
Propulsé au rang des priorités nationales et placé au centre des enjeux de développement économique, le secteur de la formation et de l'enseignement professionnels s'est auto-imposé comme un vecteur essentiel de l'essor de l'économie nationale et un attrait pour les investisseurs étrangers.Seulement voilà, les centres peinent à attirer les jeunes à la recherche d'un métier ou d'une qualification professionnelle. Les raisons sont multiples, à commencer par le manque d'information et en l'absence de vraies campagnes de sensibilisation et de communication ; nombreux sont ceux interrogés qui disent tout simplement ignorer l'existence même de ces centres, les modalités d'inscription et les débouchés professionnels.Dans l'imaginaire des Algériens, la formation professionnelle se limite à former des mécaniciens, des plombiers, des coiffeurs et autres couturières. Une image difficile à effacer tant que les responsables du secteur ne s'engagent pas dans la promotion de leur cartographie et la nomenclature des métiers proposés.Difficile aussi dans un pays où l'informel a pris le dessus sur l'économie, où les jeunes préfèrent plutôt vendre un téléphone portable et gagner 3000 DA sans effort que de se lever le matin, travailler une journée entière et gagner moins de 1000 da. Hélas, tout cela a été soutenu par les politiques populistes et désastreuses des gouvernements successifs du président Bouteflika. L'Ansej en est la meilleure illustration puisqu'elle a réussi à pervertir nos jeunes en leur inculquant la culture de l'argent facile au détriment de la culture du travail.Abdelmalek Sellal n'a-t-il pas déclaré au nom du président Bouteflika, lors de la campagne présidentielle de 2014 à Ouargla et sur les chaînes des télévision à l'adresse des jeunes : «Ne travaillez pas, prenez l'argent de l'Ansej et faites ce que vous en voulez, achetez des voitures, mariez-vous avec?».Confondant ainsi l'entrepreneuriat productif qu'il faut d'ailleurs soutenir à celui du détournement des deniers publics à des desseins inconnus. Face à cela, on ne pouvait s'attendre qu'à un décrochage massif de l'école, de l'université et voir des milliers de jeunes préférant faire la queue devant les bureaux de l'Ansej à la recherche d'un crédit bancaire qu'ils ne rembourseront jamais à celui de se former à un vrai métier. Aucun homme politique, aucun économiste et aucun autre acteur de l'éducation n'ont prôné la formation professionnelle comme une bataille.Le chômage des jeunes est estimé à plus de 25% et celui des diplômés au chômage avoisine les 30%. Pas besoin d'être un expert pour l'expliquer. Pour les premiers, ils sont dépourvus de qualifications professionnelles, et pour les seconds l'offre universitaire ne convient pas aux besoins de l'économie.Le Maroc a, par exemple, su faire de la formation professionnelle un faire-valoir pour attirer les investisseurs étrangers et met en avant des statistiques régulières d'enseignement par filière et par spécialisation. «En tant qu'investisseur, avant de m'intéresser à un marché en particulier, je consulte d'abord les statistiques en rapport avec les diplômés, notamment dans mon secteur d'activité qui est l'agroalimentaire, puis les autres avantages offerts pour l'investissement.Les diplomates marocains mettent souvent en avant leur nombre des diplômés qualifiés comme un attrait, voire comme une richesse. Vos diplomates que j'ai eu l'occasion de rencontrer un peu partout en Europe, hélas, ignorent tout de la formation professionnelle et préfèrent disserter sur la massification de l'enseignement supérieur et le nombre de un million et demi d'étudiants», déplore le directeur Stratégie et développement d'un important groupe agroalimentaire européen.Valorisation des diplômesLe gouvernement est interpellé plus que jamais sur la nécessité de doter le secteur d'une vraie politique concertée avec le secteur économique et les collectivités locales et le hisser au rang des priorités nationales, comme l'exigent les opérateurs économiques qu'ils soient nationaux ou étrangers et qui peinent à trouver des profils qualifiés.La formation professionnelle doit être ludique, participative, interactive et accompagnée ; pour cela, il faudrait revoir les méthodologies, les pédagogies de l'enseignement et surtout former les formateurs aux exigences du marché du travail car le métier de la formation professionnelle change et se modifie autant dans sa conception que dans les résultats attendus.Il faudrait nécessairement revoir la nomenclature de la carte de formation, un grand chantier auquel tout le monde devrait prendre part et nécessite un travail acharné et continuel. La rapidité et la vitesse d'approche de ces nouveaux systèmes doivent se préparer au mieux afin de réussir cette nouvelle méthodologie dans le secteur de la formation. Le risque de la contrainte économique ne doit pas entraver l'efficacité et la performance recherchée dans le processus de formation.Ces nouveaux systèmes, que ce soient les supports, les outils, les méthodes et processus devront être préparés à l'avance pour éviter le choc de cette nouvelle approche dans la formation professionnelle. Les entreprises doivent être impliquées pour ne pas se détacher encore plus du système de formation par sa nouvelle complexité. Pour cela, un conseil ou une commission devrait être installé pour la collecte des données, des besoins aux niveaux local et national, et en perspective des besoins futurs de l'économie nationale. En d'autres termes, inventer et anticiper sur les métiers de demain.Nombre de grandes firmes mondiales installées en Algérie se sont depuis peu lancées dans la création d'instituts et de centres de formation spécialisés pour le plus grand bonheur des jeunes Algériens sans diplôme ni perspective sociale. Rattrapés récemment par des diplômés universitaires au chômage, d'autres ont simplement mis fin à leur cursus universitaire pour rejoindre ces centres d'excellence de la formation professionnelle.La raison est simple : un placement sûr dans le marché du travail et un diplôme considéré comme prestigieux. Cette donne renseigne sur une vérité longtemps occultée, la valeur des diplômes universitaires algériens en général et ceux de la formation professionnelle en particulier, considérés à juste titre comme des «diplômes pour les ratés».Nos dirigeants - à leur tête le président Bouteflika - ont-ils mis l'accent sur l'importance de ce secteur et la nécessité de le reformer ' Ont-ils une vision stratégique pour l'enseignement professionnel, conjuguée à une stratégie économique pensée, réfléchie et concertée ' A lire le fameux programme du Président, hormis quelques proses sans philosophie ni perspective pour ce secteur, aucune vision n'est avancée.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouheir Aït Mouhoub
Source : www.elwatan.com