extraire et «les destins exceptionnels et foisonnants qui ont forgé la victoire», affirmera le directeur du musée, Hakim Mahdjat. Ce dernier évoque les massacres perpétrés par l'occupent, quelques semaines après le congrès de la Soummam, qui ont touché les 14 villages d'Ouzellaguène. Il souligne que «la Mémoire est aussi vive que pétillante, imposant d'entretenir le musée et de la rendre accessible à un large public et ce, par le truchement d'actions d'éducation et de diffusion».Venu de Seddouk et bien qu'habitué au rituel des visites aux lieux, Da Tayeb, 87 ans et ancien membre de l'Organisation civile du Front de libération nationale (Ocfln) en est toujours ému. «Rappeler ce qui s'était passé tient du devoir de Mémoire», confie-t-il. «Tout le monde le proclame, mais il est important de ne jamais oublier», déclarera-t-il, plongeant soudain dans ses propres souvenirs. «C'était juste effroyable.Des centaines de milliers d'Algériens en ont payé le tribut. J'en suis très ému». Lui emboîtant le pas, Da Nacer, ancien militant de la Fédération de France du FLN, soutient son acolyte: «Chaque objet, chaque document, chaque pierre de ce musée est une invitation à plonger dans la guerre et ses horreurs. Mais, tout rappelle aussi les heures héroïques du combat pour la victoire.
L'important, c'est de transmettre les valeurs du combat et l'idéal de liberté qu'il portait».Le lieu attire aussi les plus jeunes, à l'image d'un groupe d'étudiants de l'université de Sétif, rencontré sur place.. À l'entrée ouest, s'y dressent de gauche à droite, les statues grandeur nature, en bronze, des artisans du congrès, en l'occurrence Lakhdar Bentobbal, Zigoud Youcef, Abane Ramdane, Amar Ouamrane, Krim Belkacem et Larbi Ben M'Hidi, alignés l'un à coté de l'autre avec des mines réjouies, semblant occuper le site comme les gardiens des lieux.
Mais le clou de l'espace reste la maisonnette qui a abrité le congrès, relève le directeur du musée, dont l'emplacement en hauteur, au faîte de la colline, semble défier le temps et l'espace. Pour y accéder, il faut traverser un parvis en marbre et des gradins en amphithéâtre. Quelque 20 000 personnes visitent annuellement les lieux.
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