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«L'instabilité dans la région ne profitera à personne» Des avis divisés sur le chômage au Sud



«L'instabilité dans la région ne profitera à personne» Des avis divisés sur le chômage au Sud
De notre envoyé spécial à Hassi Messaoud
Smaïl Boughazi

Elle est la ville la plus riche d'Algérie. De loin, on peut y voir un lieu paisible qui reflète la sagesse des gens du désert et leur hospitalité. Des dunes à perte de vue mêlées à des installations gazières et pétrolières, source de l'essentiel des exportations de l'Algérie. Hassi Messaoud, ou «puits de Messaoud» comme le traduisent certains, est un nom qui sera associé pour longtemps encore à l'énergie, le pétrole et le gaz. Cette ville est une véritable méga-zone industrielle avec ses sociétés pétrolières et parapétrolières. Elle renferme une activité dense et dégage des richesses inestimables. Elle est également une ville cosmopolite, vu le nombre des expatriés qui y vivent et travaillent. Mais cette région connaît depuis quelques mois de l'agitation. Le chômage qui frappe de plein fouet une partie des jeunes de la région pousse au désespoir.
Certains d'entre eux sont même allés jusqu'à organiser des actions radicales, des marches et des grèves de la faim pour se faire entendre. «Demander du travail, c'est légitime mais pas de cette manière», nous confie un cadre d'entreprise. Pour lui, «ce problème du chômage touche les jeunes et doit être résolu et traité sérieusement en haut lieu». «Les sociétés pétrolières recrutent selon leur besoins. Des procédures existent et elles sont respectées, elles sont connues de tout le monde», dit-il. «Les recrutements doivent passer par l'Agence nationale de l'emploi (Anem), après une période de 21 jours, si aucune demande ne répond aux critères du poste, l'entreprise peut recourir au recrutement au Nord du pays», nous explique-t-on. Mais certains chômeurs jugent ces procédures discriminatoires, ajoute notre source. C'est la raison de leur colère, pense-t-il.
Ce responsable a même subi la foudre des jeunes durant trois jours, enfermé dans la base vie avec des employés de la société. «On a été empêché de sortir de la base durant trois jours et même contraints à nous approvisionner en pain en escaladant les murs», raconte-t-il. «C'est une situation d'incertitudes et des solutions doivent être trouvées», tonne-t-il. «Le phénomène a gagné de l'ampleur», avoue un autre employé dans une société de caterring. Il reconnaît que, depuis quelques années, cette activité n'est plus l'apanage des sociétés étrangères en raison des 25% accordés aux nationaux dans le cadre des marchés publics.
«Cette décision est louable, à plus d'un titre, puisqu'elle a permis à de nombreux jeunes de la région de trouver un emploi dans les bases vie quoique sous contrat à durée déterminée», nous affirme-t-il. Cette activité, ajoute-il, commence à passer sous le contrôle des nationaux mais «nous avons des besoins énormes en formation de la main-d''uvre». «Vous savez on travaille dans un environnement multinational et je vous assure que la maîtrise de la langue est primordiale», atteste-t-il. «Peut-être que c'est la raison qui fait que les demandes d'emploi émanant des jeunes de la région ne soient pas acceptées'», se demande-t-il sans chercher de réponses.
Mais ce problème de chômage est perçu autrement par certains. «Ce qui se passe n'est pas innocent !», martèle un cadre d'une entreprise, qui s'est exprimé sous le sceau de l'anonymat. Pour lui, «l'instabilité perçue actuellement aux frontières est pour quelques chose dans ce qui se passe actuellement ici». «Je pense que cette réponse (la mobilisation des jeunes) est démesurée par rapport au phénomène du chômage, puisque c'est tout le pays qui souffre de ce problème», analyse-t-il. «Certes, le gouvernement se doit de trouver les solutions idoines à ce problème, mais créer de l'instabilité dans la région ne profitera à personne, ni aux chômeurs ni au pays», assure notre interlocuteur.
L'ombre de ce problème a plané également sur le Salon international des fournisseurs de produits et services pétroliers, qui s'est déroulé du 4 au 8 mars. Durant une conférence organisée en marge de cette manifestation, qui a drainé une foule nombreuse, les opportunités d'investissements dans la région ont été mises en exergue. Si le secteur des hydrocarbures est considéré comme la principale source de recrutement dans la région, les opportunités ne manquent pas dans d'autres créneaux d'activités qui n'attendent que leur exploitation.
Justement, Belkacem Kaffi, directeur du Guichet unique décentralisé de l'Agence nationale de développement de l'investissement (Andi), qui a animé une conférence sur ces opportunités, n'a pas manqué d'énumérer les secteurs porteurs dans la wilaya d'Ouargla. Il cite particulièrement le tourisme, l'agriculture, le BTP, et l'aquaculture. Ce responsable est longuement revenu sur les avantages d'investir dans le sud du pays d'une manière générale. Ce qui fera dire à un responsable de société de sous-traitance qu'il n'y a pas que le potentiel de la région qui est sous-exploité. Mais en termes de chiffres le responsable de l'Andi a révélé que les déclarations d'investissement sont en léger recul sans donner plus de détails.
Les avis des exposants divergent aussi sur cette question du chômage. Certains représentants pensent que le problème est le résultat de plusieurs années d' «errements». «On aurait pu multiplier les centres de formation dans la région de manière à capter la main-d''uvre locale et créer de l'activité en dehors du secteur des hydrocarbures», nous confie un responsable de société privée. «Les choses se sont envenimées parce qu'on n'a pas mis au point une politique de recrutement fiable». D'autres exposants optent carrément pour des quotas pour les jeunes des localités environnantes. «Si on avait réservé un quota à la wilaya avec des stages et des formations accélérées pour les nouvelles recrues, ce problème n'aurait pu surgir», assure un ingénieur d'affaires. Entre la nécessité de formation et le système de quotas proposés, Hassi Messaoud attend aussi un petit geste de la part des pouvoirs publics et des autorités locales pour l'amélioration de la qualité de l'environnement et du cadre de vie.
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