Setif - A la une

Les "mauvaises affaires" des couturiers



Dans un contexte de crise sanitaire, couturiers et artisans se sont improvisés fabricants de masques chirurgicaux réutilisables pour satisfaire la demande, qui reste en deçà de l'apport des autorités.Trois mois après le début de la pandémie, des couturiers ont pris les choses en main pour parer à la rupture de stock. Ainsi, pendant que le port du couvre-visage est obligatoire, certains fabricants, qui n'arrivent pas à se maintenir, se sont recentrés sur le coeur du métier. C'est le cas de Mme Ouarda, une couturière ayant bénéficié du crédit Ansej, qui est retournée à la fabrication de tabliers. "Je ne reçois plus de commandes, l'offre est supérieure à la demande", s'est-elle confiée. Pareil pour Samia, couturière installée à Beau-Fraisier (Bouzaréah), qui s'est mise à la fabrication de vêtements de protection médicale, car, selon elle, elle a du mal à commercialiser ses masques.
D'autres ateliers de couture ont maintenu leur pédale en marche pour fabriquer des masques lavables. À l'exemple de Nadia, styliste, qui a aménagé le sous-sol de sa maison en atelier de couture. Sa fabrique a démarré en mars dernier, avec une équipe de quatre surjeteuses et piqueuses. Son objectif est de produire des masques tant que ce virus continue à se propager. Seulement, elle doit affronter plusieurs obstacles pour commercialiser sa production.
D'ailleurs, fâchée d'apprendre qu'une importante quantité de masques sera importée, la couturière se demande : "Pourquoi ne prennent-ils pas nos masques au lieu d'en ramener de l'extérieur '" Plus loin encore, elle dénonce l'acharnement des autorités contre les artisans. "Je sais qu'ils ont fermé plusieurs ateliers de confection", tout en ajoutant que "ce n'est pas du tout le moment. C'est le moment de la solidarité nationale et nous sommes obligés de nous serrer les coudes et de sortir indemnes de cette pandémie". Au sujet de la régularisation de son commerce, elle se dit "prête" à respecter les lois en vigueur et qu'elle "n'a aucun problème pour payer ses impôts".
Sétif, l'autre aubaine du business des masques
Contrairement aux ateliers algérois, ceux de Sétif n'ont pas de mal à écouler leurs stocks, dans une ville où le nombre de contaminations ne cesse d'augmenter. Ainsi, le contexte de la crise sanitaire a boosté les métiers de la couture et de la confection en développant un business, longtemps renié. C'est le cas d'une entreprise spécialisée dans le matériel médical, gérée par Farès. Il a expliqué qu'il existe plusieurs catégories de masques, et cela dépend de leur utilisation. "Pour les masques destinés aux chirurgiens, leur prix varie entre 40 et 50 DA, quant à ceux destinés au grand public, ils sont à 25 DA." Il a également indiqué que les masques semi-finis coûtent 12 DA.
Pour Yacine, un autre fabricant de vêtements médicaux et de protection, "il y a des importateurs qui veulent noyer le marché avec des masques venus de l'étranger à des prix exorbitants, alors que les nôtres sont de bonne qualité", a-t-il regretté. Il a, en outre, ajouté que leurs masques sont conformes aux normes et sont "homologués par le laboratoire de toxicologie de Sétif". Pour lui, il ne sert à rien d'en importer puisque "la quantité de ceux fabriqués en Algérie est largement suffisante et à des prix très raisonnables". Dans un contexte de forte concurrence avec les fabricants locaux, certains importateurs se sont indignés.
C'est le cas de Neïla, une représentante d'une société d'importation, qui s'interroge sur les raisons de ce rejet de tout ce qui vient de l'étranger.
"Il y a de la place pour tout le monde", a-t-elle indiqué, avant d'ajouter que ses masques sont de "très bonne qualité". Plus loin encore, elle a ajouté que la vente des masques se fait d'une manière très légale, dans le respect des lois en vigueur. "Si nous n'avions pas constaté de besoin, nous ne nous serions jamais aventurés à en importer." D'ailleurs, dans le communiqué de la dernière réunion périodique du Conseil des ministres, il est indiqué qu'il est prévu l'importation de 20 millions de masques chirurgicaux pour maintenir le stock national de 200 000 masques pour les personnels de santé travaillant dans des services Covid.
Ainsi, trois avions de transport des forces aériennes de l'Armée nationale populaire, en provenance de Chine, ont atterri vendredi soir à Alger, chargés de 41 tonnes de matériels et d'équipements médicaux.Côté e-commerce, "le site Ouedkniss a pris la décision de n'autoriser que les entreprises qui fournissent des factures en vendant des masques", a indiqué Mehdi Bouzid, co-fondateur du site de vente en ligne. Au sujet de sa décision de suspendre la vente des masques au début de la pandémie, il a expliqué que c'était à cause de la "spéculation", en ajoutant qu'"il y avait même des particuliers qui, profitant de la panique générale, achetaient des stocks pour les revendre à des prix exorbitants".

Imène AMOKRANE
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