Ouargla - A la une

Une année de prison ferme pour l'un et sursis pour l'autre



Une année de prison ferme pour l'un et sursis pour l'autre
Manifestement, et aux yeux des observateurs et de tous ceux qui ont assisté au procès, c'était carrément une «opération de sauvetage» de l'avocate.Et là, il faut reconnaître que la corporation a fait bloc, administrant ainsi une solidarité sans faille, payant même de sa personne pour l'un de ses avocats qui, exténué par une longue plaidoirie, s'est affalé en pleine salle. Heureusement, évacué vers une structure de santé, il a repris ses esprits sans gravité ni séquelle. Consortium Au fond de la salle du tribunal, entourée de deux de ses cinq enfants, une femme menue s'opposant aux robes noires. Un brouhaha montait d'une masse d'avocats, de parents et amis de l'avocate et du principal accusé, l'ex directeur de l'emploi de la wilaya de Ghardaïa et ex-mari de Y. M., coiffeuse de profession. Ce qui sautait aux yeux et qui semblait inhabituel et disproportionné est le fait qu'une avocate se fasse défendre par un bataillon d'avocats, un droit somme toute, et que la victime principale de cette scabreuse affaire ne trouve pas le moindre avocat pour la défendre. «J'ai pris attache avec trois avocats de Ghardaïa qui ont tous refusé de me défendre arguant du fait qu'ils ne peuvent plaider contre une cons?ur impliquée dans l'affaire qui m'oppose à mon ex-époux», explique t-elle en aparté, avant l'ouverture de la séance. Le tableau était encore plus saisissant lors de l'appel du président de la séance des avocats des accusés. Lorsque celui-ci fait appel aux avocats de l'accusée (l'avocate), un mur de robes noires s'est dressé devant lui. Ils étaient plus d'une vingtaine et ils arrivaient encore et encore tout au long de la séance au point où les places qui leurs étaient réservées n'ayant pas suffis, certains avocats se sont rabattus sur les bancs du public. Ils venaient de Laghouat, Ouargla, Tamanrasset, Djelfa, Médéa et Ghardaïa. La victime, elle, était toute seule, de côté, emmitouflée dans un manteau bleu turquoise, semblant perdue. 2 en 1 Au centre du débat, l'avocate focalisait l'intention et la bataille juridique même si pour les besoins de la cause, les autres accusés sont passés à la barre pour relater chacun son rôle dans cette affaire. Et même si le suspense est allé crescendo jusqu'aux environs d'une heure du matin avec le prononcé des sentences, tout le monde s'attendait au verdict. Deux procès en un Celui de l'avocate, dans une affaire qui oppose l'ex-directeur de l'emploi de la wilaya de Ghardaïa à son ex-épouse. L'avocate qui avait écopé de 2 ans de prison dont 15 mois ferme en première instance a été condamnée à 12 mois de prison avec sursis, alors que le principal accusé, en l'occurrence l'ex-directeur de l'emploi, condamné à 2 ans de prison dont 15 mois ferme, écope de deux ans de prison dont 12 mois ferme. Pour les deux autres accusés, l'un maintient sa première condamnation de deux ans de prison dont une année ferme et l'autre se voit ramener sa peine de deux ans fermes à 18 mois ferme. Rappel des faits L'affaire a éclaté fin juillet 2016 et avait à l'époque fait grand bruit dans la vallée du M'zab, tant par la qualité de l'auteur principal de cette affaire que de sa présumée complice et néanmoins avocate, que par le stratagème employé pour impliquer de la manière la plus odieuse une honorable mère de famille et ainsi la jeter en prison et lui retirer ses 5 enfants dont elle assurait la garde par une décision de justice après le divorce prononcé en défaveur de son mari, B.M., le directeur de l'emploi de la wilaya de Ghardaïa. Qu'on en juge par le casting de cette association de malfaiteurs, telle que désignée par le juge d'instruction, lors de la présentation devant le procureur de la république et le magistrat instructeur qui les a placés sous mandat de dépôt et incarcérés, à la place de la bonne dame, qui a retrouvée son honorabilité, son honneur et surtout ses enfants, la chair de sa chair. Un directeur de wilaya en poste, père de 5 enfants dont il venait de perdre la garde suite à