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Béjaïa: Tout part dans l'oued



Les dernières pluies diluviennes qui se sont abattues sur le nord du pays, ont épargné de leurs inondations la région de Béjaïa. Elles auront été plutôt bénéfiques de par ce qu'elles ont induit comme nettoiement des deux plus importants oueds qui traversent le territoire de la wilaya de Béjaïa. Les torrents produit par ces fortes pluies ont emporté tous les déchets et autres détritus qui ont envahi ces oueds des mois durant. Ce n'est que provisoire. En un temps record, ces cours d'eau, considérés, au demeurant, comme des zones humides, renoueront avec leur aspect rebutant et la pollution provoquée par les rejets ménagers et industriels.L'engagement de l'Etat à la préservation des caractéristiques écologiques de ces zones humides n'est toujours pas au rendez-vous. Et ce ne sera pas concrétisé de sitôt tant qu'une véritable politique n'est pas décidée dans ce sens. Autant les autorités locales se complaisent dans des considérations à court terme, autant les hautes autorités négligent cette catastrophe naturelle qui persiste, avec tout ce qu'elle engendre comme conséquences sur la santé publique, la faune et la flore.
L'oued Soummam, qui s'étale sur le territoire de quatre wilayas dont principalement Béjaïa, subit toutes les formes de pollution possibles. C'est le réceptacle, à ciel ouvert par excellence, de tous les déchets humains et industriels. Reconnue officiellement comme zone humide protégée par un arrêté de la wilaya, qui stipule clairement que «le rejet des eaux usées et des déchets ménagers et industriels sans traitement préalable est strictement interdit», force est de constater que c'est tout le contraire qui se produit, depuis des années et cela continue encore d'une manière plus accentuée.
Les décharges publiques sur les deux rives de cet oued sont innombrables. Elles sont si nombreuses qu´on ne peut les compter aussi facilement. Ces décharges défigurent et polluent le paysage de toute la région. Il va sans dire qu´elles sont souvent à l´origine de désagréments divers causés à l´endroit des populations.
Outre l´odeur nauséabonde et le risque de maladies multiples, les citoyens sont contraints de respirer des fumées qui s´en dégagent quotidiennement. Le cas de l'entrée de la ville de Sidi Aich est, à ce titre, éloquent. De pratiquement l'embouchure vers la mer, jusqu'aux frontières limitrophes des wilayas, l'oued Soummam reçoit divers rejets, dont les effets s'illustrent, à chaque décrue, par le nombre de poissons rejetés, morts, sur les rivages.
«L'exploitation de ces ressources naturelles, soumise à l'autorisation des pouvoirs compétents», se fait impunément, de manière officielle et plus intense, avec la sécheresse qui sévit depuis des mois. Tous les forages, mis à l'arrêt après la mise en service du barrage de Tichy Haff, ont été réactivés pour soutenir l'alimentation en eau potable de la population.
L'absence de stations d'épuration dans les grands centres urbains, à haute densité de la population, la prolifération des décharges sauvages au bord l'oued, le phénomène de lessivage du sol par les eaux pluviales, les produits phytosanitaires utilisés dans l'agriculture et les industries, qui déversent leurs rejets (100 points) dans ce cours d'eau, sont autant de facteurs qui tuent, à petit feu, l'oued Soummam. Une mort précipitée due à l'extraction anarchique et abusive des matériaux alluvionnaires par les exploitants des sablières implantées sur le lit de cette rivière.
Le même constat est valable au niveau d'autres grands cours d'eau de la wilaya de Béjaïa. L'oued Aggerioune, qui prend sa source dans la wilaya de Sétif et traverse la région est de la wilaya de Béjaïa, fait l'objet des mêmes inconséquences que l'oued Soummam. Lui aussi dépérit chaque jour que Dieu fait. Décharge par-ci, rejets polluants par là, son lit se rétrécit comme une peau de chagrin. Une forte décrue peut entraîner facilement des dégâts considérables.
L'engagement d'études sérieuses pour sauvegarder ces deux oueds, pour ne citer que ceux-la, est l'impératif de l'heure.
Le ministère de l'Environnement est interpellé pour agir au plus vite. Face aux bouleversements climatiques en cours et la sécheresse à répétition, l'action du gouvernement doit s'orienter, en priorité, vers la conservation de ces zones humides, non seulement à Béjaïa, mais également à travers tout le pays par une politique environnementale adéquate. Autrement, c'est la catastrophe.
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