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Le CNI ou l'illusion algérienne de la fin du chômage de masse Analyse éco : les autres articles



La conjoncture économique algérienne a fini l'année 2012 avec un pic inflationniste. Elle boucle le premier trimestre de 2013 face à un fléau plus ample. Le chômage déguisé. L'alerte est venue du Sud. Pas de travail pour les jeunes. Elle a ouvert les yeux sur le peu de crédit à accorder au taux de chômage officiel maintenu pour la bonne cause sous le seuil des 10%. Neuf budgets d'Etat consécutifs depuis 2005, dédiés au financement de la croissance par la dépense publique ne sont pas arrivés à mettre l'Algérie sur le chemin vertueux de la création massive d'emplois.
Au déguisement du taux officiel s'ajoute celui de la comptabilité. Les artifices se sont multipliés, entre méthode statistique du BIT et petites aides publiques, pour faire sortir des cohortes entières de personnes inemployées de la colonne des demandeurs d'emploi. Les experts ont une longue liste d'explication à la persistance du chômage en Algérie après sa décrue relative entre 1998 et 2008. L'inadéquation des qualifications avec l'offre de travail, la faiblesse de la mobilité de la ressource humaine, le cloisonnement du marché du travail, le coût jugé élevé par les employeurs de la formalisation de la relation de travail (impôts et CNAS)...
Le point de chute est le même. L'économie algérienne ne crée pas suffisament d'emplois durables. C'est à dire des emplois qui résistent à la compétition locale et mondiale. Là aussi il ne faut pas disserter longtemps pour en trouver les raisons. Pas assez d'investissements. Il ne s'agit pas là, encore une fois, des investissements publics qui font de l'Algérie l'un des pays les plus actifs au monde, avec une incidence si faible sur la valeur ajoutée nationale, mais de l'investissement privé ou public économique qui se développe par la performance. Celui-là est inférieur à 2% du PIB. Un désastre. Parce que la fonction d'investissement est retombée largement sous contrôle politique durant les dix dernières années.
Paradoxalement, durant les années 90 lorsque l'Etat central était moins présent, l'investissement privé était plus important, pour le même stock de capital disponible, que durant les cinq dernières années. Il faudra des chiffres pour l'étayer. Mais un seul peut suffire à convaincre. Le PIB algérien a augmenté, grâce à la consommation asiatique d'hydrocarbures, de plus de 150% entre 1998 et 2013. Celui de l'investissement privé dans une moindre proportion, si on exclut la téléphonie mobile à capitaux étranger. Partout dans le monde l'investissement coince faute de capitaux en amont ou faute de marché en aval. En Algérie, tout est là.
L'épargne domestique est l'une des plus élevée du monde. La consommation des ménages connaît une croissance sans précédent. Mais l'investissement n'arrive pas à faire décoller la croissance hors dépenses publiques. Là aussi une liste de raisons. Elles débouchent toutes sur le même point. Depuis 2006, toutes les grandes décisions de politique publique sont des décisions limitatoires de l'investissement.
La dernière en date dans le pipe est contenue dans le projet de loi sur l'audiovisuel. Son but, empêcher l'émergence d'une industrie de l'image et du son, portée par des professionnels et du capital privé. La plus connue est, bien sûr, celle qui limite à 49% la part du capital étranger quel que soit le domaine de l'investissement. Mais il en existe des dizaines d'autres, écrites ou pas, comme le maintien sous embargo du transport aérien ou du secteur financier depuis l'affaire El Khalifa, le refus de réaffecter le foncier industriel public aux nouveaux investissements privés, l'arrêt des privatisations même lorsqu'elles permettent un redémarrage d'activité, ou encore le changement avec effet rétroactif de la fiscalité des entreprises dans le secteur pétrolier.
Le pouvoir politique, tenté par un bradage de la concession sur le domaine minier et pétrolier en 2005 (loi Khelil), s'est rattrapé dans un repentir suspect depuis que le baril du brut fréquente la ligne de crête de 100 dollars. Il s'est cru à nouveau en mesure de se passer de l'essentiel de l'investissement privé national et étranger si les porteurs de projets ne lui convenaient pas. Ce ne sont pas les 60 000 micro-entreprises créées par l'Ansej en 2012, qui changeront la donne.
Les PME, locomotives de la création de valeurs, sont en rade. Les grands projets qui diffusent de la sous-traitance ont besoin d'un quitus politique. Il s'appelle le Conseil national de l'investissement. Le CNI est un «machin» qui retire au board de l'Agence nationale de développement de l'investissement, l'ANDI, ses prérogatives, dès que le projet d'investissement dépasse un certain montant. Ridiculement bas, il a été récemment déplafonné. Pendant de longues années, Ahmed Ouyahia pensait, à juste titre, détenir la clé de voûte du capitalisme algérien en présidant le CNI.
En décidant de qui pouvait investir avec les facilités prévues, pourtant clairement indiqué par la loi, et qui ne le pouvait pas. En fait, pendant des années, il a surtout ralenti l'investissement productif et contribué à la création du chômage en additionant cette tare à toutes les autres. Le CNI fonctionne bien sûr toujours sous Abdelmalek Sellal. Sa tenue est plus importante qu'un conseil de gouvernement. Chaque ministre vient y défendre, ou pas, un investissement privé prévu dans son secteur. Puis s'ouvrent les négociations. Accorder ou pas. La création de richesses passe au tamis des arbitrages politiques. Alors que la loi peut suffire à dire, à elle seule, ce à quoi a droit un investisseur dans les biens de construction dans la zone réglementée des Hauts-Plateaux avec ou sans partenaire étranger.
Le reste est risque de marché. De là à décréter qu'il y aura toujours du chômage en Algérie tant que l'investissement important passera par le conciliabule du CNI, il faut bien sûr garder raison. Mais une chose est certaine, tant que l'investissement, qui compte lourd, dépendra de la signature d'un Premier ministre, il y a clairement encore l'illusion que le gouvernement peut pallier la faiblesse des investissements par l'argent public. Et cette illusion-là envoie déjà le souffle chaud de son retour de flamme à partir de Ouargla.
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