Les deux spécialistes avaient été sommées en avril de rejoindre une unité de Covid-19, alors qu'elles font partie du personnel de la santé dispensé d'y travailler.Après l'épisode dramatique de la psychologue N. Boudissa, une nouvelle affaire d'abus d'autorité est révélée au grand jour dans le secteur de la santé, cette fois-ci dans la wilaya de Tipasa. Les victimes sont autres que deux femmes médecins pneumologues exerçant dans la région. Il s'agit de deux spécialistes répondant aux initiales de A. B. et de L. A. qui exercent au niveau de l'EPSP de Bousmaïl.
Elles sont convoquées pour demain lundi à comparaître devant le conseil de discipline. Elles sont accusées par la direction de la santé de wilaya, de "refus de détachement au service Covid-19". En fait, les deux médecins ont été sommées en avril dernier de rejoindre une unité de Covid-19 au niveau de l'EPH de Cherchell, alors qu'elles font partie du personnel de la santé dispensé de travailler dans des unités anti-Covid-19.
La note ministérielle numéro 18 du 26 avril 2020 énumère expressément les possibilités de dispenser certains personnels de la santé en raison de la situation épidémiologique actuelle. Cependant, l'administration de la santé au niveau de Tipasa semble ne pas l'entendre de cette oreille. Les deux médecins s'insurgent contre la décision de la DSP, liée à la réquisition de femmes ayant des enfants en bas âge.
"Nous avons été réquisitionnées d'office vers l'EPH de Cherchell pour aller travailler dans le service Covid-19, sans pour autant nous consulter et connaître notre situation sanitaire ou sociale. La directrice de wilaya de la santé nous a sommées manu militari de regagner nos postes sans pour autant daigner nous recevoir et nous écouter", dénoncera la pneumologue A. B. qui enchaînera sur sa situation sanitaire vulnérable. "Mon état de santé me dispense de cette réquisition.
Il y a un décret du Premier ministre et l'instruction du ministère de tutelle qui nous dispensent de cette réquisition. Le ministre de la Santé l'a d'ailleurs rappelé le jour de l'enterrement de notre cons?ur Boudissa Wafa à Sétif, morte des suites de coronavirus. Je traîne depuis des années une maladie chronique. Et j'ai un bébé de six mois. Je souffre en fait de séquelles ischémiques et de la présence d'anomalie veineuse.
En un mot, je risque à tout moment de faire les frais d'un AVC. Je me remets d'ailleurs difficilement des séquelles d'un AVC que j'ai fait il y a quelques mois", déplorera la pneumologue. Malgré un tel tableau clinique vulnérable, l'assistante spécialiste A. B. a été réquisitionnée avant d'être sanctionnée par la DSP de Tipasa.Une première dans les annales de la santé.
"En plus d'une comparution devant le conseil, la DSP m'a sanctionnée par une mise à pied de 30 jours. Après quoi, j'ai introduit deux recours au niveau de la DSP avant de déposer un autre recours au ministère de la Santé. Mais, la directrice ne se ravise pas. Elle a persisté dans sa position.
Elle m'a, par contre, envoyé deux autres réquisitions, l'une à l'EPH de Koléa et la troisième à l'EPH de Cherchell. J'ai demandé audience, mais la directrice de la santé refusait à chaque fois de nous recevoir", soutiendra encore A. B. qui ne manquera pas de rappeler que l'administration l'a dissuadée de déposer des demandes de congé exceptionnel. L'assistante spécialiste L. A. était confrontée au même parcours que sa collègue.
Elle va comparaître, elle aussi, demain lundi devant le conseil de discipline pour les mêmes motifs que sa collègue A. B. "A mon retour de congé de maternité, la directrice de la santé m'a surprise par une réquisition vers le service Covid-19 de l'EPH de Cherchell, alors que la réglementation me dispense de travailler dans un service anti-Covid-19, parce que j'ai un enfant en bas âge.
J'ai fait des recours au niveau de la direction de wilaya, mais en vain, puisque la DSP m'a communiqué par téléphone une autre affectation vers à l'EPH de Hadjout, avant de m'envoyer une autre réquisition vers l'hôpital de Cherchell", dénoncera encore Dr L. A. Et de poursuivre : "L'administration de la santé de Tipasa a établi une réquisition pour un médecin femme ayant un nourrisson de 5 mois.
Alors que l'instruction du ministre de la Santé est claire là-dessus." D'ailleurs et pas tard que mercredi dernier, le département de Benbouzid qui rendu publique une nouvelle instruction portant numéro 514 et traitant de la mise en congé exceptionnel des personnels de la santé. Le ministre de la Santé, par la voix du chargé du secrétariat général, a rappelé aux gestionnaires des structures sanitaires les dispositions liées à la mise en congé exceptionnel des personnels de la santé.
"Il est nécessaire de vous rappeler qu'une attention particulière doit être accordée à la frange vulnérable de ces personnels en contact permanent avec les patients notamment les femmes enceintes au troisième trimestre et les personnes atteintes de maladies chroniques qui doivent être mises en congé exceptionnel."
Signalons enfin que la psychologue N. B., contaminée au coronavirus, avec son bébé, lance un nouvel appel au ministre de la Santé pour ouvrir une enquête pour ce qu'elle considère comme un "abus d'autorité" exercé par la direction de l'EPH de Tipasa. Elle s'est vu en fait refuser une demande de congé exceptionnel alors qu'elle y ouvre droit selon la réglementation.
Hanafi H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hanafi HATTOU
Source : www.liberte-algerie.com