Simple contrôle d'identité ou interrogatoire policier ' L'administration soumet-elle des citoyens qui souhaitent exercer leur droit de participer à la vie politique à une espèce d'enquête d'habilitation à laquelle sont soumis les cadres nommés à des postes supérieurs ' Un retour à la fameuse «carte bleue» qui ne dit pas son nom.
Des candidats aux élections législatives sont convoqués par la Gendarmerie nationale pour être soumis à une série de questions relevant de leur vie privée. Interrogés sur leur niveau d'instruction, leur cursus scolaire et, curieusement, on leur demande aussi s'ils ont effectué des déplacements à l'étranger. «Des éléments de la gendarmerie sont venus chez moi sans préavis ni convocation, alors que j'était à mon poste de travail. En rentrant, je suis allé à la brigade de la Colonne (Hydra). Une fois sur place, ils m'ont posé une série de questions liées à ma scolarité, ma filiation, sur mon travail, et surtout si j'ai effectué des voyages privés ou professionnels à l'étranger», a témoigné Karima B., candidate sur une liste d'un parti à Alger.
A Ouargla, ce sont tous les candidats de la liste FFS qui ont été convoqués par la Gendarmerie nationale. «Nous étions surpris par le type de questions qu'ils nous posées. Je me demande pourquoi nous sommes interrogés sur des questions qui relèvent de la sphère privée. Ça ressemble à un interrogatoire. Nous sommes candidats sur la liste FFS et ils nous demandent notre appartenance politique», s'est indigné Mokhtar Hedjadj, tête de liste FFS à Ouargla. Des candidats dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj dénoncent «un procédé qui n'obéit à aucune loi». «De quel droit la gendarmerie nous interroge-t-elle sur notre appartenance politique ou si nous avons voyagé à l'étranger ou encore sur les promotions dans notre travail '
Alors que se présenter à une élection est un droit constitutionnel», s'est offusqué Abdelhamid Abbas, tête de liste FFS de Bordj Bou Arréridj. «Ces interrogatoires jettent la suspicion et font peur, notamment aux candidates. Sommes-nous dans un état policier '», s'est demandé le candidat. Le porte-parole du Parti des travailleurs, Djelloul Djoudi, lui-même soumis à ce questionnaire aussi surprenant qu'intimidant, s'étonne que des citoyens algériens qui exercent un droit constitutionnel soient «interrogés sur des questions qui dépendent de leur vie privée. Alors qu'il faut mener des enquêtes sur les affairistes qui pullulent les listes électorales». «Ce n'est pas normal», ajoute-t-il.
La Commission nationale de surveillance des élections législatives a estimé que les questions auxquelles sont soumis les candidats (CNSEL) «sont aussi étranges que incompréhensibles». Le président de la CNSEL, Mohamed Sediki, indique ne pas avoir été saisi par les partis politiques à ce sujet.
Contacté pour avoir plus d'explications, le chargé de communication de la Gendarmerie nationale, Noureddine Kerroud, se défend : «C'est une formalité administrative. La direction de l'administration générale et de la réglementation (DRAG) a fait appel à nous pour identifier les candidats ou pour des questions liées à leur filiation, leur niveau d'instruction, etc.»
Pour le Front des forces socialistes (FFS) derrière cette «formalité administrative» se cache une procédure d'intimidation qui «n'a pas lieu d'être». «Présentée comme administrative, elle s'apparente dans la réalité à des enquêtes de police politique», a dénoncé le FFS. «Les candidats à une candidature pour des élections ou pour tout autre droit constitutionnel ne peuvent faire l'objet d'une telle pratique», a estimé ce parti. «C'est une atteinte à la vie privée des personnes. C'est une atteinte à la crédibilité même de cette élection. C'est stupide et inutile», estimé l'avocat Miloud Brahimi. «Il n'existe aucune disposition dans la loi électorale de cette nature qui donne le droit à l'administration de mener ce type d'enquêtes», affirme l'avocat. Décidément, avant le suffrage des citoyens, les candidats doivent obtenir l'approbation des «grands électeurs».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hacen Ouali
Source : www.elwatan.com