? «Il n'y a pas de situation spéciale. C'est nous qui sommes spéciaux a priori», a répliqué sèchement le ministre de la Justice au représentant du maître d'ouvrage lors d'un point de présentation d'un projet de tribunal.Peu auparavant, agacé par un autre vieux chantier, Zeghmati a lâché : «De nos jours, nous entendons parler de deniers publics sur toutes les tribunes. A nous, responsables, d'en donner l'exemple par une gestion rigoureuse de nos marchés publics»
Après un discours de sept pages axé sur l'indépendance de la justice et le rôle du juge à l'occasion de l'installation des nouveaux chefs de la cour d'Oran, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati, s'est rendu dans deux chantiers. Une prison sur le 4e périphérique, à hauteur de Bir El-Djir, et un tribunal situé à Es-Sénia. Dans un cas comme dans l'autre, «ça ne tourne pas rond», pour le ministre. Aussi bien l'état d'avancement que les explicatifs. «Je ne suis pas convaincu par la situation, encore moins par vos explications. Ce projet a démarré en 2009. Dix ans plus tard, nous nous retrouvons otages des Chinois (entreprise de réalisation chinoise MCC) malgré les centaines de milliards dépensés (la facture, avenants compris, a dépassé les 4,3 milliards de dinars)», a riposté le ministre au directeur des équipements publics qui gère ce vieux projet sectoriel décentralisé. Pour le garde des Sceaux, la faille se situe au niveau du maître d'œuvres, le BET. Son diagnostic est, à quelques détails près, le même pour le cas du tribunal d'Es-Sénia. «J'étais ici, procureur général, lors de la pose de la première pierre en 2008. J'ai fait le tour du pays entre-temps, et là je vois encore une masse de béton. En principe, l'histoire des eaux souterraines à 4 mètres de profondeur, ça devait être forcément prévue par l'étude initiale. Ce n'est ni au ministre ni au wali, mais au bureau d'études qui s'est fait confier le marché, et à lui seul, de veiller à faire aboutir le projet selon le contrat. Le reste, ce sont des accessoires ; ça se discute ailleurs». «J'ai vraiment honte d'avoir un projet pareil. C'est un gâchis», s'est indigné le ministre de la Justice. Cependant, il n'est pas reparti sans fixer des échéances fermes pour les deux projets inspectés, en instruisant les responsables locaux de procéder à une priorisation financière au profit de ces deux opérations sur l'autorisation de programme (AP) globale allouée au secteur de la justice local.
Indépendance du juge vis-à-vis des influences et non pas vis-à-vis de la société
Si la plus grande rigueur de gestion qui sera accordée désormais aux projets d'équipements judiciaires en cours de réalisation, avec une responsabilisation physique et morale des bureaux d'études, semble ressortir -en tant que message lancé en tout cas- de la brève tournée effectuée par le ministre de la Justice, son allocution prononcée au nouveau palais de justice d'Oran pour la circonstance de l'installation de Antar Menouar et Zoghar Mohamed, respectivement président et PG de la cour d'Oran, a pour message principal : «l'indépendance de la justice n'est pas un privilège accordé au juge, mais une responsabilité qui lui impose d'être juste dans les décisions qu'il rend, sur la base de la loi et les preuves dont il dispose, sans aucune influence extérieure». «Cette indépendance, a-t-il poursuivi, ne veut en aucun cas dire que le juge doit se retirer de la société, s'en isoler. Ce n'est pas une indépendance vis-à-vis de la société, mais envers toutes les sources d'influence extérieures, avérées ou supposées», a-t-il précisé encore.
«Si le peuple a revendiqué du fond de son âme la lutte contre la corruption, la dilapidation des biens du pays et l'économie rentière, il a en même temps appelé de tous ses v'ux à la dignité, l'égalité de chances, le respect de la loi par tous, la justice sociale. Car oui, la revendication de la justice est, à mon sens, le slogan prééminent et prédominant sous lequel s'inscrivent toutes les autres revendications», a plaidé le ministre de la Justice, en insistant à travers plusieurs passages de son discours sur la mission «hyper-centrale» qui échoit au juge, qui «ne doit en aucun cas faillir à ses obligations dans le cadre de la loi fondamentale et le code de déontologie, et en toutes circonstances quelles qu'en soient la nature et la source, afin de garantir une justice neutre qui ne doit être influencée par aucune source avérée ou supposée dans le système démocratique et l'Etat de droit».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houari Saaïdia
Source : www.lequotidien-oran.com