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«Je ne me reconnais plus dans ce milieu malsain du football» Krimo Khelfa. Ancien joueur de l'ES Sétif, ancien entraîneur



«Je ne me reconnais plus dans ce milieu malsain du football»                                    Krimo Khelfa. Ancien joueur de l'ES Sétif, ancien entraîneur
Connu pour son franc-parler et son intransigeance, il s'est forgé à côté du défunt Arribi, qui lui a remis un témoin nommé «discipline».Abdelkrim Khelfa, qui a dirigé nombre de clubs (ESS, USM An, CABBA, USMS et USB), prend ses distances avec le football algérien, qu'il estime «gangrené». N'ayant jamais été adepte des feux des projecteurs, l'ex-attaquant de l'ESS, de l'USMS et du CRB, a bien voulu rompre un silence volontaire et tire à boulets rouges'
- Peut-on connaître les raisons de votre éloignement des terrains de foot '

Les manigances et magouilles qui infectent le sport-roi me dégoûtent. Franchement, je n'ai plus envie de travailler dans ce milieu. D'ailleurs, j'ai dernièrement refusé pas mal d'offres. Je suis blasé.
Sincèrement, je ne me reconnais plus dans ce milieu où l'argent a gangrené une discipline qui agonise. Ce que je vois et entends ne me motive plus. Le football, qui est avant tout un plaisir, est désormais contaminé par les liasses de billets qui ne peuvent hélas transformer des manchots en pros. Je ne me reconnais plus dans ce milieu malsain'
- Apparemment, vous en avez gros sur le c'ur'

Trouvez-vous normal qu'un entraîneur soit limogé avant l'entame du championnat ' Un technicien qui travaille selon les standards internationaux ne peut faire long feu car il sera «taclé» par les faux-cadres d'une équipe qui n'aiment pas cravacher à l'entraînement. La remarque «je laisse les joueurs avec leur conscience» d'Alves, l'ex-coach du MOC, sous-entend beaucoup de choses.
- Vous êtes corporatiste, non '

Pas du tout ! Absolument pas ! En mettant entre parenthèses sa dignité et ses principes, l'entraîneur, devenu esclave de l'argent, est pour beaucoup dans le malaise qui affecte non seulement le football algérien, mais le sport national en général.
Même si une hirondelle ne peut à elle seule faire le printemps, Boualem Charef, que je salue au passage, est un entraîneur atypique, maîtrisant parfaitement son sujet.
Boualem, qui est un passionné comme moi, a pu, avec peu de moyens et de jeunes joueurs, bâtir une équipe qui mérite le respect et l'admiration.

- Que pouvez-vous dire de cette rivalité entre entraîneur national et étranger '

La faute incombe à l'entraîneur algérien qui ne s'impose pas. Pour un «douro» (un centime, ndlr), il courbe l'échine. Avec tout le respect que je dois à certains collègues, mais l'amère réalité est là.
Cela ne veut nullement dire que le dirigeant est exempt de tout reproche. Cultivant un complexe d'infériorité vis-à-vis de l'étranger, même s'il ne dispose d'aucune carte de visite, le n°1 du club se plie en dix pour donner à l'inconnu des moyens et du temps. Ça me dégoûte. Je ne suis pas contre le recrutement d'un entraîneur de la trempe de Roger Lemerre, mais je me révolte contre les deux poids deux mesures des présidents de club, qui déroulent le tapis rouge aux uns, qui bénéficient en outre, du droit à l'erreur, alors que les autres sont soumis à l'obligation de résultat et vite.
- Vous pointez du doigt les présidents'

Ils sont pour beaucoup dans le mal qui ronge notre sport-roi. Les dirigeants de l'USMH qui ont donné carte blanche à Charef, font, à mon avis, l'exception. Désintéressés et dévoués, les dirigeants d'El Harrach n'activent à mon sens que pour rendre service au foot, sans plus. Une telle politique donnera tôt ou tard des résultats. J'en suis convaincu. El Harrach qui n'a pas été découragé par les pratiques des grosses cylindrées miroitant monts et merveilles aux jeunes Harrachis, finira par dominer le foot algérien un beau jour.
- Qu'avez-vous à dire de ces présidents, entraîneurs et recruteurs '

