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L'Algérie de Bouraoui et d'Ouyahia



Quel rapport entre eux ' Aucun. Amira Bouraoui, 43 ans, médecin gynécologue, qui aurait pu se contenter de son métier, d'une vie confortable, ou partir à l'étranger comme l'ont fait plusieurs milliers de ses confrères, non par goût de l'argent ou par plaisir, mais parce qu'ils n'ont pas eu d'autre choix. Que l'on partage ou non sa manière de faire de la politique, voire ses choix politiques, il n'en reste pas moins qu'elle fait partie de la jeune génération entrée en politique, et dont une partie, les trentenaires ou plus jeunes encore, ont grandi sous un seul et unique président, Abdelaziz Bouteflika, sa caste politico-oligarchique et les scandales ayant émaillé ses quatre mandats. Qui voulaient que ça change et qui seront encore là quand nous ne serons plus là.Amira Bouraoui est une femme engagée. Déjà en 2014 contre le 4e mandat au sein de Barakat, un mouvement qui, bien que constitué d'une poignée de militants, avait tenté de faire bouger les choses. Cinq ans après, en 2019, Amira Bouraoui n'était pas seule dans la rue, mais noyée parmi des centaines de milliers d'autres, le Hirak, à s'insurger contre le mandat de trop que Abdelaziz Bouteflika briguait ! Et, sans ces centaines de milliers de personnes majoritairement jeunes, l'Algérie serait aujourd'hui gouvernée par un président aphone, grabataire et moribond, otage d'une caste politico-oligarchique.
Aujourd'hui, elle est en prison, condamnée à un an ferme. Un an, c'est lourd pour une mère de famille. C'est lourd parce que s'il existait une vraie liberté d'expression, Amira Bouraoui se passerait des réseaux sociaux pour s'exprimer, de ces posts qui, quand on y regarde bien, ne sont pas vus, lus et partagés par des millions de personnes ! D'après ses avocats, elle a reconnu avoir été «excessive» dans certains de ses messages, rédigés sous le coup de la colère mais, a-t-elle ajouté, personne n'était obligé de les lire !
À l'opposé, il y a Ahmed Ouyahia, qui n'est plus à présenter. Un homme arrogant, cynique, un exécutant des pires politiques, qui n'a pas hésité à envoyer quelque 2 000 cadres en prison, dont certains que je connais, comme ce cadre originaire de Sétif, qui n'a appris qu'à sa sortie de prison que son épouse et ses enfants avaient été tués lors d'un attentat à la voiture piégée commis par le GIA !
Ahmed Ouyahia était déjà aux affaires avant l'arrivée d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, qu'il va servir aussi loyalement que son prédécesseur Liamine Zeroual. Il faut reconnaître au président déchu ce goût de reconnaître dès le premier coup d'?il les gens disposés à exécuter, sans état d'âme, sa politique. En tant que journalistes, nous avions eu affaire à lui durant l'automne 1998, une période où il avait alors justifié devant les députés avec son cynisme particulier, la suspension du Matin, du Soir d'Algérie, d'El Watan, de Liberté et d'El Khabar. Puis, comme ministre de la Justice quand, sur instruction du président déchu ? il aurait pu dire non ? il avait durci en 2001 le code pénal contre la presse. Et on voit ce que ça a donné. Deux ans plus tard, en 2003, on avait eu de nouveau affaire à lui, alors Premier ministre : il avait justifié et couvert une vague d'interpellations de journalistes des mêmes quotidiens, leur comparution et leur condamnation en premier appel, l'interdiction de parution du Matin, la condamnation à deux ans de prison de Mohamed Benchicou...
Lundi dernier, les pouvoirs publics ont autorisé Ahmed Ouyahia, qui purge une peine de 15 ans de prison pour faits de corruption, à quitter sa cellule pour assister aux obsèques de son frère. Toutefois, les images diffusées par des chaînes de télé privées montrant l'ancien Premier ministre menotté, un homme qui ne nous a pourtant pas fait de cadeau, assistant à l'enterrement de son frère, eh bien, disons-le, ces images avaient quelque chose de malsain. De telles images vont à l'encontre de nos valeurs.
H. Z.
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