Setif - A la une

"Le rapport Stora est loin des attentes"



Liberté : Où en est-on de la reconnaissance des crimes du 8 Mai 1945 et des indemnisations des victimes 'Abdelhamid Salakdji : On ne peut pas parler de reconnaissance sans rappeler ce qui s'est passé à partir du 8 mai 1945. La responsabilité de la France dans les massacres du 8 Mai 1945 est entière.
En effet, après les manifestations pacifiques et marches qui ont eu lieu à travers plusieurs villes du pays, les autorités françaises, au lieu d'apaiser, ont commencé la répression. Une répression tous azimuts. Des militants PPA-MTLD ont été emprisonnés, tués et ont subi toutes les atrocités. Après, le général de Gaulle a ordonné l'ouverture d'une enquête qui n'a jamais abouti.
Le général Paul Tubert, qui a été chargé de présider une commission instituée par arrêté en date du 18 mai 1945, a été aussitôt sommé de suspendre les recherches. C'est une autre preuve que les massacres étaient atroces, d'où la volonté d e faire le silence sur le génocide qui s'était passé durant cette période.
Les Français ne se sont pas contentés des massacres, mais ils ont entamé des opérations d'expropriation des biens, des viols, tortures systématiques, des destructions partielles ou complètes des villages et douars par les bombardements et à des déportations des personnes suspectées dans plusieurs régions du pays. Je peux vous dire que les massacres du 8 Mai 1945 sont l'?uvre de l'Etat français et non d'individus. prélude pour une organisation armée.
Au niveau de la fondation du 8-Mai-1945 que je préside depuis des années, on est convaincus que la France reconnaîtra tôt ou tard ses crimes perpétrés en Algérie durant l'année 1945 et devra indemniser les Algériens.
Que pensez-vous du rapport de Benjamin Stora '
Les massacres du 8 Mai 1945 font partie de notre histoire. Nous avons des amis écrivains, historiens et même des membres de notre fondation en France.
Ils ont décortiqué le rapport Stora remis au président Macron. Ils soulignent qu'il est loin de ce que nous attendions. Il est loin des réalités historiques entre les deux pays. Nous avons été déçus car nous connaissons bien M. Stora qui a à son actif plusieurs dizaines d'?uvres historiques et recherches portant sur l'histoire de l'Algérie, notamment la guerre d'Algérie. Plusieurs spécialistes et historiens voient que le rapport n'a pas été un rapport d'historien mais d'un conseiller politique.
Qu'a pu réaliser à ce jour la fondation que vous présidez et quels sont vos projets '
La décision prise par le président de la République faisant du 8 Mai 1945 une journée nationale de mémoire a été l'un des points pour lesquels nous avons milité. Il a aussi donné des instructions pour baptiser des rues, cités et institutions du nom du 8 Mai 1945 ainsi que la création d'une chaîne de télévision publique dédiée à la mémoire.
Bien que nous n'ayons jamais été invités aux émissions de cette chaîne, nous apprécions le geste du président de la République. Nous avons aussi contribué à la réalisation d'un long métrage Point final, produit par le ministère des Moudjahidine et dont le réalisateur n'est autre que le cinéaste Ahmed Rachedi. Nous attendons avec impatience la projection de ladite ?uvre achevée depuis près de quatre ans.
Nous avons aussi pu collecter bon nombre d'archives que nous devons exposer à l'observatoire national du 8-Mai-1945 à Sétif. Les travaux de réalisation du projet de ce dernier vont bon train. Le taux d'avancement a atteint 80% avec un coût de 100 milliards de centimes. Dès sa réception prochainement, il sera mis à la disposition des jeunes Algériens, des chercheurs et écrivains pour les accompagner dans leurs recherches. Les archives que nous détenons sont actuellement dans les locaux qui ont été mis à notre disposition par l'APC de Sétif, à Maqam Chahid à Sétif.
Pour ce qui est des perspectives, je peux vous annoncer en exclusivité que nous travaillons depuis plusieurs mois sur un important dossier qui nous tient à c?ur. Il s'agit d'un dossier de réquisitoire qui a été dernièrement ficelé par des experts et spécialistes et qui sera déposé à la commission des droits de l'homme de Bruxelles et auprès du tribunal international des crimes contre l'humanité. Je ne vous cache pas que nous avons accusé un peu de retard par rapport aux délais fixés auparavant, nous sommes confrontés à des problèmes financiers.

Entretien réalisé par : FAOUZI SENOUSSAOUI
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)