
La wilaya de Saïda fut le théâtre de rebellions, le 2 et le 18 mai 1945, dont l'objectif principal était le recouvrement de l'indépendance de l'Algérie.Le 2 mai 1945, près de 200 Algériens, dont un bon nombre venait des douars de la région, étaient convoqués à la caserne de Saïda pour passer la visite médicale en vue des obligations du service militaire.Un officier français a exigé que les Arabes prennent une douche alors que les Français de souche en étaient dispensés. Les Algériens ont alors ressenti une terrible indignation, considérés comme des moins que rien, des laissés pour compte. «Mon père Hamadouche, premier désigné par un officier français pour prendre sa douche, a répliqué: «Nous sommes des musulmans et plus propres que vous. Nous faisons nos ablutions 5 fois par jour». Il reçut un terrible coup de poing sur la figure. Il aura le visage ensanglanté et deux dents cassées. D'ailleurs, c'était prévisible avec sa tenue symbolique: un costume vert et une chemise blanche», témoigne Othmani Abdelkrim, fils de feu Hamadouche. «Il faut rappeler que cette rébellion était préméditée.La veille de la visite, l'ordre a été donné par des éléments du PPA aux cinq appelés militants des scouts musulmans algériens (SMA) de provoquer une manifestation et de perturber la visite médicale», poursuit notre interlocuteur. Et d'ajouter : «Puis, mus par une solidarité spontanée et touchés dans leur amour propre, les Algériens appelés au service militaire ont, à l'unisson, entonné des chants patriotiques (min djibalina), exigeant l'indépendance de l'Algérie et la libération de Messali Hadj».«Alors que les 200 appelés étaient dirigés à pied vers le théâtre de la ville toujours sous étroite surveillance, des voix fusaient de partout montrant leur désapprobation de la politique coloniale», témoigne Abdelkrim Othmani. «Des habitants des quartiers populaires sont venus se joindre et grossir les rangs des protestataires qui ne réclamaient que leur liberté confisquée par les mains ignobles du colonisateur.Les cinq activistes nationalistes qui ont mis le feu aux poudres, à savoir Megherbi Fatmi, Kiour Habib, Benacer Mohamed Ben Mohamed, Kadi Hanifi et Othmani Hamadouche, furent emprisonnés et torturés puis condamnés à la prison à perpétuité», affirme notre témoin. «Le 18 mai, poursuit ce dernier, après les massacres du 8 mai 45, comme les moyens de communications étaient lents et contrôlés, des éléments activant sous la bannière des SMA chapeautés par le PPA entreprirent des actions de sabotage. La mairie de Saïda a été incendiée par Brahim Ahmed. La station d'essence a été également incendiée et les rails du chemin de fer ont été déboulonnés».Pour le président de la fondation de mai 45, le doyen des avocats Bouchta Hamed : «A Saïda, ce n'était pas de simples contestations verbales, mais un véritable fait de guerre puisqu'on a détruit et incendié tout ce qui représentait la France». Les événements du 8 mai 45 entrent dans la perspective coloniale de dépeupler pour repeupler. On tue des Arabes pour les remplacer par des colons. «Par les faits du hasard, une femme chargée de garder soigneusement un coffret par naïveté, mégarde ou simple curiosité, voulait connaitre le contenu des documents qu'elle présenta à une amie française, Mme Rico, et qui en réalité contenait la liste de tous les militants», dira Abdelkrim Othmani. Et de poursuivre : «Les investigations entreprises ont permis d'arrêter 47 personnes y compris les 5 premiers.Les prisonniers furent torturés, humiliés et condamnés à de lourdes peines dont 6 condamnations à mort, 8 à perpétuité et le reste à des peines allant de 5 à 15 ans». En mars 1946, bénéficiant de l'amnistie générale décrétée par le général De Gaulle, hormis deux condamnés à mort libérés un peu tardivement, les détenus ont été graciés.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sid Ahmed
Source : www.elwatan.com