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Avancées et fragilités La presse en Algérie



Avancées et fragilités La presse en Algérie
L'état de la presse n'a cessé, tout au long de ces vingt dernières années, d'être l'indice auquel on a eu le plus recours pour apprécier ou juger du niveau de fonctionnement démocratique d'un pays et de ses institutions. La capacité et la liberté qu'ont ces médias de relever les insuffisances, les écarts aux règles de bonne gouvernance, de pointer du doigt la corruption, de remuer le couteau dans la plaie, y révèlent la volonté d'instaurer des règles de transparence indispensables à tout régime se réclamant de la démocratie. Tout le monde ou presque reconnaît que comparativement à des pays de même niveau économique ou culturel, les journaux algériens jouissent d'une remarquable liberté de ton. Ses caricaturistes ont une insolence qui dément les Cassandres qui se complaisent dans la critique outrancière. Quand on vit sous une dictature, offre-t-elle beaucoup d'occasions ou d'espaces pour le clamer ' Le nombre de titres, l'apparition de nombreuses radios locales ou thématiques, l'explosion des sites d'information de toutes obédiences traduisent les avancées d'une corporation. Par le sacrifice de nombreux confrères, en accompagnant et reflétant une ouverture politique et une dynamique sociale, elle a arraché le droit à l'expression. La santé et la crédibilité de la presse ne relèvent pas pourtant du seul rapport à l'autorité. D'autres paramètres en réduisent ou en amplifient la portée. Les nouvelles technologies de l'information ont aussi profondément modifié les conditions d'exercice du métier, de transmission de l'information. On ne souligne pas assez les progrès réels en matière de numérisation de la radio- télévision nationale et l'émergence d'imprimeries qui ont fait sortir les médias de notre pays d'une phase quasi artisanal. Hélas, les réseaux de distribution n'ont pas connu le même effort d'amélioration. A ce niveau, l'implantation de nouvelles imprimeries dans le Sud comme celle de Ouargla et bientôt celle de Bechar n'ont pas suffi pour régler ce problème qui persiste. Depuis l'instauration du pluralisme médiatique, le champ de la censure s'est surtout grandement réduit et l'éventail des publications s'est élargi même si la presse régionale ou scientifique trouve encore peu de place. Elle traite de sujets et de thèmes qui naguère relevaient tantôt des tabous politiques, tantôt de société.
A la recherche d'un équilibre
Pour autant, tout n'est pas rose sur la planète médias. Les premiers à s'en plaindre sont les journalistes eux-mêmes. Une telle attitude ne relève nullement du masochisme car de nombreux dysfonctionnements grèvent la stabilité, voire la crédibilité, des médias. Le maillon des faiblesses est long. Les difficultés d'accès en premier lieu aux sources d'information réduisent la plupart des titres à amplifier les rumeurs, à recourir davantage aux spéculations qu'à l'information. Dans le pire des cas, certains journaux deviennent des arènes pour des règlements de comptes. Le pouvoir de l'argent, qui se niche tant dans l'actionnariat que dans les filières de la publicité, a également réduit la marge de man'uvre des rédactions. Dans certaines d'entre elles, on peut s'en prendre au plus puissant des gouvernants et se taire, adopter un profil bas devant des patrons d'entreprise. La complaisance n'est nullement un trait de la presse sous le parti unique qui, dans bien des situations, semble s'être démultipliée. La scène médiatique est à la recherche d'un équilibre. Le lecteur ne devrait plus avoir à choisir entre des titres qui fonctionnent comme des partis politiques. La presse est encore en quête de mécanismes qui assureront d'abord l'ordre dans ses rangs. Il est regrettable qu'à ce jour, les pouvoirs publics sont en peine de trouver des interlocuteurs pour régler des problèmes aussi urgents que la mise en place de conseils dont la mission est de définir des règles en matière de délivrance des cartes professionnelles, de respect de l'éthique. La presse est surtout en passe de vivre de nouveaux bouleversements qu'induira la nouvelle loi sur l'audiovisuel. Longtemps demeuré monopole de l'Etat, soucieux de ne pas, dans un contexte de fragilité politique et social, attiser les feux de la discorde, de nouvelles télévisions et radios devraient surgir. La publicité, les sondages remodèleront le paysage. La presse publique doit effectuer sa mue, se professionnaliser, adopter de nouveaux réflexes et s'ouvrir davantage. Les attentes du lectorat sont de plus en plus en plus exigeantes.
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