Issiakhem un nom,
une mélodie qui invite l'imagination à planer comme un cheval ailé au dessus
d'un toit cotonneux à la rencontre de l'éblouissement.
M'Hamed, un prénom prémonitoire qui va mener
la famille sur les terres du saint patron des flitas Sidi M'Hamed Benaouda. Au
centre ville de Relizane dans la rue la plus vivante de la cité se dresse
encore le bain maure «Issiakhem » qui a longtemps résonné des rires d'une
enfance bouleversée et bouleversante.
Face à quelques unes de ses Å“uvres, je revis
les lieux que j'ai partagés avec M'Hamed Issiakhem sans le rencontrer et dans
lesquels se sont croisées nos sensations. Un port altier et des yeux immenses
auxquels la tristesse donne une lourde profondeur ; Issiakhem annonce dans le
regard d'une femme, dans le regard d'une mère, le catalyseur d'un talent
qu'aucune prouesse ne peut épuiser. Qu'ils soient affirmés ou fuyants, les
traits ne manquent pas de finesse et expriment, tous, la douce élégance d'une
douleur contenue, sourde, enfouie derrière une pupille humide, des livres
pincées, des joues lourdes ou un menton timide.
Cette douleur indicible n'est pas cependant
une résignation mais l'impulsion fiévreuse de la manifestation multiforme du
beau. Il est le témoin éclairé d'une période où la conscience n'a pas pris le
temps d'investir la raison mais s'est engouffrée brutalement dans la perception
du réel. Alors la jeunesse domestique sa fougue et devient une souffrance
équivoque, car, à la fois, déchirante et flamboyante.
Déchirante parce qu'elle dévore l'être dans
sa quotidienneté, l'impliquant cruellement dans un décalage entre sa vie et ses
rêves. Son seul répit est dans l'amitié qui agit tel un baume, mieux tel un
élixir, tant elle se veut un échange talentueux entre des esprits pressés de
laisser jaillir leur avide créativité.
Flamboyante dans ce qu'elle a révélé comme
aptitudes chez des êtres que la bienveillance a oubliés et qui ont rencontré
trop tôt l'atrocité d'un monde sans respect pour la vie où seul comptait la
domination.
Mais la violence n'a pas gagné leur cÅ“ur ,
elle a été soufflée par le feu de leur pensée, le feu de leur regard. Ils ont
alors dit, écrit ou peint, à la fois, leur désarroi et leur folles espérances.
Issiakhem refuse de s'habituer à la souffrance, il la défie et en joue. Son
espoir a toujours une mémoire, celle d'une réalité amère, mais cette mémoire
n'est pas contemplative, c'est une mémoire active qui participe à la
transformation de la vie. Le souvenir y est utile. Ses visions ne s'appuient ni
sur une expertise ni sur une érudition, mais seulement sur l'imprégnation
culturelle d'une vie honnête et sincère. Toute la force de ses Å“uvres est dans
l'amour et la solidarité qui les inspirent. Le beau suffit à tenir l'homme en
éveil.
Les ouvrages et les hommes s'entrelacent dans
un brun foncé sous le souffle du vent de sable qui balaie l'atmosphère comme
pour accélérer l'amalgame d'une vie indécise. Une vie qui ne sait plus faire la
part des choses et où la matière écrase la sensation. Des êtres désemparés aux
corps robotisés émergent de façon évasive d'un bleu pâle et dégradé, le blanc
de leurs faces hébétées en dit long sur leur désarroi.
Leur union n'est pas un moment fort mais une
tentative de reprendre le fil perdu de leurs habitudes. Ils veulent bien croire
qu'ils peuvent paver de leur «bon vieux temps» le chemin qui leur reste à
vivre. Parée de ses plus beaux atours, la mèche noire disciplinée sur un front
large et surplombant des yeux épanouis, la femme s'applique à déchiffrer
quelques secrets sur le parchemin de la vie. Mais le regard reste triste et
insatisfait n'arrivant pas à retrouver les traces d'une conscience exilée.
C'est toujours dans une féminité exacerbée qui se profile dans un halo verdâtre
derrière les murs jaunis d'une cité endormie que se réfugie une identité
sensible et effarouchée.
Issiakhem ne cherche pas à représenter une
réalité inconstante, il mène une quête intérieure, la quête d'une déhiscence
d'où peuvent échapper les graines de l'espérance.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Abbou
Source : www.lequotidien-oran.com