Setif - Revue de Presse

Sétif: Répression, famineet exécutions sommaires



Alors que les nations des alliés fêtaient leur victoire sur le nazisme un 8 mai 1945, la France coloniale a empreint l'histoire d'une page d'un génocide perpétré à l'encontre de milliers d'Algériens qui ont participé à cette victoire se rassemblant dans les rues de Sétif, afin de déposer une gerbe au pied du monument aux morts, et revendiquaient le droit à l'indépendance de leur pays. Une manifestation qui tourne mal et qui se solde par une sanglante tragédie à laquelle participent l'armée française, la Légion étrangère et des milices de colons. Lourd bilan humain pour une répression longue de 6 semaines dans le département du Constantinois, 45 mille Algériens périrent. Sétif, vieille ville de Ferhat Abbès, figure clé de la revendication nationaliste modérée avec son «Manifeste du peuple algérien», a été l'une des villes du pays des plus meurtrie. Nous sommes un mardi 08 mai 45, jour de marché, tôt dans la matinée les scouts musulmans se sont réunis pour déposer une gerbe au pied du monument aux morts au centre de la ville. Le sous-préfet de la ville, Butterlin, qui s'oppose à toute manifestation à caractère politique leur somme de ne pas porter d'armes ni d'arborer des bannières revendiquant l'indépendance de l'Algérie. Alors que le cortège gros de 7 à 8 mille personnes arrive aux abords du café de France (centre-ville), un drapeau algérien est levé par un jeune de 20 ans répondant au nom de Saâl Bouzid. Refusant de le baisser devant l'ordre français, l'homme est abattu en dépit de l'opposition du maire de la ville, répété modéré. Une version des faits qui fait l'unanimité parmi les historiens. Dans la fusillade qui s'ensuit, la foule se disperse dans la panique et quelque 27 Français trouvèrent eux aussi la mort. La nouvelle se répand rapidement dans les autres villages où la population majoritairement paysanne sort crier révolte. Sur ordre du sous-préfet Butterlin, l'armée de terre menée par le général Duval intervient à Sétif puis dans tout le reste du département où elle fait la démonstration de ses sanglantes techniques, tout particulièrement à Kherrata. La marine quant à elle bombarde les côtes et les gorges de Kherrata, les localités du bord de la mer, comme les falaises et Mansoura sur la corniche de Jijel. Cette intervention musclée pousse les insurgés à se réfugier dans les montagnes où ils auront à essuyer les bombardements d'une centaine d'appareils de l'armée de l'air, et pendant 15 jours 44 mechtas ont été complètement rasées et leurs populations assassinées. Allant plus loin dans cette haine, les colonisateurs recourent à l'enfumade de milliers de civils sans défense. Un véritable carnage humain fut perpétré à l'encontre des populations envahies par les maladies et la famine. La répression s'étendra pendant 6 longues semaines au cours desquelles la chasse aux arabes fait rage. Il serait à vrai dire sévère d'imputer l'exclusivité des massacres de mai 45 au seul corps militaire, d'autres interventions de la part des milices de colons armées par les militaires et cautionnées par l'administration locale sont souvent plus atroces et plus sanglantes, selon le témoignage de survivants. Au menu, émeutiers brûlés vifs, exécutions sommaires, enfants et femmes rarement épargnés. L'Assemblée nationale française a évoqué la mort de 1.500 personnes, l'ambassade américaine avance tout de suite le chiffre de 40 à 45 mille victimes. Ainsi, la France qui a collectivement et délibérément occulté ce qui s'était passé à ce moment-là, pour reprendre les propres paroles d'Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de la France en Algérie, en visite officielle à Sétif, aura empreint l'histoire d'une page noire d'un génocide sauvage. Le docteur en histoire M. Mekhaled de l'université d'Oran qui a édité un grand ouvrage sur les massacres du 8 mai 45 à Kherrata et Sétif, n'a pas manqué lors de la rencontre nationale sur les événements du 8 mai, organisée à Sétif durant cette journée sous le thème «début de la fin», de mettre en exergue qu'au moment où les alliés fêtaient le triomphe des libertés, des milliers d'Algériens sont morts de famine, de typhus et de peste.
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