Ouargla - A la une

En Afrique du Nord, la tension augmente vers l'est



Extrême agitation à l'est, clame plat à l'ouest. La tension est à son comble à en Egypte, dans la région orientale de l'Afrique du Nord. Mais plus on se dirige vers l'ouest, plus la tension retombe, en passant par une Libye instable et une Tunisie qui append peu à peu à faire les compromis nécessaires pour gérer le pays. L'Algérie, quant à elle, a brutalement découvert ses chômeurs des riches zones pétrolières, alors qu'à l'extrême ouest, le Maroc fait figure de pays presque apaisé.
L'Egypte est devenue une véritable poudrière, avec une agitation qui ne faiblit pas. Dimanche, la tension est encore montée d'un cran, après la mort d'un manifestant place Tahrir, au Caire, au moment où les policiers observaient une grève pour affirmer leur refus de porter le chapeau face à la violence qui s'installe dans le pays.
Le ministre de l'intérieur, Mohamed Ibrahim, dont les policiers demandent le limogeage, a été contraint de monter au créneau pour défendre... les policiers, accusés de commettre des violences. Les policiers subissent « trop de pressions », avec des « rumeurs infondées » sur leur implication dans des actes de violence, selon M. Ibrahim. "Cela est faux", a-t-il dit à propos d'informations selon lesquelles les policiers auraient ouvert le feu sur les manifestants.
Le plaidoyer du ministre de l'intérieur risque cependant de rester sans effet dans un pays englué dans une grave crise économique et politique, et qui n'arrive même plus à gérer les conséquences dramatiques d'un match de football. La justice égyptienne a prononcé une vingtaine de condamnations à mort, et les a confirmées en appel, dans une affaire d'un match de football qui a dégénéré, ce qui a provoqué de nouvelles émeutes et de nouveaux morts, selon un cycle devenu désormais bien rodé. Dans un pays en pleine crise, où le pouvoir des frères musulmans est soumis à une pression constante de la rue, tout incident peut désormais dégénérer, ce qui met le gouvernement des frères musulmans sur la brèche, alors que la justice, accusée d'être soumise à l'ancien régime, a ajouté à la confusion, en invalidant les élections législatives.
La situation est si grave que la Daawa Salafia, mouvement encore plus radical que les Frères Musulmans, s'est mis à prêcher la modération et a prôner le calme. Dans un appel alarmant publié dimanche, adressé aux Egyptiens, mais aussi à l'armée, à la police et à l'opposition, le mouvement a rappelé que « tout le monde est embarqué sur le même navire », et demandé à ce que « soient préservés le sang, l'honneur et les biens ».
Instabilité chronique en Libye
Face à cette confusion, la Libye voisine, malgré son instabilité et le poids des milices, fait figure de pays beaucoup plus calme. Certes, deux faits sont venus, coup sur coup, annoncer un mieux. Le directeur de la télévision privée « La Capitale », M. Jomaat al-Asti, enlevé jeudi soir par un groupe armé « non identifié », a été libéré le lendemain. En outre, la livraison de gaz libyen à l'Italie, via le gazoduc Green Stream, a repris après une interruption d'une semaine à la suite d'accrochages entre groupes armés près d'un site gazier dans l'ouest de la Libye.
Mais ces développements positifs ne peuvent occulter une instabilité chronique, qui empêche les nouvelles autorités libyennes de mettre en place des institutions crédibles. Le premier ministre libyen Ali Zeidane a fermement condamné ces actes de violence, mais son attitude révèle une impuissance à peser sur les évènements. Une situation qui inquiète les partenaires de la Libye où des armes continuent à circuler dans une impunité presque totale, le gouvernement étant toujours incapable d'imposer son autorité aux milices. Preuve en a encore été offerte avec l'attaque contre le Congrès national (Parlement), l'agression contre certains de ses membres et les tirs contre le véhicule de son président, Mohamed al-Mégrayef.
A l'inverse, la Tunisie semble, de son côté, sur le point de digérer la crise née de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, il y a un mois. Un nouveau gouvernement, toujours dirigé par un islamiste, l'ancien ministre de l'intérieur Ali Laarayedh, s'apprête à remplacer celui de M. Jebali Hamadi. Le mouvement Ennahdha, sous une forte pression interne et externe, a fait d'importantes concessions, en abandonnant des ministères dits « de souveraineté » à des personnalités qualifiées de « neutres ». Pour les opposants, c'est la preuve que la mobilisation peut payer, mais pour les islamistes, cette nouvelle attitude devrait aboutir, à terme, à imposer une décantation au sein du mouvement Ennahdha, en séparant un courant « moderniste » gestionnaire, capable, d'un autre, plus radical, tenté par le salafisme, voire par le jihadisme pour les éléments les plus ultras.
Le Maroc fait figure de pays apaisé
Si la Tunisie semble sur le point de dépasser cette crise, l'Algérie, dont les dirigeants affirment que le pays n'est pas touché par le « printemps arabe », s'est créée un nouveau problème. En quelques semaines, et dans la foulée du chef du gouvernement Abdelmalek Sellal, des ministres se sont mis à évoquer abondamment les problèmes du sud du pays. A l'origine, des mouvements de protestation organisé par des chômeurs de Ouargla et Laghouat, ont été critiqués par le chef de gouvernement, M. Abdelmalek Sellal. Celui-ci a eu beau démentir, la polémique était lancée, pour devenir incontrôlable. Le gouvernement a amplifié l'affaire, en changeant les Walis en charge des wilayas du sud. Le gouvernement a aussi multiplié les annonces relatives aux investissements dans le sud, alors que les médias publics accordent une large place à « l'importance que l'Algérie accorde au développement » de cette région. Les autorités algériennes veulent montrer un sud algérien apaisé et prospère, face à une région voisine du Sahel toujours en effervescence.
Seul le Maroc semble, au bout du compte, épargné par cette vague de fièvre qui agite toute l'Afrique du Nord. Engagé dans une gestion molle assumée par le gouvernement islamiste de M. Abdelilah Benkirane, le Maroc donne en effet l'impression de traverser sans trop de contraintes l'avènement d'un gouvernement islamiste. Cette trêve est cependant fragile, et risque de rebondir sur le front social, car le pays fait face à de sérieuses difficultés économiques.
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