
Application du Sénatus-Consulte – Commune mixte du Guergour (Département de Constantine)
Les documents administratifs de 1896 relatifs aux Beni Yala constituent une source précieuse pour comprendre les transformations foncières et sociales imposées par l’administration coloniale à la fin du XIXᵉ siècle. Ils s’inscrivent dans le cadre de l’application du Sénatus-Consulte de 1863, promulgué sous Napoléon III, destiné officiellement à organiser la propriété des terres « indigènes », mais qui eut pour effet de restructurer en profondeur les équilibres tribaux et fonciers.
Le rapport administratif mentionne une population de 18 029 habitants et les définit comme étant :
« de race berbère fortement mélangée de sang arabe ».
Cette formulation reflète la terminologie ethnographique propre à l’administration coloniale. Elle traduit toutefois une réalité historique : celle d’un brassage ancien et profond entre composantes amazighes et arabes dans la région de la Petite Kabylie, notamment autour de Guenzet et du massif du Guergour.
Le territoire attribué aux Beni Yala couvrait 20 653 hectares.
Le 21 avril 1896, il fut définitivement réparti en trois douars principaux :
🔹 Douar Harbil
🔹 Douar Aïn Legradj
🔹 Douar Khelidjen
Cette division répondait à une logique de gestion administrative et fiscale propre aux communes mixtes, dont celle du Guergour relevait du Département de Constantine. Elle marquait le passage d’une organisation tribale traditionnelle vers une structuration territoriale codifiée par l’État colonial.
Les archives rappellent la participation active des Beni Yala à l’insurrection de 1871 menée par Cheikh El Mokrani et Cheikh El Haddad.
À la suite de la répression, les terres de la tribu furent frappées de séquestre (mise sous administration forcée par l’État colonial). Pour recouvrer la pleine jouissance de leurs biens, les habitants durent verser une somme considérable de 217 274 francs, une charge financière lourde qui pesa durablement sur l’économie locale.
Les documents décrivent une population dense vivant essentiellement de :
l’oléiculture
l’arboriculture (notamment le figuier)
une agriculture de subsistance adaptée au relief montagneux (700 à 1 500 m d’altitude)
Un recensement précis des oliviers classés en « melk » (propriété privée) est mentionné, preuve de la volonté administrative de quantifier les ressources productives dans une perspective fiscale et foncière.
Les archives citent plusieurs villages anciens :
Guenzet
Foumlel
Titest
Bou Hallouf
Tizi Medjber
Elles mentionnent également des patronymes locaux enregistrés dans le cadre d’oppositions ou de déclarations de propriété, parmi lesquels :
Zeroual
Smati
Zitouni
Kouniz
Ces éléments constituent aujourd’hui une ressource importante pour les chercheurs en histoire locale, en généalogie et en anthropologie sociale.
Au-delà de leur valeur administrative, les documents de 1896 témoignent d’une période charnière : celle où la tribu, en tant qu’entité territoriale traditionnelle, fut redéfinie par le droit colonial.
Ils éclairent à la fois :
les conséquences économiques de l’insurrection de 1871,
la restructuration foncière imposée par le Sénatus-Consulte,
et la permanence d’un tissu social montagnard fortement enraciné.
Ces archives constituent ainsi un jalon essentiel pour comprendre l’histoire des Guergour, entre résistance, adaptation et recomposition territoriale.
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Ecrit par : Rédaction