La moudjahida Yamina Cherrad Bennacer a présenté ces derniers jours son ouvrage Six ans de maquis dans le cadre du café littéraire initié par l'espace Menia à la bibliothèque communale Abdelbaki-Salah de Jijel en présence du public.En effet, l'ancienne responsable de l'hôpital de l'Armée nationale de libération de la Wilaya II historique du Nord-Constantinois dont le siège se trouve dans la région de Boudaoud, relevant de la commune de Ouled Asker, a apporté son précieux témoignage dans une ambiance conviviale. «Jijel est chère pour moi car j'ai passé ma jeunesse de 20 à 26 ans dans le maquis jijelien. Je me souviens toujours des frères et des s?urs qui étaient avec nous au maquis dont un certain nombre d'entre eux sont tombés au champ d'honneur», a confié Yamina dans un récit plein d'émotion d'une période charnière de sa vie et du pays.
Du haut de ses 82 ans, avec une mémoire intacte, elle a ajouté qu'après tant d'années de l'indépendance, «le passé me poursuit toujours». «J'ai pris des notes et enregistré des histoires sur des événements que j'ai vécus au maquis en compagnie de mes frères et mes s?urs», a souligné la camarade de classe de la martyre Malika Gaïd.
Ces histoires m'ont incitée à écrire mes mémoires au maquis jijelien de Boudaoud, à Ouled Asker, en passant par les monts de Beni Aafer finissant à Texenna et ses monts Herma, Bouheche, a révélé l'oratrice qui avait du mal à cacher ses émotions. «Je suis heureuse, voire très heureuse même que vous soyez venus, ça me touche vraiment», a-t-elle déclaré s'adressant au public à majorité féminine.
«j'ai vu le jour à Sétif au sein d'une famille nationaliste. C'est ma s?ur aînée instruite qui m'a initiée au nationalisme en lisant le journal Bassair de l'association des Oulémas musulmans qui commençait à bouger à cette époque. Mon père, sidi, était un homme ouvert. En compagnie d'une poignée de filles de notre quartier, j'ai fréquenté l'école chez Mme Khobzi qui était la directrice de l'école de filles et son mari le directeur de l'école de garçons», a enchaîné l'oratrice qui revenait sur les tragiques événements du 8 Mai 1945 et leurs séquelles sur son parcours de moudjahida. «Le 8 Mai m'a marqué», a insisté Mme Yamina Cherrad.
«En tant que fille j'ai vu la cruauté du colonialisme. Les cousins maternels de sidi ont été arrêtés et torturés dans la caserne mitoyenne à notre maison», a souligné l'auteure. «j'ai vu de mes propres yeux dans quel état se trouvaient les prisonniers algériens transportés par les militaires français pour les jeter à Chaâbet El-Akhera, à Kherreta», a affirmé Yamina émue. «Après avoir décroché le certificat d'études, j'ai réussi au concours de l'école des infirmières qui était ouverte par Dr Smati dans ma ville où j'ai passé deux ans en compagnie de Malika Gaïd et Louisa Akouche dont un internat se trouvait dans le caves de l'hôpital de Sétif.» Diplôme en poche, la fille de Bel air a été affectée respectivement aux hôpitaux de Bougaâ, M'sila, Sétif en1954 dans le service de chirurgie des femmes. «Avec le déclenchement de la guerre de Libération nationale, j'ai commencé à comprendre ce qu'il se passait et la réalité coloniale et ses pratiques racistes, le parti -pris des médecins et infirmiers français à l'égard des blessés algériens et les militaires français.»
«Un jour en rentrant chez moi, un militaire qui était en faction à la caserne mitoyenne à notre maison m'a tiré dessus, heureusement j'ai eu la vie sauve», poursuit la moudjahida, ajoutant : «C'est à partir de cet incident que j'ai décidé de contacter le responsable du nidham à Sétif, en l'occurrence Dr Bousdira, dentiste de son état, en vue de me faciliter l'opération de rejoindre le maquis, chose qui fut faite. Quelques jours plus tard, j'ai été ramenée par un groupe de moudjahdine au maquis de Babor où j'étais la première fille moudjahida, fin 56», a indiqué Mme Cherrad qui a révélé en outre que fin 57 les responsables de la Wilaya II historique du Nord-Constantinois ont construit le premier hôpital de l'armée de Libération nationale dans les monts de Boudaoud où elle a été affectée pour la prise en charge des djounoud blessés mais aussi des blessés civils pendant plus d'une année. Cependant avec le plan Challe 58, l'oratrice a reconnu que la situation devenait de plus en plus difficile suite au déploiement d'une impressionnante force française en vue d'étouffer la Wilaya II. On n' avait plus un hôpital fixe, on dissimulait les blessés dans des casemates et des merkez, notamment dans les régions de Bouaaza, Bouaakecha, dans les monts de Beniaafer, Bouhenche, Herma, dans la région de Texenna. Poursuivant son témoignage, Yamina Cherrad a rendu un vibrant hommage à la femme rurale chez laquelle on trouvait refuge. Elle nous assurait nourriture, hébergement et sécurité, a conclu l'auteure. Pour elle, Six ans de maquis se veut un acte contre l'oubli et un message aux jeunes d'aujourd'hui pour leur montrer les sacrifices de leurs pères. Bravo Madame !
Bouhali Mohamed Cherif
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Bouhali Mohammed Cherif
Source : www.lesoirdalgerie.com