Si pour nos politiques, la lutte contre le cancer est vraiment une priorité, alors ils doivent sauter le pas et ne pas s'arrêter à des considérations bureaucratiques. A situation exceptionnelle, solutions exceptionnelles. De toutes les façons, il est universellement admis que sans volonté politique forte il ne peut y avoir de plan cancer efficace, et l'absence d'un plan cancer efficace ne peut être que le reflet d'une absence de volonté politique réelle.
La Nouvelle République : Dr Ameur Soltane, depuis de nombreuses années vous vous êtes engagé dans un combat afin de contribuer à doter le pays d'un plan de lutte contre le cancer. Que pensez-vous du débat qui secoue actuelle-ment le monde de la cancérologie ' Ameur Soltane : Si vous faites allusion au débat qui fait actuellement la une dans tous les médias, il est clair pour moi, que ces derniers sont dans leur rôle et que cela ne peut être que positif pour tous de mettre dans la rue le débat sur la prise en charge des cancers dans notre pays, dans la mesure où l'expérience qui consiste à le confiner dans les couloirs ministériels nous a menés à la situation actuelle, même si la majorité, si ce n'est toutes les décisions prises au niveau central, ont été cautionnées par les professionnels de santé. Cette situation ressemble de plus en plus à un cul de sac où personne ne trouve son compte et où tout le monde se rejette la balle. Pour faire avancer ce débat, il est aujourd'hui absolument nécessaire de faire la part des choses entre ce qui relève du politique et ce qui relève du médical, et que les politiques assument le fait que nous ne sommes économiquement ni la France ni l'Allemagne ni les Etats-Unis, et qu'ils arrêtent de clamer que nos patients (je dis bien tous nos patients) sont aussi bien traités que ceux de ces pays tout en leur donnant le maximum de ce que le pays peut leur donner, en particulier en gérant de la manière la plus rigoureuse possible les deniers de l'Etat en matière de santé. Actuellement séjourne dans notre pays une mission conjointe AIEA/OMS (Im impact) dont les objectifs sont d'apporter une éventuelle aide de ces institutions à l'amélioration de la mise en 'uvre d'un plan cancer national. Qu'en pensez-vous ' D'abord faudrait-il que nous en ayant déjà un. Or, j'ai beau essayer de me documenter sur ce sujet, pour le moment je n'ai rencontré dans les médias et sur Internet que des déclarations et des effets d'annonce et donc je continue à penser que l'Algérie n'a toujours pas de plan cancer quoi qu'on en dise. Pour ce qui est de l'arrivée de cette mission, je ne peux qu'applaudir, dans la mesure où elle ne serait pas là uniquement pour cautionner des décisions déjà prises, car il ne faut pas oublier que ces deux institutions sont d'abord et avant tout des « syndicats d'Etats membres ». Ceci étant, en 2005, j'avais pour mémoire invité M. Andréas Ullrich (OMS), qui était à l'époque un grand expert, me disait-on, en matière de mise en 'uvre de programme de lutte contre le cancer, et je n'avais pas réussi à lui faire rencontrer des responsables, car tout le monde à l'époque me répétait que c'était inutile car l'Algérie avait déjà son plan cancer. Donc, déjà à ce niveau, c'est un progrès. Reste à savoir sur quoi cela va-t-il déboucher. Depuis plus de deux décennies, vous côtoyez quotidiennement le monde des cancéreux en tant que chirurgien thoracique. Sur quoi, à votre avis, devrait être fondé un plan national de lutte contre le cancer, vous qui continuez à dire que l'Algérie ne possède toujours pas de plan cancer ' D'abord et avant tout définir ce qu'est un plan de lutte contre le cancer une fois pour toutes. Il s'agit certes de faire diminuer le nombre de décès et de souffrances liés à cette maladie mais il ne faut pas confondre un objectif épidémiologique, à savoir faire baisser la fréquence de tel ou tel cancer, et les moyens mis à disposition. L'un des meilleurs exemples que l'on pourrait fournir de cette approche réductrice de la lutte anti-cancer est celui du centre de Ouargla. Un hôpital n'est pas une amulette (herz), il ne peut guérir des patients par soi-même. Par ailleurs le changement étant fréquent au niveau central, chaque ministre ayant eu à c'ur de mettre en chantier son propre plan cancer, oublieux de ce qui s'était fait avant lui, il nous semble absolument nécessaire de doter ce plan d'un organe de gestion et pourquoi pas d'une « agence de lutte contre le can-cer », qui soit indépendante des structures de soins et autonome autant que faire se peut vis-à-vis des tutelles qui exercerait alors entre autres un rôle de contrôle sur cette institution. Si pour nos politiques la lutte contre le cancer est vraiment une priorité, alors ils doivent sauter le pas et ne pas s'arrêter à des considérations bureaucratiques. A situation exceptionnelle, solutions exceptionnelles. De toutes les façons, il est universellement admis que sans volonté politique forte, il ne peut y avoir de plan cancer efficace, et l'absence d'un plan cancer efficace ne peut être que le reflet d'une absence de volonté politique réelle. Les dizaines de milliers de morts liées aux cancers prévisibles qui auraient sans doute pu être évitées par des mesures souvent simples et peu coûteuses en font foi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed L
Source : www.lnr-dz.com