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Yémen



Yémen
Quatorze Algériens ont été tués à Dammaj, au Yémen, depuis le mois de novembre. Dans ce village sunnite, cerné par les chiites, l'école, la plus cotée pour les salafistes, embrigade des milliers d'étudiants dont quelque 200 Algériens venus étudier et combattre avec leurs familles. El Watan Week-end a réussi à joindre l'un d'eux, au Yémen, et s'est rendu à Tébessa chez un Algérien qui a déjà fait le deuil de son frère.Tébessa de notre envoyé«Si vous voulez être parmi les plus proches de Dieu, il faut étudier les sciences islamiques à Daar Al Hadith et vivre dans ce village ??saint'', à Dammaj au Yémen !» Dammaj est un petit village sunnite de 16 000 habitants, implanté dans une région chiite, de courant zaïdite, à Sa'dah, au nord-ouest du Yémen. Sa superficie est égale à celle du Vatican (1 km2) et son importance est immense pour les salafistes du monde entier. Pour eux, l'école de Dar Al Hadith, créée vers le début des années 80 par Muqbil Ibn Hadi Al Wadi'i, de courant wahhabite, est meilleure que celles existantes en Arabie Saoudite. Mais c'est là aussi qu'est endoctriné presque la moitié du village, soit 7000 étudiants venus du monde entier.Selon nos sources sur place, parmi eux figurent quelque 200 Algériens avec leurs familles. Mais depuis plus de deux mois, Dammaj est devenu le centre de bombardements quotidiens. Bilan, d'après Mohamed Taarabti, un Marocain, élève à Dar Al Hadith, installé là depuis plus de sept ans : plus de 200 morts et 500 blessés. Parmi eux, encore, des Algériens : 12 en deux mois dont 2 tués cette semaine. A El Meridj, à 50 km au nord de Tébessa et à 2 km seulement des frontières algéro-tunisiennes, trois jeunes sont partis avec leurs familles à Dammaj. Deux d'entre eux ont trouvé la mort, Rabie, 26 ans, père d'une fillette, et Ahmed Farid Mecheroum, 28 ans. «La famille de mon frère se trouve chez le troisième. Mon frère aîné est parti au Yémen pour tenter de les rapatrier. En vain. A cause de l'embargo imposé par les houthistes autour de Dammaj», confie Nadjib Mekhazenia, 32 ans, père de deux enfants, que nous avons rencontré à Tébessa.Mécréants«Nous ne sommes pas dans le même monde. Ils ont atteint un stade supérieur de spiritualité. Ils sont presque ??saints''. Moi, je ne me soucie que de mes problèmes quotidiens, contrairement à mon frère Rabie qui a tenu à partir étudier là-bas où il a trouvé malheureusement la mort», regrette-t-il encore. Peu d'entre eux veulent réellement rentrer chez eux malgré cette situation de guerre. La plupart tiennent à rester. Car ce ne sont pas les sciences islamiques qui les retiennent. Il y a bien plus que cela, une chose à leurs yeux «plus importante». «Je ne reviendrai pas jusqu'à ce que les choses se calment ici. Je ne peux pas laisser mes frères mourir tous seuls. C'est une guerre civile à Dammaj.Les râfidhites houthistes nous accusent d'être des mécréants. Ils nous ont déclaré la guerre, car, pour eux, notre sang est halal», s'emporte Mohamed Taarabti, 27 ans, père de trois enfants, joint par téléphone. La haine entre ces deux courants d'une même religion, l'islam, est perceptible dans les propos des uns et des autres. «Ils maudissent Omar Ibn Al Khattâb et traitent Aïcha, l'épouse du Prophète, de prostituée ! Ils disent aussi que le Coran a été modifié ! C'est inacceptable !», s'indigne Nadjib Mekhazenia. Mohamed Taarabti justifie l'implication des élèves de Dar Al Hadith dans le combat contre les houthistes, comme de l'«autodéfense». Pourtant, il avoue que les habitants de Dammaj, y compris les élèves, sont bel est bien armés.«Au Yémen, tout le monde est armé. Ça ne date pas d'aujourd'hui. Les houthistes nous ont attaqués il y a de cela deux ans et depuis, nous vivons sous la menace et sous les bombardements, ajoute Mohamed Taarabti. Nous n'avons que des armes classiques, contrairement à eux qui ont des armes lourdes et des missiles.» Le frère de Mohamed, Adil Taarabti, avance une autre thèse sur les causes qui poussent les houthistes à attaquer les élèves. «La guerre n'est qu'un justificatif pour les houthistes afin de poursuivre des objectifs sectaires. Pour eux, la présence d'étudiants étrangers à Dammaj constitue une menace, car ils les considèrent comme des djihadistes, venus les combattre aux côtés des sunnites», explique Adil Taarabti, 34 ans, fonctionnaire dans l'événementiel à Lyon.MentalitéSelon nos sources, la plupart des Algériens partis à Dammaj sont de Oued Souf, dont l'histoire est liée à celle du Yémen. «J'ai entendu parler de plusieurs Algériens partis là-bas. J'ai même entendu que deux d'entre eux ont été interrogés par les gendarmes après leur retour en Algérie», avoue Nadjib Mekhazenia. Selon lui, les hommes quittent leur domicile le matin pour monter au maquis et combattre les houthistes. De son côté, Mohamed Taarabti lance un SOS sur la situation à Dammaj, car, d'après lui, rien n'entre dans ce village. «Nous n'avons ni aliments, ni eau, ni médecin. La situation est chaotique. Les aides ne nous parviennent pas, car nous sommes sous embargo.»Selon Adil Taarabti, même le gouvernement yéménite ne peut rien devant cette situation. «Il y a quelques jours, un camion de médicaments a été envoyé à Dammaj afin de venir en aide à 200 personnes. Par l'appui du gouverneur de Sa'dah, Fares El Maâli, ils ont changé les autocollants des médicaments. Ils ont écrit dessus : de la part de Fares El Maâli. Les habitants de Dammaj les ont refusés. Ils ne peuvent pas accepter l'aide de celui qui les bombarde jour et nuit», ajoute Adil Taarabti. Son frère Mohamed raconte qu'ils ne survivent qu'avec le reste des vivres de l'école. Comment l'école est-elle financée ' «C'est un émir saoudien qui donne de l'argent et ce n'est pas tout, c'est lui-même qui leur fournit les armes pour pouvoir se défendre», affirme un de nos contacts.Des propos que ne dément pas Mohamed Taarabti. «Le cheikh actuel, Yahia Al Hajouri, nous a dit lors de ses interventions, que le financement venait d'un peu partout.» Pour lui comme pour les autres étudiants, Dammaj est devenu leur terre. «Ils ne veulent pas revenir. Ils veulent mourir au fief de la sunna, constate, impuissant, Nadjib Mekhazenia. Ils n'ont pas la même mentalité que nous. Notre terre leur paraît sale et la leur saine. Je n'ai jamais voulu le départ de mon frère Rabie, mais je n'ai pas pu l'empêcher.»


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