Qui se souvient du rebelle ?
Pour un hommage à titre posthume, évoquer le nom du moudjahid, du résistant ou de l?homme tout simplement, qui a su imposer respect et admiration pour les uns et crainte pour les autres, a été au delà des espérances puisque notre petit bureau n?avait pu contenir ses amis, venus spontanément témoigner de l?amitié, de la bravoure et du digne homme qu?était Sahraoui. Les Chergui, Atia, Balliout, Rahim, Boubekeur, Ghlam et beaucoup d?autres gardent au delà des traits caractéristiques du personnage, un qualificatif presque commun : C?était le rebelle contre la « hogra » et tous les dénis de droit, jusqu?à sacrifier sa vie en tombant par un début de soirée du ramadan 1995 sous les balles assassines du terrorisme. Cette nuit là, le 17 janvier, raconte son frère, « Sahraoui, qui ne se doutait de rien, était sorti nonchalamment de son appartement pour rencontrer ses amis. A peine quelques pas de chez lui, il fut descendu de sang froid car quelque part, on n?appréciait pas les écarts de langage qu?il ne s?empêchait pas de débiter à l?encontre de n?importe qui le méritait ». D?ailleurs, enchaîne Noureddine, militant actif de la société civile et des droits de l?homme, « Sahraoui a toujours constitué ce poison, tant durant la colonisation qu?après l?indépendance ». Sa franchise, doublée de cette soif de bannir la hogra, avait fait de l?homme un modèle en matière de bravoure. A 19 ans, Sahraoui s?était déjà fait remarquer, avec une bande de copain, en étant à la tête de la manifestation du 8 janvier 1961. Action humanitaire Avec ses camarades, dont Mahdî Meslem, Khaled Feghouli, Labadi Sahraoui, Boubekeur, dit « Tarzan », et les autres, il se distingua en allant incendier le véhicule appartenant à Sybill, un colon instituteur. Ce jour là, bien emmenée par Sahraoui, la bande se distingua par l?incendie de trois véhicules au total. Ce fut, à l?époque, un haut fait d?arme qui suscita l?admiration des autochtones. Pour ainsi dire, c?est une nouvelle ère, toute faite de galère en prenant fait et cause pour la révolution qui commence pour Meliani et les siens. Une fois l?indépendance acquise, Sahraoui se chargea de l?action humanitaire où à l?aide de l?organisation Caritas, il s?employait à ramener des ballots d?effets vestimentaires depuis Relizane pour les distribuer à ses concitoyens les plus démunis. En 1963, alors qu?éclatait le conflit avec le Maroc, Sahraoui avait été parmi le premier groupe à se constituer volontaire pour aller défendre l?intégrité du territoire. Il fut d?ailleurs chargé d?entraîner des jeunes à la caserne. Quelques incidents à son retour braqueront les feux de l?actualité et ses actes de bravoure ne se comptèrent plus. Il finira quelques mois plus tard par immigrer en France, mais ce voyage sera de courte durée pour cette « tête brûlée » qui ne s?embarrassera d?aucun scrupule pour rappeler à ses adversaires du jour les valeurs nobles qui étaient celles des Algériens. A son retour de France, Sahraoui devait gagner sa vie en faisant l?impasse sur certains droits aujourd?hui réclamés à cor et à cri par certains de ses pairs Moudjahid, de la région une, zone sept. Il gagna sa vie dans la dignité en travaillant dans différentes entreprises qu?il quitta précipitamment du fait de son caractère trop enclin à la dénonciation de la rapine et en se faisant souvent le chantre du syndicalisme à la fois anti-conformiste mais populaire car axé sur les revendications salariales. En octobre 1988, au plus fort des troubles qui secouèrent l?Algérie, Sahraoui milita en tant que FLNiste frondeur et plutôt porté à gauche, en créant l?association de sauvegarde de la ville de Tiaret et devint, à l?orée des années 1990, quand la crise politique était portée à son summum, membre actif du CNSA. Sans mâcher ses mots, Sahraoui aura vécu la tête haute et mourut en digne fils de l?Algérie, laissant ses six fils et filles logés dans un modeste F3 à Volani (cité Belhadj Hachemi). En fouillant dans leurs mémoires, les Derrer, Houari Benahmed, Bouabdelli Feghoul et Sid Ahmed et tant d?autres disent garder de l?homme des souvenirs impérissables.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : A. Fawzi
Source : www.elwatan.com