Ouargla - A la une

LA BOURGEOISE



Résumé : Mordjana est offusquée. Sa mère attend encore un enfant et veut sacrifier son avenir. Elle tente de se révolter contre cette injustice. En vain. Sa maman trouve que la cadette de ses filles est plus raisonnable, car elle n'est pas aussi ambitieuse qu'elle et rêve déjà de fonder un foyer et d'avoir des enfants. Mordjana ne voit pas les choses de cette façon.Sa mère s'approche d'elle les sourcils froncés.
- Tu parles comme ces femmes qu'on voit à la télé. Qui t'a donc appris ces sornettes '
- Ce ne sont pas des sornettes, maman. C'est la réalité. Une femme de nos jours doit faire face elle-même aux aléas de la vie et ne compter que sur elle-même pour atteindre ses objectifs.
- Je crois que je ferai mieux de me remettre au travail. Apparemment on t'a bien farci le crâne dans cette école. J'ai bien fait donc de t'empêcher d'y retourner.
- Je t'en supplie, maman. Je...
- Chut ! Pas un mot de plus. J'ai dit que tu n'iras plus à l'école et je ne reviendrai pas sur ma décision. Tu feras mieux d'aller préparer un biberon pour ton petit frère qui vient de se réveiller de sa sieste. Je l'entends qui pleure déjà.
La mort dans l'âme, Mordjana se rend dans la cuisine. L'après-midi tire à sa fin, mais la chaleur persiste. Elle ouvre toutes grandes les fenêtres et jette un coup d'?il dans la rue. Son père n'est pas rentré depuis deux jours. Il est parti à Ouargla pour acheter de la laine. Ce n'est pas très loin, mais elle sait qu'il profite toujours de ses déplacements pour rester éloigné le plus longtemps possible de la maison. Ses parents sont irresponsables !
Omar, le petit dernier de la famille, vient de boucler ses dix mois. Il est dodu et marche à quatre pattes. À sa vue, il sourit, découvrant quatre petites dents centrales. Il est adorable dans sa chemise bleue qui le couvre à moitié, et ses joues rebondies lui donnent un air poupin. Mordjana le soulève dans ses bras et il se met à rire en tirant sur une mèche de ses cheveux. La jeune fille lui montre le biberon.
- Tu as faim, Momo ' Hein... Tu as faim '
Il cligne des yeux et tend la main vers son repas. Mordjana l'embrasse et lui donne son biberon. Une fois repu, elle le dépose sur un tapis et lui remet un jouet avant de s'éloigner. Il est temps de préparer le dîner.
Les années passent. Le quotidien de Mordjana ne change pas pour autant. Sa mère a eu d'autres enfants, et elle s'est vu dans l'obligation de la remplacer auprès d'eux. C'est elle qui entretient la maison, prépare les repas, suit ses cadets dans leur scolarité et s'occupe de l'éducation des derniers-nés.
Ils sont maintenant quinze enfants à la maison. À son dernier accouchement, sa mère a failli perdre la vie, et les médecins ont dû pratiquer une ligature des trompes pour l'empêcher de tomber encore enceinte. Mordjana se rappelle de ses larmes lorsqu'elle a appris qu'elle ne pouvait plus enfanter. Quelle inconscience ! s'exclame la jeune fille. Tout ce monde à la maison ne lui suffit-il donc pas ' Tous ces aléas quotidiens dus au manque d'espace et de nourriture ne sont-ils donc pas des entraves pour elle '
- Maman, pourquoi as-tu fait autant d'enfants ' se hasarde-t-elle à demander un jour.
Loin de trouver une réponse logique, sa mère lui avait répondu :
- Le prophète disait que la fortune et les enfants sont bénis dans ce monde. Quiconque s'arrête de procréer est destiné à griller en enfer.
- Ce n'est pas vrai, maman. Dieu a demandé que nous soyons justes et tolérants. Que nous ne devrions pas malmener nos enfants ni les jeter dans la rue. Nous sommes des humains et non des animaux. Chacun de nous devrait réfléchir mûrement avant de penser à avoir des enfants.
- C'est Dieu qui donne la vie et c'est Lui qui pourvoit à nos besoins.
- Je suis d'accord avec toi. Mais Dieu nous a dotés d'un cerveau et d'une intelligence. Nous devrions être perspicaces dans notre existence.
Sa mère secoue la tête d'un air navré.
- C'est encore cette maudite école qui t'a bourré le crâne.
- Non. L'école nous permet d'ouvrir les yeux.
- Oui, et d'ignorer les paroles de Dieu et de Son prophète.
- Absolument pas. C'est plutôt à l'école que nous apprenons le plus et comprenons mieux les directives du divin.
- Hum... Tu ne peux pas comprendre les directives du divin si tu t'entêtes à me désobéir et à me tenir tête, Mordjana.
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