
Même si le ministère des Affaires étrangères n'était pas, hier matin, en mesure de confirmer ou d'infirmer l'exécution d'un diplomate algérien otage du Mujao. Il n'y aurait eu rien de surprenant d'apprendre que la branche sahélienne d'Aqmi est passée à l'acte. Précédée d'un ultimatum particulièrement contraignant pour les autorités algériennes, la menace de l'exécution du vice-consul de Gao ne pouvait pas être prise à la légère. Il semblerait, en effet, qu'un coup d'accélérateur vers le pire a été donné par l'arrestation, le 15 août dernier, à l'entrée de Ghardaïa de trois lieutenants importants de Droukdel, le chef de la nébuleuse islamiste au Maghreb qui a succédé au Gspc. Le fait que l'opération ait été menée par les forces spéciales, traduit toute l'ampleur du coup porté à la dernière organisation terroriste islamiste active en Algérie. Les trois terroristes arrêtés, à bord d'un véhicule de type 4x4, transportaient avec eux des documents importants et se dirigeaient vers la région du Sahel, le nouveau territoire de «pacage» et d'action de groupes islamistes, tous affiliés à Aqmi. L'enlèvement le 5 avril dernier, à Gao, dans le nord du Mali, du consul d'Algérie et de ses six collaborateurs, était bien différent d'une simple prise d'otages suivie de demande de rançon pour leur libération. Dans le climat de débandade générale consécutif à l'effondrement de l'Etat malien, qui a perdu les deux-tiers de son territoire en moins de six mois au profit des groupes islamistes, les commanditaires de l'enlèvement des agents consulaires algériens savaient tout l'intérêt politique qu'ils tireraient de cette prise de taille. Dans la crise sahélienne et ne serait-ce que parce qu'elle partage une frontière de 1 300 kilomètres avec le Mali, l'Algérie est de facto concernée et intéressée. Le Mujao et Aqmi ont-ils voulu faire payer à l'Algérie sa proximité supposée avec le mouvement touarègue Mnla qui a été le premier à occuper la ville de Gao avant d'en être chassé par les islamistes ' Fort possible. Mais l'objectif pouvait être aussi de la neutraliser et de faire en sorte qu'elle ne joue qu'un rôle a minima dans la région, laissant le terrain libre aux islamistes armés, qui sont de taille à affronter et faire plier bien des Etats de cette partie de l'Afrique subsaharienne. Il faut rappeler, à l'appui de ce constat, que ce n'était pas la première fois que l'Algérie était ciblée par le Mujao, sur ordre d'Aqmi. En mars, puis en juillet dernier, il lançait ses kamikazes contre les sièges de la Gendarmerie nationale de Tamanrasset et de Ouargla. Revendiquant aussitôt ces attentats, il les faisait accompagner d'un message clair et menaçant en direction d'Alger. Mise au devant d'une situation autant
inédite que sensible, l'Algérie ne pouvait pas, évidemment, se soustraire à son devoir de protection de ses ressortissants, en utilisant les canaux idoines pour préserver leur vie. La limite à ses efforts étant, dans ce sens, le respect des principes fondamentaux qui fondent sa politique étrangère, en particulier deux d'entre eux : non intervention militaire en dehors de ses frontières et proscription absolue de tout payement de rançon en vue d'obtenir la libération d'otages. Cette conception de la politique étrangère trouve malheureusement peu de répondant auprès de pays amis et voisins, surtout par ces temps de retour à la diplomatie de la canonnière et de réveil brutal de l'interventionnisme militaire. Si, à Dieu ne plaise, la mort de l'otage algérien se confirmait, il serait indécent d'exclure la responsabilité des Etats européens qui ont, récemment, versé des millions d'euros de rançon au Mujao en échange de la libération de leurs ressortissants détenus en otages.Plus grave, au moment où le Mali est devenu une «terra nullis» pour les bandes islamistes suréquipées par l'armement en provenance de Libye, les efforts diplomatiques des capitales occidentales dans la région marquent le pas. N'ayant pas réussi à entraîner l'Algérie dans une aventure militaire, ils se sont tournés vers la Cédéao pour régler une crise qui la dépasse et pour la solution de laquelle elle n'a pas les moyens. Mais plus le temps passe et plus le Mali s'enfonce dans l'instabilité et la décomposition. Pas plus tard que ce 1er septembre, le Mujao s'est enfoncé un peu plus en direction de la partie méridionale du Mali, avec l'occupation d'une autre ville près de Mopti. Peut-être que pour Paris et Washington, s'occuper de la Syrie et la mettre à feu et à sang est plus rentable politiquement et économiquement, surtout que là-bas les islamistes sont parés des vertus de la résistance armée, alors qu'au Mali ils ne sont que des bandes et groupes armés.
A. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Samil
Source : www.latribune-online.com