L'Algérie aura désormais l'infime distinction de fêter trois fois chaque nouvelle année: le 1er janvier pour le calendrier grégorien, le 12 janvier pour celui berbère et encore celui musulman de Mouharram. 2017 a été donc exceptionnel ou pas 'Le pays finit l'année au milieu du gué: ébloui par le lancement d'un nouveau satellite de télécom 100% algérien dans l'immensité du ciel et attristé par l'attaque contre une statue nue sur une place publique de la ville de Sétif. Bizarrement l'agression contre la dame de pierre a mobilisé réseaux sociaux, médias, hommes politiques et même ministres et le groupe d'ingénieurs algériens auteur de l'éclat scientifique passé en seconde zone d'intérêt, puis oublié. On ne connaît pas bien les noms des ingénieurs algériens alors que celui de «l'attaque de Sétif» est désormais célèbre: Abou Marteau. L'attention des Algériens est-elle plus vigilante face à l'intégrisme crétin et aveugle qu'intéressée par la conquête du ciel par le savoir' Bien malin celui qui nous le dira avec certitude.
Comme d'ailleurs l'autre interrogation nationale qui a longtemps angoissé le monde politique avant qu'il ne pousse un grand «ouf !»: Saïd Bouteflika, le frère cadet du chef de l'Etat, a annoncé, en fin de cette année, qu'il ne se présentera pas à l'élection présidentielle du printemps prochain. Beaucoup de prétendants à la magistrature suprême se sont réjouis, voyant dans cette annonce l'espoir d'accéder à leur tour à la tête du pays. Depuis, silence sur la question comme assurés que l'actuel chef de l'Etat ne se présentera pas pour une cinquième mandat. Bien malin celui qui nous dira avec certitude si Abdelaziz Bouteflika daignera, enfin, prendre sa retraite. Plus large, chez le peuple, l'année 2017 finit par un exercice de comptes compliqué entre les augmentations de prix annoncées, les mille produits interdits à l'importation, les cinq ou sept constructeurs-monteurs de voitures et camions sans oublier l'augmentation et le maintien du prix du pétrole au-dessus de la barre des 60 dollars/baril. Ouf ! là encore le péril d'une rupture de stock de l'importation (moins les mille produits bannis) est écarté. Soyons zen et faisons confiance au marché et son abondance pour 2018. Le spectre de la misère brandi par les plus pessimistes est chassé par la bénédiction du pétrole à 60 dollars (et peut-être plus en 2018) en sus des partenariats annoncés de Sonatrach avec les sociétés étrangères. L'exploitation du gaz de schiste est quant elle mise de côté en prévision de conjoncture exceptionnelle. Et puis de telles décisions engageant l'avenir du pays ne sont jamais prises sans l'aval unanime de notre parlement national, dit la Constitution. Et comme le hasard fait parfois bien les choses, 2017 a été aussi l'année de l'élection (désignation disent les mauvaises langues) de l'auguste Assemblée nationale. C'était compliqué, disputé, magouillé, marchandé, décrié même, mais quand même terminé, clôturé, accepté: nous avons de nouveaux députés et ils ont cinq années pour nous prouver qu'ils ont bien mérité leur «élection».
Plus bas dans l'échelle des pouvoirs, nos villes et villages ont choisi (désigner là encore disent les mauvaises langues) leurs représentants. Logiquement le peuple a élu en toute liberté et démocratie ses représentants aux échelles de pouvoir local et législatif et il ne lui reste que le choix de celui tout en haut de la pyramide des pouvoirs qui garantira l'écoulement du temps de l'Algérie moderne: le chef de l'Etat. Ce sera la première annonce stratégique de la nouvelle année et elle arrive au printemps, aux temps de fleurs et de la douceur du climat. Croisons les doigts pour qu'il y ait moins d'énervement dans le starting-block de la course au sommet des futurs candidats. Le peuple et particulièrement les jeunes ont montré leur exaspération face aux disputes et guéguerres politiques entre partis, clans, groupes de pression... ils l'ont montré en manifestant, en coupant les rues et pour les plus désespérés en s'aventurant à dos de barques et canots pneumatiques sur les vagues démontées de la mer vers d'autres cieux.
Oui, l'année 2017 n'a pas fait que des élus. Elle a fait aussi des naufragés. Pouvons-nous espérer 2018 plus clément, plus avenant, plus prometteur ' Bien malin celui ou celle qui nous le dira. Car si des syndicats ont annoncé l'ouverture 2018 avec des grèves, préférons les bonnes nouvelles comme celle d'instituer «Yennayer» jour férié. Ainsi donc nous serons le seul peuple au monde qui fête à trois reprises le jour de l'an. Lequel ou lesquels ' Celui grégorien du 1er janvier, celui berbère du 12 janvier et celui musulman de Mouharram du 11 septembre prochain. Alors, ne boudons pas notre plaisir et souhaitons-nous trois fois bonne année sans complexe.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com