Saida - A la une

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Dans la poésie libanaise moderne, c'est un fait que personne mieux que Said Aql n'a le respect des mots ainsi rendus à leur pureté première, les mots du langage que tout le monde parle et que personne n'écrivait plus.Ce sont les mots-clés de son ?uvre qui en portent témoignage pour lui en même temps qu'ils définissent sa personnalité, les mots qui disent l'amour, la jeunesse, la justice? Said Aql ne disait si bien ce qu'il voulait dire que par cet absolu respect envers les mots. Il est bien vrai que le langage dans sa discontinuité ne saurait strictement épouser le développement continu de la pensée et particulièrement dans le contenu affectif de celle-ci.C'est en ce sens qu'il n'avait jamais désarmé jusqu'à sa mort, le 28 novembre 2014. Son ?uvre critique montre également à quel point le passionnaient les questions linguistiques, combien il souhaitait porter à son plus haut degré d'efficacité le langage, instrument de nos échanges affectifs et véhicule de notre culture, alors que ne le préoccupait guère la perfection formelle dont ce même langage est capable.Il s'agit donc chez lui d'une double intransigeance, mais sur deux plans différents, où l'on ne peut trouver aucune contradiction. Il n'est certainement pas d'attitude qui s'oppose plus nettement que la sienne aux fossoyeurs de la langue arabe, comme les raisons qu'il donnait à son mépris de l'activité littéraire sont celles-là mêmes que formulent diversement aujourd'hui les écrivains arabophones d'avant-garde.Mais c'est précisément parce que, loin des spéculations intellectuelles gratuites, il n'a pas cessé d'aimer ce qui est vivant, que SaidAql est un aussi grand poète. C'est parce qu'il n'a pas eu l'anémiante préoccupation de carrière à faire dans les lettres, parce qu'il a spontanément retrouvé la fonction originelle de la poésie que les esthètes étouffèrent, parce qu'il a sans cesse mis dans son ?uvre ce qu'il aime et ce qui vit, enfin parce qu'il sait où l'amour et la vie trouvent leur plein épanouissement.Ce qui frappe quand on parcourt aujourd'hui l'?uvre de Said Aql, c'est de retrouver dans toute leur fraîcheur les poèmes que nous aimions il y a des années, alors qu'on s'étonne parfois d'avoir tant aimé certaines ?uvres déjà oubliées auxquelles ne manque aucune qualité littéraire, mais qui n'ont en fin de compte que des qualités littéraires. Nos exigences sont devenues plus profondes et aucun talent, aucune virtuosité, aucune magie verbale ne peuvent suffire à les satisfaire, encore que nous demandions à la poésie de n'abandonner aucun de ses moyens.Poète courageux,Said Aql s'était joint, dans les années soixante, aux revendications de Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et Salama Moussa (Egypte) afin que les dialectes locaux soient des langues nationales écrites dans chaque pays arabe. Les quatre grands écrivains s'étaient révoltés contre un ordre établi. Leurs idées ont été violemment critiquées par les gouvernants et les pseudo-intellectuels de l'époque. Cependant, le temps leur a donné raison.Aujourd'hui, les pays maghrébins ont reconnu la langue amazighe (considérée à l'époque comme un dialecte) comme langue nationale, et l'Egypte est en train de «valoriser» les langues du sud de son territoire. Tôt ou tard les autres pays arabes suivront l'exemple des pays maghrébins et de l'Egypte.


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