Saida - A la une

Le poids des interférences politiques



Les interférences politico-bureaucratiques entravent l'action des dirigeants des entreprises économiques publiques.La crise financière qui dure et les difficultés de trésorerie qui ressurgissent au sein du secteur public économique contraignent le gouvernement à quêter un pare-choc à la fois d'urgence et de long terme, étant donné que les logiques actuelles de gouvernance des entreprises publiques ne sont plus tenables. Le mal est profond et l'urgence de changer de cap est vieille de plusieurs années déjà. Le gouvernement espère que l'option d'une privatisation partielle via la Bourse pourrait être la clé de voûte à même de projeter le secteur public en difficulté vers un meilleur avenir.
Cependant, des dirigeants d'entreprises publiques n'y voient pas une solution miracle, étant donné que l'enjeu de gouvernance demeurera posé. "Un ancien ministre de l'Industrie s'est donné toute latitude de licencier un ex-P-DG de Saidal, entreprise pourtant cotée en Bourse, pour la simple raison que ce gestionnaire avait osé remettre en cause l'opportunité de certaines décisions de la tutelle concernant son entreprise", nous confie un ancien dirigeant d'une entreprise publique, comme pour dire que la Bourse pourrait, certes, générer un cash-flow au profit d'une société, mais ne saurait être l'alternative tant espérée à la mauvaise gouvernance dont elle est victime.
Le même ministre de l'Industrie "fait recruter environ 300 personnes dans une entreprise publique, alors que cette entité avait du mal à boucler son budget", témoigne un autre "vieux routier" du secteur public. Selon lui, un dangereux sentiment de "lendemains incertains" s'est installé parmi les dirigeants des entités étatiques, convaincus, pour certains, qu'"ils ne sont là que pour gérer les affaires courantes, le temps d'un mandat ministériel", tandis qu'il s'agit, pour d'autres, "d'assurer les salaires des travailleurs et de pactiser avec les syndicats de crainte que des troubles mettent sous les feux de la rampe la gestion de l'entreprise". Cette démobilisation a un nom : "La pénalisation de l'acte de gestion".
De fait, les managers du secteur public, aussi compétents soient-ils, ont les mains liées face à la criminalisation de l'acte de gestion, suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, ainsi qu'aux "Conseils d'administration composés essentiellement de purs administrateurs dont la moyenne d'âge dépasse 60 ans", témoignent des dirigeants d'entreprises publiques.
Tous nourrissent un sentiment de lassitude et d'épuisement face aux blocages "dont ils sont victimes" et qui font que "les vrais défis" auxquels ils sont confrontés, à savoir les dossiers liés au redressement des entreprises, "ne sont pas examinés et/ou dorment dans les tiroirs des tutelles".
"Au début des années 2000, alors que l'idée d'ouvrir le capital des entreprises publiques commençait à prendre forme, nous avons commencé à négocier avec un constructeur français et, au bout de plusieurs mois de pourparlers, nos partenaires nous ont demandé s'il était possible de négocier sans la présence d'officiels algériens, et l'entreprise a fini par se retirer des négociations pour aller s'implanter au Maroc", nous a confié un ancien responsable dans une société étatique.
"Sous d'autres cieux, le secteur public et/ou les participations de l'Etat sont gérés par un organe autonome, afin de pérenniser la vision de l'Etat et de la protéger, ainsi, des interférences politiques", estime un de nos interlocuteurs. C'est particulièrement vrai dans le secteur public marchand, fragilisé par le foisonnement des stratégies et des politiques qui se modifient avec le changement des responsables politiques.
Ce fut le cas dans le secteur de l'industrie, durant ces vingt dernières années, où l'on est passé, avec des transitions inachevées, de la "Nouvelle stratégie industrielle" d'Abdelhamid Temmar à celle d'Abdeslam Bouchouareb ; toutes ayant fait long feu et aggravé l'agonie du secteur public et sa dépendance chronique à des contributions du Trésor public. Ce pourquoi, l'option d'une privatisation partielle de certaines entreprises en mal de financements ne convainc pas.
Ali Titouche
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