une décision de justice après le divorce d'avec sa femme, une coiffeuse, respectée et respectable, bien connue et très bien intégrée dans le quartier résidentiel de Sidi Abbaz, une avocate bien connue dont il était semble t-il le fiancé et avec laquelle il projetait de refaire sa vie, deux dealers, l'un «spécialisé» dans la commercialisation de kif traité et l'autre en psychotropes et, enfin, le dernier maillon de la chaîne, une jeune fille de 18 ans qui a servi, en se présentant comme une cliente à coiffer, à enfouir dans le sac de la dame, à l'intérieur de son salon, du kif et des psychotropes. Et ça a failli réussir après que des gendarmes, aient reçu une information selon laquelle la propriétaire d'un salon de coiffure à Sidi Abbaz s'adonnait à la commercialisation, dans son salon, de stupéfiants et de psychotropes. Débarquant en force, les gendarmes après une fouille rapide ont en effet retrouvés, enfouis à l'intérieur du sac de la propriétaire des lieux, qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, quelques morceaux de kif et des comprimés hallucinogènes. Arrêtée sur le champ, la malheureuse mère de famille se retrouve à la brigade de gendarmerie pour complément d'enquête et ensuite présentée devant le procureur de la république près le tribunal de Ghardaïa qui l'a déférée devant le magistrat instructeur qui l'a placée en détention préventive. Lors de son audition, la brave femme n'a cessée de crier son innocence et lorsqu'on lui demandait, selon elle, qui pouvait ainsi lui en vouloir, elle répétait incessamment et sans la moindre hésitation, que le seul à lui vouloir du mal est son ex-mari, dont elle venait juste de divorcer. Ce qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs mais aussi et surtout de l'autorité judiciaire de la wilaya qui n'était pas vraiment convaincue de la culpabilité de la dame. Sans hésitation et dans la plus grande discrétion, les téléphones portables de la dame et de son mari ont été mis sous écoute. Ce qui a permis d'intercepter une discussion entre le mari et l'avocate. Cette discussion a été le fil d'Ariane pour remonter et identifier tous les éléments qui ont failli réussir à mettre en prison une brave et honorable mère de famille et ainsi, arrêter sur le champ le directeur de l'emploi de la wilaya de Ghardaïa, l'avocate, et après enquête , les dealers qui ont fournis le kif et les psychotropes et enfin la jeune fille qui, en bout de chaîne, avait mis dans le sac de la dame «les preuves du délit». Présentés devant le procureur de la république près le tribunal de Ghardaïa, qui les a déférés devant le magistrat instructeur, les mis en cause ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés à la prison Châabet Ennichène de Ghardaïa, où ils ont, sine die, remplacé au cachot une innocente qui y a passé les dix plus dramatiques jours de sa vie.La justice a tranché Dans cette affaire, il y a lieu de relever la célérité et la discrétion absolue dans laquelle s'est déroulée l'enquête qui a permis en dix jours de dénouer les fils du scénario. Il faut encore une fois rappeler l'admirable élan de solidarité et la grande mobilisation des habitants de Sidi Abbaz, notamment ceux résidant à proximité du salon de coiffure qui ont signé des pétitions dans lesquelles ils relevaient la droiture et la très bonne éducation de la dame chez laquelle toutes les femmes et jeunes filles du voisinage se coiffaient dans une atmosphère familiale empreinte de respect. Ce qui n'est pas rien au regard de la société envers la femme algérienne qui continue à faire les frais d'une société patriarcale mais aussi et surtout masochiste. «Aujourd'hui, on peut se réjouir de cet heureux dénouement dans lequel une femme, une brave mère de famille, retrouve sa liberté, son honneur et ses enfants», confiait alors une voisine qui a suivi l'affaire de bout en bout. Contactée pour avoir son avis sur le verdict, la coiffeuse s'est refusée à tout commentaire ne cachant toutefois pas son soulagement : «Je ne demande qu'à vivre en paix avec mes enfants. Rien d'autre.»
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