Participant au 15e congrès du Front Polisario, Fethi Ghares revient dans l'entretien accordé à El Watan, en marge de l'événement organisé à Tifariti (Sahara occidental), sur l'implication de son parti dans la question sahraouie. Il indique que cette cause est liée à notre histoire nationale. Toujours perspicace et n'omettant pas de s'intéresser aux questions de l'heure, M. Ghares estime que la démocratisation de l'Algérie, qui vit les soubresauts d'un mouvement populaire important, pourrait aider à provoquer de profonds bouleversements dans toute la région et même au-delà?? Le MDS participe au 15e congrès du Front Polisario. Votre parti n'est pas connu dans l'opinion algérienne pour son engagement en faveur de la cause sahraouie. Qu'en est-il au juste '
L'information en Algérie est, ou bien détournée ou bien masquée. C'est d'ailleurs pour cela que les Algériens sont actuellement engagés dans un mouvement démocratique qui permettra à nos compatriotes de s'ouvrir sur les réalités locales, régionales et mondiales. Le MDS a de tout temps lié les questions nationales aux questions internationales.
C'est une tradition héritée du PCA, et même de l'Etoile nord-africaine (ENA) qui est elle-même issue d'un mouvement internationaliste, à savoir le mouvement communiste français. Les textes du MDS insistent sur l'obligation de défendre les peuples opprimés en Afrique et partout ailleurs dans le monde.
Certes, le parti s'honorait à participer en permanence aux événements du Polisario. Mais notre mouvement a connu une crise. Et ce n'est qu'en 2018 que nous avons renoué le contact en conviant des représentants du Front Polisario à notre congrès. Et depuis, on s'invite à nos événements respectifs.
? Que pense justement votre parti de la question sahraouie '
Je pense que la question sahraouie est une question nodale, importante, vitale. Elle est liée à notre histoire. Notre pays, c'est le pays de l'autodétermination ; il est celui qui a modifié la cartographie politique du monde. L'Algérie est devenue la Mecque des révolutionnaires.
Mais, pour garder son hégémonie, le pouvoir algérien a toujours essayé de minimiser le rôle des Algériens dans l'histoire contemporaine. Il leur dit : vous êtes «ringards», que «vous ne pouvez rien faire», que «tout changement exprimé ne peut que provoquer chaos et désolation»?
Il y a eu un récit qui a été imposé par le pouvoir pour semer le doute dans l'esprit des Algériens.
? Qu'en est-il du Makhzen qui occupe une partie du territoire de la RASD '
Le Maroc a deux traditions nationalistes : il y a, d'un côté, le nationalisme progressiste, porté par des hommes comme Abdelkrim El Khettabi et Mahdi Ben Barka, et, de l'autre, les nationalistes marocains inscrits dans le même courant nationaliste que les Algériens et les Tunisiens qui étaient pour le Grand Maghreb des peuples.
Il y a également, je dirais, un nationalisme que je qualifierais d'archaïque, d'impérialiste et qui défend le projet du «Grand Maroc», qui englobe le Sahara occidental, bien sûr, mais également la Mauritanie, le nord du Sénégal, une partie importante de l'Algérie (40%), ainsi que le nord-ouest du Mali.
Cette idéologie macabre est la même que celle défendue par les promoteurs du pangermanisme allemand qui a provoqué deux guerres mondiales. Ce qui reste de ce projet, nous le constatons avec l'occupation actuelle des territoires sahraouis, que les Sahraouis veulent absolument reconquérir.
? Les puissances étrangères bloquent tout règlement rapide de la question. Qu'en pensez-vous '
Je pense qu'il y a d'abord la responsabilité du pouvoir algérien. On a cessé d'être la Mecque des révolutionnaires, des opprimés qui voulaient défendre ou changer les rapports de force avec les oppresseurs. On avait une diplomatie offensive, qui était bien assise sur toute une histoire et un peuple entreprenant?
La question sahraouie était dans les années 60-70' une question populaire. La décision de dépolitiser le peuple a été engagée à la fin des années 70' et surtout 80'. Conséquence : la question a été ignorée par l'opinion nationale. On a voulu faire oublier aux gens qu'il y a un peuple opprimé à leurs frontières.
Quelles sont les conséquences de cette occupation sur les peuples de cette région '
Les deux victimes de l'occupation, ce sont les peuples marocain et sahraoui. L'oppression que subit le peuple marocain est soi-disant légitimée par la guerre. Disons-le franchement, le Makhzen asseoit sa légitimité sur l'occupation.
Donc, tout ce que subit le peuple marocain est lié à la guerre dans cette région. La question de l'autodétermination du peuple sahraoui est liée à la question de la démocratie. L'une va déclencher l'autre.
? Justement, la réussite du mouvement populaire en Algérie pourrait-elle permettre le règlement rapide de la question de décolonisation au Sahara occidental '
La démocratisation de l'Algérie va provoquer de profonds bouleversements dans toute la région et même au-delà.
L'Algérie est un pays pivot vu sa position stratégique, sa tradition politique, son histoire contemporaine? Un changement en Algérie va créer un véritable séisme démocratique dans la région.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Iddir Nadir
Source : www.elwatan.com