Setif - A la une

Aïn El Fouara



C'est l'histoire d'un pays qui en est à son cinquième satellite tournant dans une orbite bien gérée par ses savants, et dont une frange de sa population se dit triste et consternée, révoltée et étonnée après un incident qui a sorti la ville de Sétif de sa torpeur hivernale. Et puis, il faut reconnaître que l'Algérie est un pays de contrastes. De tous les extrêmes. Au moment où le pays s'affirme comme une puissance spatiale régionale avec ses cinq satellites tournant autour de la Terre, appuyée par un ambitieux programme de lancement de plusieurs « Spoutniks DZ » d'ici à 2040, un simple fait anecdotique a suffi pour déclencher une véritable tempête spatiale et virtuelle dans le pays. La cause ' Un illuminé pour certains, un fou pour d'autres, a tenté de briser en mille morceaux la statue de Aïn El Fouara, la fontaine de Sétif, installée en 1899, et qui y trône donc depuis comme la ‘'madone» granitique des Sétifiens. La coutume veut que celui qui boit de cette fontaine, reviendra sûrement à Sétif. A l'aide d'un marteau et d'un ciseau, certains ont parlé de burin pour enfoncer ce pauvre quidam, à la manière d'un Don Quichotte guerroyant avec les moulins, l'illuminé ou le fou s'est mis méthodiquement à détruire ce rocher ayant une forme humaine. Suffisant pour susciter la colère des amoureux de la ‘'madone» de Sétif, et nourrir sur les réseaux sociaux de vifs commentaires, tous aussi étonnants que déroutants. Certains se disent ‘'tristes», d'autres ont pleuré et accusent l'illuminé ou le fou de ‘'terroriste», quand une autre frange de défenseurs autoproclamés de la culture minérale pensent qu'il s'agit de la destruction de la mémoire de Sétif. Bref, les commentaires sur cette affaire sont tout aussi croustillants que déplacés, à tort ou à raison, car le pauvre bougre de la région, qui descend des monts enneigés des Babors avec son burnous pour faire des emplettes dans la ville ne comprend forcément pas toute cette polémique. Tout ce tintouin autour d'une statue, qui attendrait une improbable fusée pour s'en aller, elle également, se mettre en orbite, loin des fous et des illuminés. Lieu de rendez-vous par excellence des Sétifiens avant et après chaque victoire du team local, cette statue créée par Francis de Saint Vidal cristallise en réalité un pan important de l'imaginaire local. Mais, pas plus. Juste une statue, posée là, et qui a subi trois attaques en règle, sans la « faire disparaître ». C'est que la statue de Aïn El Fouara a la « roche dure »', et le forcené qui a tenté de la détruire l'a appris à ses dépens. Non qu'elle s'est défendue, mais parce qu'elle a suscité une émouvante campagne de soutien et de dénonciations que n'ont jamais eu tous les autres vestiges culturels du pays, qui se meurent et se fanent dans l'indifférence. A Alger comme à Oran, Sidi Bel Abbès, Annaba ou Constantine, Skikda, El Malah (Rio Salado) et d'autres villes du pays, des immeubles construits comme des chefs-d'?uvre culturels, architecturaux sont la proie de la prédation, dans l'indifférence générale. Que de gorgones, érigées au fronton des immeubles, des méduses et autres statues en bronze ornant les balustrades d'immeubles, des moulures fantastiques ont été rasées, ou tombées en ruines, sans provoquer de colère ni de pleurs ou de regrets. A une plus grande échelle, des vestiges et des sites historiques ont été abandonnés et oubliés. Même la vieille médina d'Alger, El Casbah, la ville des corsaires, qui a résisté à un siège de plusieurs mois de Charles Quint et son invincible armada (1541), vaincus par une tempête du siècle, tombe en ruines. Sans susciter une telle levée de boucliers. La statue d'Aïn El Fouara est-elle tombée du ciel '
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