Le 8 mai 1945 est l'une des dates les plus tragiques de l'Histoire de l'Algérie, car elle restera marquée par l'ampleur des massacres perpétrés sur une population algérienne, sans défense, par l'Etat colonial français.
Le 8 mai 1945 fut pour les Alliés une fête. Celle de la fin de la guerre, de la reddition de l'Allemagne, du suicide d'Hitler. Cette fête vécue en Europe et aux Etats-Unis et dans les colonies notamment chez les colons en Algérie fut un jour sombre pour les vaincus mais aussi un jouir à marquer d'une pierre noire pour les Algériens qui connurent à partir de cette date, le pire des massacres de masse, le vrai génocide. Par l'ampleur, la durée et la diversité des opérations combinées de l'armée, de la police et des milices coloniales, ce fut l'un des plus importants crimes d'Etat de l'époque contemporaine. Pendant des semaines, rien ne sera épargné à une population désarmée. Ni les bombardements par l'aviation et la marine de guerre, ni les exécutions sommaires, ni les chasses à l'homme, ni même les fours à chaux d'Héliopolis. Et sur instruction du Général De Gaule qui au lendemain de ce génocide, adressa le 1O mai un télégramme au gouverneur de l'Algérie : Veuillez transmettre aux familles des victimes de l'agression de Sétif ma sympathie du général De Gaule et du gouvernement tout entier. "Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l'Algérie. Veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tout agissement anti-français d'une minorité d'agitateurs. Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des Français, musulmans d'Algérie ".Voilà ce qu'ordonné De Gaule à propos du génocide des Algériens en mai 1945 en donnant des instructions militaires fermes au gouverneur de mater la rébellion.
45 000 morts
La curée dura plusieurs mois et on vit une coalition des colons qui quelques mois plus tôt, étaient tous adeptes du maréchal Pétain, devenir nationalistes, gaullistes et faire assaut de patriotisme en cassant de " l'Algérien arabe ". Mieux encore l'armée française qui avait une revanche à prendre sur l'histoire, elle qui a été défaite d'une façon honteuse en trois semaines par Wehrmacht se défoula sur des pauvres paysans qui, pensant que le 8 mai c'était aussi celui de la " délivrance du colonialisme ", défilèrent en brandissant à Sétif, épicentre de la révolte, un drapeau algérien. Aux manifestants de Sétif, Kherrata et Guelma et de très nombreuses villes d'Algérie, qui entendaient, le jour de la défaite de l'Allemagne nazie consacrée par la signature de l'armistice, unir, dans un même mouvement leur joie d'avoir contribué à la libération des peuples européens, l'armée et la police coloniale répliquèrent par une répression sanglante. Il faut rappeler qu'une première vague de manifestants a déjà eu lieu le 1er mai 1945 dans plusieurs villes (Alger-Oran- Bejaïa- Tlemcen- Constantine-Mostaganem-Guelma-Relizane-Sétif-Batna-Biskra-Aïn Beïda-Khenchela-Sidi Bel Abbes-Souk-Ahras-Cherchell-Miliana-Skikda-Oued Zenati-Saïda-Annaba-Tébessa-Sour El Ghozlane? Partout des cortèges d'Algériens pénètrent pacifiquement dans les quartiers européens aux cris de " Algérie libre. " Constitution ". " Libérez Messali " et brandissant l'emblème national. Cette féroce campagne de terreur d'un Etat colonial fit des dizaines de milliers de victimes qu'aucune comptabilité macabre n'arrivera jamais à dénombrer avec exactitude, même si la mémoire nationale a retenu le nombre symbolique de 45 000 morts.
Saâl Bouzid venait par son souffle d'indiquer sur la voie du sacrifice la voie de la liberté
Le 8 mai 1945 signifie en Europe la fin du nazisme. Il correspond aussi à l'un des moments les plus sanglants de l'histoire. La répression colonialiste venait d'y faire ses premiers accrocs face à une population farouchement déterminée à se promouvoir aux nobles idéaux de paix et d'indépendance. Faim, famine, chômage et misère semblaient résumer la condition sociale de la population musulmane algérienne colonisée par la France depuis 1830. La fin de la guerre mondiale, où pourtant 150 000 Algériens s'étaient engagés dans l'armée aux côtés de De Gaule. Cela pour les Européens. "On a tiré sur un jeune scout ". Ce jeune scout fut le premier martyr de ces massacres : Saâl Bouzid, 22 ans, venait par son souffle d'indiquer sur la voie du sacrifice la voie de la liberté ". A la colère des Algériens, la réponse du gouvernement français, dans lequel se trouve, mai, oui, le PS et le PC, aux côtés de De Gaule, ne s'est, en tout cas, pas fait attendre en mobilisant toutes les forces de police, de gendarmerie, de l'armée, en envoyant des renforts de CRS et de parachutistes, et même en recrutant des miliciens, qui ne gênaient pas de fusiller des Algériens de tous âges et sans défense. L'armée coloniale avait planifié " l'extermination de milliers d'Algériens ". Dès lors, des camions de type GMC continuaient à charger toute personne qui se trouvait sur leur passage. Les milliers d'Algériens furent déchargés depuis les bennes des camions au fond des gorges de Kherrata. Des hélicoptères dénommés " Bananes " survolaient les lieux du massacre pour achever les blessés. Une véritable boucherie humaine allait permettre, plus tard, aux oiseaux charognards d'investir les lieux. Avec la venue de l'été, la chaleur monte? et l'odeur de la mort. Vers Guelma, faute de les avoir tous intéressés assez profond on brûlés, trop de cadavres ont été jetés dans un fossé, à peine recouverts d'une pelletée de terre. Les débris humains sont transportés par camions. Le transport est effectué avec l'aide de la gendarmerie de Guelma pendant la nuit. C'est ainsi que les restes de 1 000 algériens ont amenés au lieu-dit " fontaine chaude " et brûlés dans un four à chaux avec des branches d'oliviers.
Corps incinérés
La répression se met en place, les tirailleurs sénégalais sont mis à contribution. Des centaines de FFI de la Creuse sont acheminés en Algérie et un pont aérien est mis en place, sans parler des contingents de " Képi Blancs " venant de Sidi Bel Abbes. Les P638 et B-26 font plus de 300 sorties de bombardements et de mitraillage sur les mechtas des " rebelles ".
On sait tous ce que la " pacification " continuera encoure plusieurs jours, donc le décompte à ce moment-là est loin d'être définitif et fiable. La répression prend fin officiellement le 22 mai. L'armée coloniale organise des cérémonies de soumission où tous les hommes et femmes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en ch?ur : " Nous sommes des chiens et Ferhat Abbes est un chien ".
Des officiers exigent la soumission publique des derniers insurgés sur la plage des Falaises, non loin de Kherrata. Certains, après ces cérémonies, sont embarqués et assassinés. Pendant de long mois, les Algériens musulmans qui, des campagnes, se déplaçaient le long des routes continuèrent à fuir pour se mettre à l'abri, au bruit de chaque voiture. Des hommes de tous âges, des femmes aussi, furent ainsi conduits dans un de ces endroits, le lieu-dit " Kef El Boumba " et aux fours à chaux de la ferme de Marcel Lavie où de nombreux corps furent incinérés.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ammar Zitouni
Source : www.lemaghrebdz.com