«Les découvertes effectuées par une importante équipe de chercheurs venus d'Espagne, Australie, France dévoilent un site qui témoigne de la plus vieille présence humaine en Afrique du Nord et de la seconde plus ancienne dans le monde. Il s'agit du profond ravin d'Aïn Lahnèche, situé à Aïn Bouchrit, dans la wilaya de Sétif. Les objets trouvés sont datés de 1,9 à 2,4 millions d'années, tandis que les plus vieilles traces connues à Gona en Ethiopie remontent à 2,6 millions d'années», pouvait-on lire dans l'édition du Soir d'Algérie d'hier.Pour un événement scientifique planétaire, c'en est vraiment un. Et pas seulement parce que ça peut flatter l'ego des Algériens, dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ont rarement l'occasion d'être au c?ur de l'actualité mondiale, en dehors des errements de tous genres qui donnent cycliquement leur pays en spectacle. Ce n'est pas pour autant réussi cette fois-ci. Parce que si la découverte est d'un intérêt indiscutable, ce n'est pas sûr que son retentissement universel soit à la mesure de son importance. Et pour cause, même les relais locaux ont été dans le moindre effort pour le porter aux Algériens, avant qu'on attende la propagation qu'il mérite au-delà de nos frontières. Dans ce genre d'événement, l'intérêt archéologique et historique ne fait pas tout. On ne peut, à l'évidence, pas soupçonner les équipes scientifiques de sous-estimer la valeur et la portée d'une découverte qui ponctue ses propres efforts d'investigation. Mais on est tout de même obligé de douter de la volonté de l'Etat, dont le territoire abrite le terrain de recherche, de s'investir pleinement afin de donner le rayonnement qu'il requiert à l'événement.
Une découverte scientifique de cette portée, ça ne fait pas que flatter l'ego local. Dans un pays où l'image du? pays est tout le temps «à l'ordre du jour», il est difficile d'imaginer qu'on puisse se payer un tel luxe : réduire, ou plus grave, ignorer une découverte qui nous situe au c?ur de la vie terrestre et de sa profondeur historique. Cela relève d'une impardonnable désinvolture, sinon d'une coupable irresponsabilité, d'autant plus qu'on a dû financer grassement les recherches qui se sont étalées sur trois décennies. Des recherches dirigées par le professeur Mohamed Sahnouni, dont beaucoup découvrent la notoriété internationale, soit dit en passant. Pour revenir à «l'image du pays», il est quand même curieux que les gouvernants ratent aussi lamentablement les rares occasions de la rehausser, pour qu'il ne reste que leurs récurrentes incuries à servir à la face du monde. Et de vilipender ensuite ceux qui en parlent, forcément coupables de? ternir cette même image ! Ne parlons même pas de ce que peut avoir ce genre de découverte comme impact culturel et comme retombées économiques. C'est déjà dilapidé et, de toute façon, ce n'est jamais à l'ordre du jour.
S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com