C'est à cause de ce problème que j'ai quitté l'Entente en 2004/2005. Pour diverses raisons, on a voulu m'imposer des joueurs que je n'ai ni demandés ni recrutés. Malheureusement, de nombreux entraîneurs, acceptent pour une bouchée de pain, le diktat de certains présidents qui deviennent, le jour de la compétition, coach de première classe.
Comment voulez-vous que notre football progresse avec des dirigeants pareils ' Laissez-moi vous dire que de 1963 à 1976, le football algérien était géré par des gens honnêtes, compétents, engagés et totalement désintéressés. Ils n'avaient pas besoin des licences ou des doctorats pour rendre d'énormes services aux clubs. La loi, qui exige au moins le niveau de terminale pour diriger un club ou une association, est insensée. On n'a pas besoin d'un diplômé de Saint-Cyr pour diriger un club. Avant de s'attaquer au niveau d'instruction des dirigeants, on doit au préalable contrôler les milliards de dinars octroyés aux clubs qui dépensent de sommes colossales pour décrocher un titre ou échapper «par miracle» à la relégation.
- Que pensez-vous du niveau de la Ligue 1, vitrine de notre football '

(Silence') La presse nationale est un moyen de développement de la discipline. Malheureusement, elle tente par des analyses et écrits complices et complaisants de cacher la forêt avec un arbre. On n'a pas le courage de dire la vérité, car tout n'est pas net. Nous évoluons dans une spirale de malhonnêteté.
Les incidents qui ont émaillé la rencontre JSS- JSK ne peuvent être considérés comme un cas isolé. On doit avoir le courage de dénoncer les dépassements enregistrés ici et là. Il faut avoir le cran pour pointer du doigt ces matches qui se gagnent en dehors du carré vert.
Il ne faut plus se voiler la face, car en coulisses, des tentacules massacrent (le mot n'est pas fort) le travail réalisé en une semaine par ces coaches qui triment et luttent à armes inégales. Au lieu de tirer vers le haut, on tombe dans une médiocrité navrante.
Pour l'illustration, Une équipe qui gagne ses deux premières rencontres ne trouve aucune gêne à parler de titre. Un petit joueur qui pointe deux buts, est non seulement qualifié de goleador mais les portes de l'EN s'ouvrent à lui. La complaisance des médias est pour beaucoup dans la dégringolade qu'on ne veut pas voir. Nous avons trois zarbout (toupies) qui font le tour d'Algérie chaque saison.
Que peut faire un joueur qui perçoit mensuellement plus de 3 millions de dinars ' Peut-il gagner un match à lui seul' Peut-il aider son équipe à décrocher trois succès d'affilée ' Je m'interroge...
- Selon vous, pourquoi le football algérien ne produit-il plus de grands joueurs '

Un tel sujet pourrait constituer un thème de thèse d'Etat. Infesté par le piston, notre football ne peut donc fabriquer qu'un produit médiocre. Dénaturé, notre sport-roi est devenu un job qui rapporte gros.
La retraite forcée de ces détecteurs de talents qui fréquentaient les terrains vagues, à la recherche du bon produit à perfectionner, a donné le coup de grâce. L'abandon du sport scolaire, qui a été des années durant l'inépuisable réservoir, est l'autre cause du malheur. Sans passion on ne peut, par ailleurs, donner un bon cru.
- Que pouvez dire de la situation de l'USMS qui se retrouve en interligues '

C'est une honte pour tous les Sétifiens, y compris moi. C'est le résultat de la politique de l'achat de la paix sociale. Je ne comprends pas que l'ESS puisse bénéficier de 26 milliards et que l'USMS soit délaissée.
- Un dernier mot sur la valse des entraîneurs'

C'est un problème politique. Pour la paix sociale et pour calmer la galerie, les gens sont capables de sacrifier 4 ou 5 entraîneurs par saison. Pour faire diversion, l'entraîneur est le bouc émissaire tout trouvé de ces présidents «infaillibles». Il ne faut pas avoir peur des mots, nous sommes dans une jungle où le plus fort peut, en toute impunité, croquer le fusible éjectable'
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