
La cinquantaine, Mouloud Daoui est employé dans une entreprise nationale pétrolière à Hassi Messaoud. Comme six autres de ses collègues handicapés moteurs ou malvoyants, il bénéficie d'un poste aménagé de standardiste.Connu pour son engagement et sa rigueur en tant que président de l'Association des handicapés moteurs de la wilaya de Ouargla, Mouloud prend avec humour son handicap. «J'ai failli être fracassé par un âne, alors que ma mère traitait sa chèvre, ma destinée d'handicapé était toute tracée».Montrant les traces d'un crâne abîmé par des sabots d'âne, Mouloud s'estime heureux d'avoir survécu à un autre accident lors de sa petite enfance. «Un camion a failli m'emporter à trois ans». Mouloud aime la vie, marié et père de cinq enfants tout à fait normaux, il partage sa vie avec une femme aimante qui apprécie son côté burlesque. Handicapé ' «C'est quand je sors de chez moi que je m'en rends compte, autrement c'est moi qui prend en charge mes vieux parents et mes plus jeunes frères qui ne sont pas handicapés, mais qui n'arrivent pas à décrocher un boulot». Comme beaucoup d'handicapés rencontrés à la faveur d'une action de sensibilisation des autorités sur la révision des textes de loi relatifs au droit à la retraite, dont une lettre transmise au ministère de la Solidarité, ainsi que celui du Travail via la direction de l'action sociale de Ouargla, son souci principal en ce moment est l'introduction d'un article spécifique au départ à la retraite pour les handicapés. Mohamed El Ghazi, l'ex-ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale avait pourtant annoncé en mars dernier que «les travailleurs handicapés bénéficieront de dispositions spéciales prévues par la loi relative à la retraite, qui les protègeront en cas d'incapacité physique de continuer à travailler, et ce, indépendamment de leur âge».Répondant à une question concernant la retraite pour les handicapés en marge de son intervention au Conseil de la nation, le ministre avait même précisé que «les travailleurs handicapés peuvent bénéficier de la pension de retraite sans réunir l'âge légal de départ à la retraite, conformément aux dispositions de l'article 9 de la loi 83-12, modifiée et complétée, relative à la retraite» et que «le nombre d'annuités servant au calcul de la pension ne peut être inférieur à quinze années (15) années».L'article en question stipule que «La condition d'âge prévue dans l'article 6 de ladite loi n'est pas exigée du travailleur atteint d'une incapacité totale et définitive de travail, lorsqu'il ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'une pension d'invalidité au titre des assurances sociales.» L'instruction ministérielle du 9 mai 2015 stipule quant à elle que «les personnes aux besoins spécifiques sont placées dans des postes en adéquation avec leur état de santé et sur cette base, ils ne peuvent exercer une activité professionnelle pénible». Elle note également que «l'insertion des personnes handicapées tant au plan social que professionnel, notamment en leur assurant des postes de travail, l'exécution de programmes de formation au profit des travailleurs aux besoins spécifiques en vue d'améliorer leur qualification ainsi que la promotion automatique et exceptionnelle de ces personnes est garantie».Que veulent donc les handicapés de Ouargla 'Dans sa lettre adressée au ministre du Travail, au lendemain de ces déclarations très suivies, l'Association d'aide aux handicapés moteurs de la wilaya de Ouargla valorise l'intérêt porté par la tutelle aux personnes en situation d'handicap, tout en en réclamant plus de précisions sur les modalités de bénéficier de l'application de l'article 09 de la loi 83-12, stipulant que l'handicapé doit, en plus de son handicap, être atteint d'une incapacité définitive pour pouvoir prétendre) la retraite anticipée.L'association va plus loin et se positionne en tant que force de proposition en suggérant au ministère du Travail d'étudier la possibilité de faire bénéficier les travailleurs en situation d'handicap, soit d'une retraite anticipée sans condition d'âge, ou d'un départ à la retraite au prorata du degré d'handicap dûment constaté par une commission spéciale. La proposition a été soutenue par la direction de l'action sociale de Ouargla dont le directeur, M. Slimi, estime que «cette initiative est très louable pour l'association qui a dépassé le contexte revendicatif en faisant des propositions au ministère et en maintenant le dialogue avec nos services ».Les handicapés, miroir d'une société en paixLes membres de l'association sont très confiants. Adel, également standardiste aveugle voudrait se marier et peine à trouver un logement. Il estime que les handicapés devraient être avantagés en la matière en tant que grange marginalisée du logement social aidé.Pour Bouaka M., comptable et membre de l'association, «nous militons depuis une dizaine d'années non seulement pour améliorer l'accessibilité de l'administration et des espaces publics pour nos semblables, mais aussi pour améliorer les conditions de travail des handicapés dans les entreprises pétrolières, dont la plupart n'ont aucun aménagement spécifique. Issam, qui a perdu l'usage de ses membres inferieurs lorsqu'un chauffard l'a fauché à trois ans dans la localité de Rouissat, estime pour sa part que «rester assis pour une rotation quotidienne de douze heures est trop pénible. Nos employeurs pensent que l'aménagement du poste nous avantage puisque nous sommes assis mais en fait, nous voudrions que la réglementation prévoie soit de diminuer le nombre d'heures, ou de prévoir des moments de pause avec changement de partenaire pour pouvoir reposer notre colonne vertébrale fragilisée par l'absence des membres inférieurs», dit-il. Conducteur d'un véhicule aménagé qui le rend très autonome par rapport à ses camarades, Issam évoque la problématique de la licence d'handicapés à laquelle il ouvre droit, mais qui pose problème au niveau du dédouanement pour les véhicules aménagés. Miloud Daoui, le président de cette association d'handicapés estime pour sa part que le quota de travailleurs handicapés, actuellement de 1% pour 100 travailleurs devrait être augmenté, voire élargi, aux entreprises privées via une campagne nationale de sensibilisation des patrons qui serait bénéfique, selon lui, à tous vu que l'Etat n'octroie que 4000DA aux handicapés non travailleurs.Lors des dernières législatives, un avocat connu de la place de Ouargla, professeur en droit enseignant à l'université Kasdi Merbah et malvoyant s'était distingué par une candidature en faveur de lois plus avantageuses pour les personnes en handicap en Algérie. Me Lekhdari n'a pas eu le nombre de voix nécessaires pour accéder à un siège au Parlement. Les handicapés, eux, étaient surpris d'en entendre parler par la presse. Ils auraient voulu le connaÎtre de plus prés disent-ils et auraient été ravis de soutenir sa candidature.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houria Alioua
Source : www.elwatan.com