Aujourd'hui,
avoir un logement, à Sétif ou même dans sa périphérie, est un luxe et un
véritable casse-tête.
Les tarifs des
locations et des ventes ont énormément augmenté ces dernières années. Selon une
étude, en dix ans, les prix des logements ont enregistré une hausse de 233% et
font de la région de Sétif, l'une des villes les plus chères au Maghreb! Ce
phénomène est pour les Sétifiens une source d'incompréhension totale, plus
encore un vrai calvaire pour les citoyens en manque de logements. A.D, gérant
d'une agence immobilière, la cinquantaine, installé au centre-ville depuis plus
de 20 ans, témoigne de cette surenchère immobilière: «En 2003, je me souviens
que la vente d'un F3, (2 chambres + salon) dans les quartiers du chef-lieu de
Sétif tournait autour de 2,5 millions de dinars, aujourd'hui la même
transaction atteint facilement les 9 millions de dinars. Louer coûte aussi
cher, d'après une autre enquête, cette fois-ci, conduite de 2006 à début 2010,
on constate une hausse de104% en moyenne pour la location d'une chambre avec
toilette et de 466% pour la location d'une maison de 2 à 3 chambres dans un
quartier populaire. Du côté des agences immobilières, le mot d'ordre est à la
langue de bois «c'est au propriétaire d'exprimer ses préférences par rapport au
prix auquel il voudrait que nous louons son bien», se défend M.N, cadre dans
une agence immobilière «tout ce que nous pouvons faire de notre côté est de
nous assurer que le logement soit remis en parfait état au locataire. Nous
n'avons aucun moyen d'évaluer ou de plafonner le prix des loyers que nous
proposons aux clients». En avril 2007, M.T.Y, expert spécialisé dans les
questions immobilières a eu à répondre aux questions des journalistes quant à
la hausse des loyers. Selon lui «cette augmentation des prix dans la région
sétifienne et sa proche banlieue est, dans une grande partie, due à la flambée
des prix du mètre carré dans la capitale des Hauts Plateaux sétifiens ». Sétif
est une ville où l'espace libre est de plus en plus rare. C'est ce qui
expliquerait pourquoi le prix du mètre carré, soumis à la logique de la
disponibilité, augmente d'année en année», explique-t-il encore et d'ajouter
«le prix des loyers calculé pour un bien immobilier, répond à plusieurs
paramètres ainsi que l'évolution du prix du mètre carré selon la localisation
du site. Aussi, le prix des loyers répond en règle générale, à un critère
marchand, d'éthique et de déontologie mais dans la pratique, du moins à Sétif,
c'est la spéculation tous azimuts qui fait flamber les prix des loyers». Le
centre de la ville est de loin le secteur le plus cher de la ville.
A titre d'exemple, à la cité des «cheminots»,
le mètre carré peut s'acheter facilement jusqu'à 1,8 million de centimes. Selon
les arguments avancés par nombre de gérants d'agences immobilières, nombre de
bénéficiaires du programme LSP ont une grande responsabilité quant à cette
spéculation qui frappe, désormais, le secteur de l'immobilier, et pour cause
beaucoup de logements octroyés dans ce cadre sont proposés à la vente ou à la
location. Une virée auprès d'agences immobilières nous a permis de conforter
les arguments de nos interlocuteurs et de déceler une autre raison de la
spéculation.
Un responsable d'agence, devant notre demande,
nous propose la location de F3, F4 récemment livrés aux bénéficiaires, aux prix
respectifs allant de 13 à 16.000 dinars par mois. «Ce sont des logements neufs
jamais occupés», argumentera-t-il en guise de justificatif des prix appliqués».
Un autre nous propose des F3, F4 dans une autre cité LSP pour 16 à 19.000 DA
par mois. Quant à la vente de ce genre de logements, les modalités diffèrent en
fonction de l'âge d'acquisition. En effet, pour les logements acquis avant 2007
et donc dotés d'actes de propriété, le prix de vente d'un F3 oscille entre 6 et
8 millions de dinars. Quant à ceux datant de 2007 et plus, la modalité s'appuie
sur un principe de vente par confiance dès lors où le propriétaire s'engage par
devant le notaire de signer l'acte de vente dès acquisition de l'acte de
propriété. Dans ce genre de cas une remise de 1 à 1,5 million de dinars est
accordée à l'acheteur. «Le LSP lancé dans sa phase initiale sans outils de
contrôle a, autrement, contribué à aggraver la spéculation», soutient T. K, cadre
moyen dans une entreprise privée et d'expliquer que les tarifs de location
appliqués pour les logements LSP dont la majorité sont implantés loin du
centre-ville, dans les nouveaux POS, mis en place pour le lancement du
programme, ont induit des augmentations très sensibles dans les cités du
centre-ville. Pour illustrer sa thèse notre interlocuteur fait remarquer que
les prix de location d'un studio, dans les vieux quartiers du centre-ville, ont
triplé (de 6 à 18.000 dinars). Cette situation est qualifiée de contradictoire
par des experts. En effet, la règle de l'offre et de la demande qui conditionne
toutes normes économiques semble de loin dépassée et obsolète devant la réalité
qui sévit à Sétif, les milliers de logements réalisés ont alimenté la spéculation
dans le marché de l'immobilier. Les conclusions de l'étude menée dans ce
contexte, imputent aux agences immobilières une large portion de responsabilité
dans la spéculation. «Plus les prix sont plafonnés au maximum, plus les prix du
loyer augmentent, plus les gains augmentent», dira à ce propos, Mme A. tenante
d‘une agence immobilière. L S, propriétaire d'un logement situé dans la cité
des «fonctionnaires» que nous avons rencontré à la sortie d'une agence nous
confiera «je proposais mon logement situé au 5e étage à 12.000 DA mais on m'a
conseillé de le louer à 15.000 dinars puisque des maisons en plus piètre état
que la mienne, dans le même quartier, ont été louées pour le même prix» et
d'ajouter «alors s'il y'a preneur à ce prix pourquoi me priverais-je?». L.R,
fonctionnaire de son état, consacre le salaire de sa femme pour couvrir le
loyer de la maison qu'ils occupent avec leurs deux enfants. Le bail de location
ayant arrivé à terme, il doit devoir puiser dans son salaire pour couvrir
l'augmentation de 6.000 dinars que vient de lui imposer le bailleur. «Cela dit,
il me faudra sacrifier les cours préparatoires de mon enfant qui coûtent la
bagatelle de 4.500 dinars et suspendre la crèche pour son frère», nous
expliquera-t-il désespérément et sa femme de nous confier «encore faudra-t-il
dénicher une solution pour la garderie des enfants». Cette hausse des prix dans
l'immobilier à Sétif est ressentie par tous, avec l'existence de nombreux
circuits parallèles et des intermédiaires informels moins chers, comme les
courtiers.
La brigade d'enquête diligentée par les
services de la daïra, initiée par les autorités locales, notamment au niveau
des logements sociaux et LSP récemment attribués, vise à voir clair dans la
«jungle de l'immobilier» à Sétif. Du côté des populations, rares sont ceux qui
trouvent une logique à ces fluctuations et chacun y va de sa théorie. «C'est
l'alternance, le manque de contrôle et la fragilité des lois qui font envoler
les prix», soutient A. D, cadre de son état.
Et d'expliquer «les logements ne sont pas à
la portée des ménages modestes. On construit toujours plus d'immeubles et de
maisons, mais les prix risquent de ne pas baisser de sitôt», nous dira A. D. Ce
sont encore et toujours, les petites bourses qui payent le lourd tribut.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Z S Loutari
Source : www.lequotidien-oran.com