
-L'acquisition par Cevital de Fagor Brandt en France ne va pas créer d'emplois en Algérie :C'est la conviction ? plus intuitive que documentée ? de plusieurs acteurs de la vie associative à Sétif rencontrés ce samedi 3 mai à l'occasion d'une table ronde sur la Journée internationale de la liberté de la presse. Pourquoi le point de vue de Sétif est-il important sur la question ' Parce que selon la communication de Cevital, c'est sur les 50 hectares de la plateforme Samsung Samha à Sétif qu'une usine va naître pour fabriquer des produits de la nouvelle marque acquise en France. Ce point de vue n'est bien sûr pas propre à la société locale sétifienne.L'idée que l'Algérie ne puisse pas concurrencer des fournisseurs d'Europe centrale et a fortiori des ateliers chinois pour construire une chaîne de valeur internationale dont la tête est en Europe occidentale, est une idée tenace. Et ce ne sont pas les sorties parcimonieuses de Issaad Rebrab sur le sujet qui vont modifier cette perception populaire. L'Algérie ne peut rien vendre à l'Europe que la Chine fabrique déjà. Le premier opérateur privé algérien évoque pourtant l'implantation à Sétif, dans les 24 prochains mois, d'une usine de 7500 postes de travail fabriquant sous la marque Fagor Brandt une large gamme de produits électroménagers pour le marché domestique et pour l'exportation.La démarche de Cevital est peut-être de ne pas trop en dire avant d'apporter la preuve de sa capacité à enlever du travail aux chinois ou aux Slovaques du plan de charge industriel pour l'amener en Algérie. Il y a pourtant déjà matière à rappeler que c'est en principe là toute la vocation du modèle à faible coût (low coast) qu'est l'économie algérienne : prix intérieurs subventionnés, énergie sacrifiée, salaires contenus. Tout est configuré depuis de longues années pour rendre l'investissement en Algérie plus concurrentiel que dans les principaux pays du monde qui alimentent le monde en produits industriels. Ce qui est singulier, ce n'est pas que des activités industrielles internationales viennent se localiser en Algérie, mais que le mouvement ne se mette en branle qu'aujourd'hui. C'est-à-dire vers la fin du cycle «low coast» de l'économie algérienne. Est-il encore temps ou est il déjà trop tard '-Les pays du Maghreb exportent des composants ou des produits industriels pour l'Europe :Ce que propose de faire Cevital, le Maroc le fait depuis 20 ans. Et avec un certain succès. EADS, Renault-Nissan, Bombardier (Systèmes de transport) ont choisi des localisations marocaines pour des segments de leurs activités à haute valeur ajoutée. Et en vue d'exporter vers l'Europe. Les concurrents dans ces cas-là n'étaient pas chinois, mais roumains ou polonais. Le fait est là. Une économie bien positionnée logistiquement et bien orientée en profil de ressources humaines n'exporte pas que des primeurs agricoles. La machine à laver qui sortira de l'usine Fagor Brandt de Sétif dans deux ans devrait revenir moins cher aux ménages européens que celle importée de la façade industrielle de la mer de Chine. Il faudra cependant hâter la marche.Ces deux prochaines années annoncent l'amorce de cycles contradictoires qui peuvent changer l'attractivité algérienne. Le premier est la fin tendancielle de l'énergie quasi gratuite en Algérie. Cette semaine a vu un bras de fer de plusieurs mois entre Sonatrach et le groupe espagnol Villar Mir, propriétaire de Fertiberria, se terminer par un accord in extremis sur l'activité engrais. L'actionnaire majoritaire espagnol d'Asmidal accepte de payer plus cher les fournitures de gaz naturel qui lui permettent d'être concurrentiel sur les marchés européens. C'est une première symbolique qui en annonce d'autres. L'Algérie ne peut plus faire de l'avantage gaz à prix bradés le facteur numéro 1 de son attractivité. Et la tendance touchera aussi l'électricité, l'eau et tout ce qui requiert une énergie primaire pour être produit. Le second cycle, lui, est compensatoire. L'avantage énergie déclinant sera balancé transitoirement par la dévaluation inévitable du dinar.L'écart entre le taux réel et le taux parallèle supérieur à 50% est largement sorti des clous. L'ajustement ne peut se faire qu'à la décote du dinar, comme l'a courageusement soutenu Abderrahmane Benkhelfa cette semaine sur radio Chaîne III. Les produits industriels algériens seront concurrentiels à l'exportation encore à cause de l'énergie bas prix durant les prochaines dix années, mais bien plus à cause d'un dinar toujours convalescent pour cause de fin proximale de la rente énergétique. Au-delà, personne ne peut prédire les évolutions. Les experts avaient prédit un début de déclin de l'attractivité chinoise à partir de 2020 à cause d'un long réajustement des salaires et de la parité du yen. Pour les salaires, le mouvement est déjà amorcé depuis trois ou quatre ans. Le premier trimestre 2014 est celui qui a enregistré le plus grand nombre de conflits de travail de l'ère marchande de l'Empire du Milieu. Le Vietnam se frotte les mains. Une fois encore, il faut faire vite comme Cevital.-On la pensait bouclée, la cession de 51% de Djezzy au profit de l'Etat algérien - via le FNI - n'a pas fini de faire des vagues :Naguib Sawiris a annoncé qu'il ne renoncerait pas à son action en arbitrage contre l'Algérie. Le propriétaire d'OTH, l'opérateur égyptien qui a obtenu en 2002 la seconde licence de GSM réclame deux milliards de dollars. L'homme d'affaires égyptien, qui a cédé en 2010 sa branche téléphonie au russe Vimpelcom reproche à l'Etat algérien d'avoir nui à ses intérêts en provoquant une décote de ses actifs par harcèlement juridique et administratif. Plusieurs spécialistes avaient salué la transaction du 17 avril dernier, pensant qu'elle conduisait tacitement à l'extinction des «poursuites» de Naguib Sawiris. Il semble que seuls les intérêts de l'actionnaire majoritaire de l'entité Vimpelcom-OTH aient été pris en compte. Si tel est le cas, la persistance des poursuites de Naguib Sawiris change totalement la donne de cette transaction. Elle pourrait coûter au Trésor public finalement bien plus cher que les 2,6 milliards déclarés. Le tandem Bouteflika-Ouyahia qui a conduit en 2009-2011 une charge sans regard à la loi et à la réglementation contre Djezzy est toujours là. Il n'y aura donc pas de «responsable» si l'Algérie venait à perdre l'arbitrage contre Sawiris.-
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.elwatan.com