Setif - Revue de Presse

«Il est temps que le secteur bancaire fasse sa mue»



-Le dernier Conseil des ministres du 22 février a institué certaines mesures à  l'adresse des entreprises, à  l'instar de la baisse des charges sociales pour favoriser l'emploi. Pensez-vous que la nature actuelle de l'économie est en mesure d'absorber le phénomène du chômage qui prend des proportions ' Avant d'aborder cette question du chômage, il me semble judicieux de dresser un tableau sur la situation économique actuelle du pays, puisque vous abordez, à  juste titre, la nature de cette économie. Ceci va nous aider à  mieux aborder certains maux et réfléchir aux remèdes à  administrer en termes de démarche et de solutions, si nous voulons bien évidemment arrêter de tourner en rond. Il sied de rappeler, tout d'abord, que les importations des biens sont passées de moins de 10 milliards de dollars en 2001 à  40 milliards de dollars à  fin 2008. Les importations des services, elles, sont passées de 4,7 à  11 milliards de dollars pour la même période. C'est d'ailleurs ce niveau que l'on a laissé dériver depuis l'ouverture débridée de notre économie qui a donné lieu aux mesures introduites et aux dispositions arrêtées par le gouvernement. Concernant la croissance de l'économie algérienne, celle-ci est de nature molle, portée par la seule dépense publique, grâce aux investissements réalisés en matière de mobilisation de la ressource en eau, les travaux publics et le logement, mais qui n'ont malheureusement pas eu l'effet d'entraînement souhaité. Il faut reconnaître que le recours massif à  l'extérieur pour la réalisation constitue l'une des causes d'une telle situation, puisque le chômage, entre autres, et surtout celui des jeunes diplômés reste encore à  un niveau élevé (supérieur à  20% pour la catégorie des jeunes). La production nationale, surtout industrielle, connaît des lacunes structurelles, ce qui laisse place à  une invasion d'importations en tous genres. -Pour revenir justement à  cette question de soutien à  l'emploi, le réservoir de main-d'œuvre qui est l'industrie semble àªtre aujourd'hui un secteur complètement laminé… Le paradoxe pour l'industrie algérienne ; c'est que, quoique le marché soit là, la part de l'industrie dans le PIB ne représente que 5,3% alors qu'elle était de 20% dans les années 1970, situant de fait le secteur industriel en dernière position parmi les secteurs pour sa contribution à  la création des richesses nationales. C'est dire que la croissance hors hydrocarbures dans le pays n'est portée que par la seule dépense publique et qu'en termes de développement économique, et surtout durable, l'industrialisation du pays et la création des outils nécessaires à  ce développement que sont les entreprises doivent se faire à  travers une vision claire, appuyée d'une stratégie basée sur des avantages comparatifs dynamiques. -Plusieurs mesures ont été décidées pour favoriser l'accès des jeunes à  l'emploi. Il sied de citer, entre autres, la redynamisation des dispositifs Ansej, Angem, CNAC… Pensez-vous que ces dispositions sont suffisantes, au moment où l'entreprise algérienne s'embourbe dans de multiples difficultés ' Pour revenir aux décisions du Conseil des ministres du 22 février dernier, certaines se veulent une réponse aux préoccupations des opérateurs économiques et aux attentes des jeunes dans le domaine de l'emploi. Outre la baisse des charges sociales de l'entreprise pour favoriser le recrutement et la redynamisation des différents organismes de soutien à  l'emploi des jeunes, il faut rappeler qu'un plan d'action pour la promotion de l'emploi et la lutte contre le chômage a été adopté en 2008. Essayons d'aborder cette question de l'emploi par une approche pragmatique et économique, il faut dire que de tels dispositifs de soutien à  l'emploi et à  l'insertion des jeunes ne peuvent suffire. Ils constituent, certes, un appoint, mais la véritable solution à  moyen et à  long termes réside dans la sauvegarde, la consolidation des entreprises existantes et la création de milliers de nouvelles entreprises dans tous les secteurs et branches d'activité. En termes d'investissement, l'ANDI ne suffit pas comme seul cadre régissant cette problématique, en l'absence d'une vision globale, d'une stratégie de développement, d'orientation des investisseurs, de stabilité du climat des affaires et d'une bonne gouvernance économique. Le dernier Conseil des ministres du 22 février a apporté, néanmoins, certaines solutions à  un nombre de problèmes posés, à  l'instar, à  titre d'exemple, des facilitations apportées pour favoriser l'accès au foncier industriel et le financement bancaire. -La dépénalisation de l'acte de gestion semble àªtre chose effective. Pensez-vous que le secteur bancaire allait prendre acte et se ressaisir pour faciliter l'accès des entreprises aux crédits ' Je crois qu'il est temps que le secteur bancaire fasse sa mue pour se transformer en partenaire financier dynamique et non statique comme il se présente aujourd'hui. En effet, l'application rigide des règles prudentielles souvent mises en avant, instaurées à  l'époque du réajustement structurel, rend difficile toute forme d'accès au crédit. Ces règles, si elles se justifiaient à  une certaine époque, ne sont plus de mise aujourd'hui. Il faut savoir que ces règles prudentielles doublées de la pénalisation de l'acte de gestion ont très fortement influencé l'inertie du secteur bancaire et ont très souvent servi d'alibi. Maintenant que cet alibi est tombé, il est demandé aux banques commerciales d'être un peu plus à  l'écoute des entreprises et pourquoi pas les pivots de la relance économique. Elles se doivent aujourd'hui d'être totalement dédiées à  ce rôle et à  ce rôle seul. -Le gouvernement a ajourné l'application de la mesure imposant aux opérateurs le paiement par chèque de toute transaction commerciale égale ou supérieure à  500 000 DA. N'est-ce pas un recul face à  l'informel ' Il est vrai qu'il y a une espèce de recul par rapport à  la lutte contre l'informel, puisque le gouvernement a décidé de différer la décision d'imposer le paiement par chèque de toute transaction commerciale égale ou supérieure à  500 000 DA. Cet ajournement annule, par ricochet, toutes les dispositions qui imposent aux commerçants la formule de facturation.
Certes, il y a des raisons qui ont motivé le gouvernement à  opter pour cet ajournement, mais nous le considérons tout de même comme un recul face à  l'informel qui continue de gagner du terrain. C'est le grand danger qui menace l'économie et l'entreprise algériennes. C'est l'un des phénomènes majeurs qui s'ajoute aux difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises.
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