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Ghardaïa a eu sa manifestation Pari réussi pour les chômeurs du Sud



Ghardaïa a eu sa manifestation Pari réussi pour les chômeurs du Sud
La manifestation des chômeurs de Ghardaïa s'est bien tenue samedi matin à la place du 1er-Mai, en présence de quelque 2 000 jeunes.
Pacifique, cette manifestation l'aura été de bout en bout, comme le voulaient ses initiateurs. Pourtant, la veille, de sérieuses craintes pesaient sur cette manifestation qui intervient quelques jours seulement après les affrontements entre des militants des droits de l'Homme et les forces de sécurité, à l'occasion de la fête annuelle du tapis et les arrestations qui l'ont suivis.
Le lieu choisi pour la manifestation des chômeurs posait également problème : la place du 1er-Mai, située entre deux quartiers chauds que sont Zguiguet-Lihoud et Hadj-Messaoud, laissait craindre de probables débordements, d'autant plus que tout le monde à Ghardaïa évoquait les affrontements, la veille, à Ouargla.
Pour les membres de la CNDDC, le caractère pacifiste de leur mouvement ne saurait être remis en cause et ils tenaient à se démarquer, comme ils l'ont fait depuis une semaine, des actes de violence commis à Ouargla.
La veille de la manifestation, une maison à El-Atteuf était transformée en lieu de ralliement des hôtes de Ghardaïa. Tahar Belabbès, le coordinateur national de la CNDDC, vient à notre rencontre, pieds nus et nous invite à y entrer. Nous y croiserons des militants de tous bords, assis, sur des matelas, en train de débattre de tous les sujets d'actualité. Belabbès s'informe sur la situation à Ouargla et ne cache pas sa désapprobation. 'L'administration a joué toutes ses cartes. Pousser des jeunes à recourir à la violence avait pour but de nous discréditer. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Nous avons dénoncé et alerté contre le risque de manipulation des jeunes à travers le recours à la violence. Notre mouvement est pacifiste et il le restera." Samedi matin, la place du 1er-Mai, généralement connue pour être le lieu de revente des téléphones portables, s'était parée des emblèmes nationaux et des slogans de la CNDDC. Durant plus de deux heures, les jeunes ont scandé leurs slogans habituels, insistant sur des mesures concrètes et praticables sur le terrain pour résoudre le problème du chômage dans le Sud. Louisa Hanoune, la patronne du PT, a eu droit à un lot d'attaques.
Comme pour les autres manifestations, qui se sont déroulées dans d'autres villes du Sud, la manifestation de Ghardaïa a vu la présence des mêmes figures politiques qui ont accompagné ce mouvement dès le départ. Tahar Belabbès en est conscient, et il martèle que son mouvement reste apolitique, mais qu'il ne peut refuser la présence de représentants de partis ou d'associations affiliées à des partis politiques 'qu'ils soient de droite, de gauche, islamistes ou laïques, ils sont les bienvenus". La manifestation s'est déroulée et s'est terminée dans le calme. La police a été bien discrète, même si elle a renforcé ses contrôles aux abords de la ville. Contrairement à ce qui était craint, les choses se sont déroulées le plus normalement du monde. Les magasins sont restés ouverts, le marché de la ville était bondé de monde et aux alentours de la place de la manifestation, beaucoup de curieux observaient de loin le mouvement, partagés entre le soutien des revendications des chômeurs et la suspicion quant à la finalité de leur mouvement.
'Je suis solidaire avec eux", affirme Kamel, originaire d'Alger, que nous avons croisé dans un café mitoyen à la place du 1er-Mai, avant de nuancer ses propos : 'Ce que je n'aime pas dans leur discours, c'est lorsqu'ils parlent des gens du Nord et des gens du Sud, comme si le chômage était une exclusivité des jeunes du Sud."
Plus loin, sous les arcades, Saïd, un sexagénaire de la région, reste dubitatif. 'C'est nouveau tout ça. J'espère que ce n'est pas une nouvelle manipulation politique pour nous occuper encore. Ces jeunes sont pauvres et dés'uvrés. J'espère que leur action soit sincère, que ça reste dans le strict cadre de revendications sociales et que ça ne cause pas de fissures entre les gens du Nord et du Sud." Les membres de la CNDDC, eux, crient que leur mouvement est apolitique, que leurs revendications ne concernent par uniquement les chômeurs du Sud, pour preuve que beaucoup de militants sont venus d'Alger.
La prochaine manifestation est prévue à Djelfa. Elle devrait être suivie par d'autres manifestations dans des wilayas plus au Nord. Pour Tahar Belabbès, le mouvement de protestation ne s'arrêtera pas, jusqu'à ce que le pouvoir décide d'ouvrir un débat franc et transparent avec les représentants des chômeurs. Pour lui, la CNDDC dispose de représentants dans les 48 wilayas. 'Si l'administration compte user de la carte de la violence pour nous discréditer, il lui faudra toute une armée, à travers les 48 wilayas du pays, pour manipuler des jeunes et les pousser à des actes de violence et de contre violence."
En attendant l'ouverture du dialogue tant réclamé par la CNDDC, le mouvement élargit, de jour en jour, sa base et peaufine davantage ses méthodes d'action. Ses principaux animateurs ne cachent pas leur ambition de se placer comme alternative au mode de représentation local traditionnel. Leurs premières cibles sont les élus et les notables locaux à qui ils dénient le droit de parler au nom des jeunes.
A. B.
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