«Autant me demander de vous trouver un logement gratuit à Alger.» La réponse est brute et prête à rire mais elle est lourde de sens. Le pharmacien qui vient de prononcer cette phrase sait bien ce qu'il dit. Il venait de répondre à un des ses clients en quête de Cortancyl 5 mg.
«Vous êtes le 20e pharmacien à qui je m'adresse et je n'en ai pas trouvé. Je souffre d'un syndrome néphrotique et il me faut ce médicament. Si je n'en trouve pas, mon mal, que j'ai réussi à stabiliser grâce à lui, va s'aggraver. Je vais finir par avoir une insuffisance rénale et être mis sous dyalise», indique le client qui semble vraiment désemparé.
Cette scène nous l'avons vécue jeudi dernier dans une des dizaines de pharmacies d'Alger. Elle témoigne de l'inquiétude des malades vis-à-vis de leur prise en charge. Depuis des mois maintenant, les Algériens font face à une grave pénurie de médicaments dont certains sont vitaux. On parle ainsi de produits anticancéreux, contre l'asthme, le diabète... que l'on ne trouve dans aucune officine du pays.
Le Cortancyl, dont il est question en début de cet article, est un corticoïde, le plus utilisé d'entre tous. Il est indiqué dans de nombreuses thérapies, très souvent à vie, comme pour le client, dont nous avons parlé et qui souffre d'un syndrome néphrotique. Le ministre de la Santé, Djamel Ould Abbas est un médecin de formation. Il est, donc bien placé pour savoir l'importance des médicaments auxquels nous avons fait référence. «Cela fait dix ans que j'exerce dans cette pharmacie,
nous a dit un des employés de l'officine dont nous parlions plus haut. Il est arrivé des fois qu'un médicament se fasse rare mais ce n'était que pour quelques jours, voire une ou deux semaines. Jamais depuis trois mois comme le Cortancyl. Je peux vous certifier que c'est bien la première fois que je fais face à une telle pénurie de médicaments.
Vous savez, il y a des jours où des malades se présentent chez nous et repartent sans aucun des médicaments qui leur ont été prescrits», nous a dit un des employés de l'officine dont nous parlions plus haut. La pénurie du Cortancyl est d'autant moins compréhensible que ce médicament n'est plus importé.
Il est, en effet, fabriqué chez nous par la firme Saidal et sa production suffisait largement à la consommation algérienne.
Selon un pharmacien, Saidal serait en rupture de stock de matière première depuis quelques mois d'où son incapacité à fabriquer ce médicament. Mais alors dans ce cas pourquoi ne pas l'importer vu que sa pénurie met en danger la vie de nombreux citoyens ' «On importe bien des bananes, des pommes et du raisin de l'étranger. Sont-ils plus important que le médicament '»
C'est la politique de santé publique qui est pointée du doigt en la circonstance. L'article 54 de la Constitution algérienne stipule que «tous les citoyens ont droit à la protection de leur santé». Apparemment, c'est loin d'être le cas. Quand des citoyens sont obligés de se débrouiller des devises pour acquérir à l'étranger des médicaments que l'Etat est censé mettre à leur disposition sur le marché local, la politique de santé dont on parle va de travers.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed Achour
Source : www.letempsdz.com