Pour avoir pris part à la célèbre et mémorable marche du 8 mai 1945, l'instituteur Lakhdar Messai est arrêté.Le recteur de l'Académie d'Alger le suspend de ses fonctions avec privation de traitement à compter du 10 mai 1945. Après de longs mois de souffrances et vexations, l'illustre instituteur reprend en mars 1946 le combat contre l'illettrisme de milliers d'enfants indigènes. Il renoue avec son métier, sa passion à El Eulma où on lui voue respect et considération. Ayant fait le serment d'inculquer le savoir aux potaches de Mezzaias (Bejaia), Guellal et Sétif, où il est né, le 12 mai 1912, Si Lakhdar relève le défi, à l'instar d'une poignée d'instruits de l'époque. L'élève de l'école normale de Bouzaréah (1929-1932) ne s'arrête pas là.
Pour son sérieux et résultat, l'instituteur maîtrisant, comme il se doit, la langue de Molière, est bardé de distinctions (félicitations de l'inspecteur d'Académie de Constantine, en 1938, en 1959 et 1961, en plus d'une médaille de bronze en 1958 et le titre de Chevalier des palmes académiques en 1961). De la race des grands maîtres, l'érudit épouse, à l'instar de milliers d'Algériens, la cause nationale. Son militantisme lui vaut un deuxième séjour dans les geôles du colonisateur qui n'a pu mâter ce lettré se distinguant par sa forte personnalité. Les brimades stimulent cet éducateur hors pair à former et suivre des centaines d'instituteurs de haut niveau.
Pour ses mérites, il prend par la suite la direction de nombreuses écoles où il laisse ses empreintes. En grand pédagogue, il prend sous son aile plusieurs générations de jeunes instituteurs marqués à jamais par les connaissances, la rigueur et l'intransigeance d'un formateur d'une espèce rare. Inlassable et éternel insatisfait, Si Lakhdar est promu inspecteur. Cette promotion lui donne la possibilité de former la crème des instituteurs de l'Algérie indépendante. De nombreuses générations d'enseignants de Sétif et d'ailleurs sont passés par l'école Messai.
Après 35 années 7 mois et 17 jours, de bons et loyaux services, le vénéré maître remet le témoin, le 31 décembre 1965. Personnifiant la pondération, la sagesse et l'humilité, -le propre des seigneurs-, l'enfant de Bon marché (actuellement cité Tlydjene) restait égal à lui. Aimé, apprécié et respecté par Sétif, le maître prend congé de ce bas monde, le 20 octobre 2003. «Mr Messai était en 1943 mon instituteur à l'école des indigènes de Sétif (actuellement CEM Allem Mansour). J'ai de l'admiration pour la rectitude et le savoir du maître. Il était très sévère. Il montrait sa force mais il n'usait que du savoir. Il force le respect en classe. Il ne fallait surtout pas le croiser dans la rue.
Pour ses élèves, il était l'instituteur en classe et au dehors», souligne Mansour Hamouda, un autre érudit de ces belles et fertiles hautes plaines sétifiennes, ne doit pas mettre en parenthèses les sacrifices du maître, un modèle. Inscrire le nom de ce militant sur le fronton d'une école primaire est le plus bel hommage que Sétif puisse rendre à l'un de ses meilleurs fils.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Beniaiche
Source : www.elwatan.com