Setif - A la une

Lettre de province



Lettre de province
Par Boubakeur Hamidechi[email protected]/* */Comment expliquer l'actuelle inflation des commémorations qui se succèdent sur les terres natales d'ancêtres glorieux ' Et que signifie justement ce retour au galop vers l'histoire récente se manifestant à travers la multiplication de ces rites (presque) officiels au moment où l'image de l'Algérie du présent est définitivement brouillée dans la perception collective ' Ne serait-ce pas là un appel ou, pour être précis, un besoin de nostalgie d'une grandeur perdue à laquelle l'on s'accroche afin de rendre un peu plus «aimable» et plutôt un peu moins «haà'ssable» ce pays ruiné par un quart de siècle de violence et de népotisme 'C'est ainsi, qu'après le faste hommage rendu au «siècle de Ben Bella» par Tlemcen puis la douloureuse cérémonie du souvenir consacrée à la récente disparition d'Aà't Ahmed, l'on apprend, par ailleurs, que Sétif organise, dès ce samedi 24 décembre, un séminaire entièrement dédié à la personnalité de Ferhat Abbas et notamment à l'exégèse de ses multiples contributions en tant qu'homme politique mais également en sa qualité de publiciste.Nous voilà donc au cœur d'un hiver fertile en manifestations mémorielles tout aussi justifiées les unes que les autres mais auxquelles il manquait cependant une halte majeure. Celle qui aurait dû se rappeler du plus déterminant parmi ces «frères- monuments» mais à qui l'on refuse d'appliquer le même traitement en termes d'hommage. Il est vrai que cela date de plusieurs années en ce sens que l'on ne cesse de relativiser son rôle en escamotant sa dimension de leader. Autrement dit, Boumediène est-il encore un repère significatif de notre vécu national ou seulement le produit d'un accident politique ayant capté toute la lumière qu'avait générée précédemment la guerre d'indépendance ' Il ne fait pas de doute que ce sont notamment ses héritiers putatifs qui furent à l'origine du processus d'enfouissement de son œuvre afin de façonner leurs carrières à l'abri du moindre legs politique. Avec patience mais d'un point de vue tout à fait judicieux, l'on gomma en 2005 la célébration du 19 Juin afin de se blanchir du qualificatif de «putschistes» qui, pourtant, fut à l'origine de leur ascension politique. Cet effort qui fait table rase des origines d'une ascension explique justement la prudence avec laquelle Boumediène est évoqué dans les allées du pouvoir. D'ailleurs, depuis deux mandatures, nul hommage verbal n'est venu ressusciter auprès de la classe politique la probité du personnage. De même que l'on s'est soucié très peu des commémorations qu'aurait méritées sa disparition un certain 27 décembre 1978.Ainsi, contre l'oubli décrété, seuls les historiens sont, de par leur autorité de chercheurs, dispensés du silence. De même que les rares mémorialistes transgressant la censure qui, chaque année, déterrent certaines des réussites du défunt afin de donner du sens à chaque célébration ponctuelle. Cela étant souligné, qu'y a-t-il, par conséquent, de si compromettant dans la trajectoire de Boumediène pour lui valoir une injuste relégation mémorielle ' Est-ce cette sorte d'exemplarité qui fut la sienne qui dérange lorsqu'elle est donnée en modèle de nos jours ' Il y a certainement un peu de cette image du plébéien sensible à la condition des couches sociales les moins favorisées laquelle, justement, marqua son souvenir. De plus, les treize années de son pouvoir ont rarement été marquées par des scandales en relation avec le comportement des dirigeants. Et c'est l'ensemble de ces aspects qui composent l'aura d'un dirigeant à la probité jamais prise en défaut. Quand bien même ce genre d'éloges relève des reliquats du romantisme, ceux-ci reflètent néanmoins un profond sentiment de respect que les Algériens partagent de nos jours en comparaison à la débauche des fautes politiques du régime actuel. Voilà peut-être la raison qui détourne le pouvoir de la moindre référence à celui qui fut le précepteur politique du premier d'entre les dirigeants actuels. La crainte de la comparaison ayant suscité la réfutation du passé, il ne restait, par conséquent, que le secours à la substitution des héritages pour se refaire une nouvelle filiation. Exit Boumediène afin de surexposer Ben Bella en sa qualité de père fondateur de l'Etat algérien. En somme tout un stratagème pour parvenir à réduire les «années Boumediène» à une transition historique que l'on peut enjamber sans problème de conscience afin de sanctifier celui qui avait précédé le porteur de burnous. Finalement, tout le côté obscur du bouteflikisme réside justement dans le refus des étalonnages politiques. Fortement concentré sur son propre destin politique, il aurait pu être l'auteur de la fameuse formule «lui c'est lui et moi c'est moi !», tant il est exact qu'il a été capable de l'appliquer d'abord à Ben Bella lorsqu'il voulut lui retirer en 1964 le poste de ministre des Affaires étrangères et qui le poussa à devenir l'animateur principal des conjurés du 19 Juin 1965. De la même façon, mais en plus soft dirons-nous, il ne cesse de pilonner le souvenir de Boumediène, ce parrain disparu que d'aucuns affirmaient que sans lui il n'aurait pas existé politiquement. Aujourd'hui satisfait de son record de longévité au pouvoir, comment peut-il souffrir le moindre étalonnage à partir de ceux qui le précédèrent alors que son exceptionnelle trajectoire balaye toutes celles du passé et notamment la norme dite de Boumediène.Ce n'est donc pas l'érosion du temps et l'œuvre de l'amnésie qui, seules, confinèrent sa trajectoire dans les archives des historiens. Il y eut certainement les ressentiments de ses successeurs qui «raturèrent» sciemment et chacun à sa façon son nom. Celui que s'est donné le brave soldat Boukharouba qui ne cherchait guère une quelconque postérité devenue pourtant la sienne après sa disparition.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)